mercredi 30 mars 2016

Le capitalisme à l’origine de l’explosion des pathologies?

         Au fil des transformations sociales subséquentes dans les sociétés modernes, et plus particulièrement celles des sociétés occidentales, on assiste à une réduction dynamique du concept de la normalité, ainsi qu’à une extension phénoménale des facteurs de risques chez l’Homme moderne. L’explosion des pathologies, qui s’ensuit, serait-elle la conséquence de différents acteurs sociaux, qui tentent sans cesse de « pathologiser de manière excessive les émotions et les comportements humains » ?
          Dès lors, on remarque que plusieurs problèmes sociaux sont redéfinis comme des maladies ou des désordres enclins à être traités par intervention médicale (Conrad : 1980). Toutefois, cette représentation ne semble pas faire l’unanimité. Faute est de constater que les critères diagnostics décrits et reconnus dans le DSM constituent, en soi, les seuls outils de référence utilisés par les omnipraticiens et les psychiatres dans la production de leurs diagnostics et la prescription de médicaments susceptibles de traiter lesdits ; troubles mentaux. De plus, ce sont sur ces définitions que se basent les compagnies d’assurances médicament pour justifier leurs remboursements. La participation des profanes dans le monde médical influence indéniablement les experts de la santé ainsi que leurs patients, que l’on pourrait qualifier, à ce point, de consommateurs. Le moteur du capitaliste, comme l’avait illustré Schumpeter, serait-il en train d’innover de nouvelles maladies fictives? L’objectif étant de produire de plus  en plus de médicaments et d’’incessamment accroitre la rentabilité de ses innovations? Clarke & al. l’ont d’ailleurs théorisé dans leurs analyses sur la biomédicalisation, selon eux, tout comme la destruction créatrice, « les innovations sont cumulatives et les approches plus anciennes sont habituellement encore disponibles quelque part, alors qu’au même moment, des approches nouvelles et alternatives, issues des technosciences, tendent à les remplacer ».
         Empiriquement, il suffit de constater l’élargissement progressif des diagnostics recensés, de 1952 à aujourd’hui, au sein du DSM-I à DSM-V (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders) pour s’apercevoir de l’ampleur qu’a pris le phénomène. À sa première publication, le manuel comptait moins de 100 psychopathologies, aujourd’hui on y retrouve plus de 400 psychopathologies. Dpuis les 10 dernières années, on relate dans les établissements scolaires une recrudescence des enfants diagnostiqués avec un TDAH (trouble déficitaire d’attention avec ou sans hyperactivité).Coïncidence? J’en doute ! Plusieurs spécialistes se questionnent quant à la crédibilité de la valeur de ces diagnostics. Le Dr Julien Prud’homme prétend que l’on assiste au spectacle de la médicalisation de l’échec scolaire dans les écoles. Pour lui, «ça crève les yeux que le recours au diagnostic individuel sert à éviter les questions qui dérangent, à savoir que si certains enfants éprouvent des difficultés à l’école, c’est parce qu’ils ne mangent pas à leur faim à la maison ». Décidément, en attribuant une cause biologique à la nature du problème, il est possible pour les profanes et les experts de « justifier » la nécessité de la prescription, ainsi que la prise de médicaments. D’autre part, de nombreux spécialistes pédagogiques s’entendent pour dire que beaucoup d’enfants rencontrés et diagnostiqués avec un TDAH semblent avoir été diagnostiqués à tord et s’inquiètent des conséquences que cette étiquette injustement posée pourrait avoir.
En réponse à plusieurs controverses sur la valeur accordée au DSM, le Dr Patrick Landman le remet d’ailleurs, lui aussi, en question. Il dénonce le surdiagnostic et le surtraitement du TDAH des groupes d’individus âgés de 4 à 17 ans. Pour Landman, ces  processus sont l’aboutissement d’« un effet de mode », nourri par l’industrie pharmaceutique et les médecins. Par contre, il ne nie pas l’existence des personnes aux prises avec des troubles de la concentration, mais il déplore que le TDAH se soit transformé en catégorie « fourre-tout», au profit de l’idéologie capitaliste. Selon lui,  c’est «une fiction qui nous entraine vers de mauvaises pistes de solution et qui contribue à psychiatriser des problèmes sociaux, pédagogiques et éducatifs ».
Étonnamment, en France et en Angleterre, où d’autres outils que le DSM prévalent, les taux de TDAH ne dépassent pas plus de 1 à 2 %. Par opposition, le Canada et les États-Unis possèdent des taux oscillants aux alentours de 11%. Comment expliquer cette distinction marquée, spécialement au Canada et aux États-Unis, en ce qui concerne  le nombre de diagnostics du TDAH ? Certes, le pluralisme des approches en France et en Angleterre peut sembler une explication plausible. Cependant, nous vivons dans une société où les impératifs de performance sont extrêmement valorisés et, parallèlement, il y a cette obsession croissante de l’industrie pharmaceutique, qui cherche constamment à s’immiscer dans la sphère médicale. Les compagnies vendent  donc cette idée du  «Human Enhancement » ; cette tendance à toujours viser l’« amélioration » technique des performances humaines, aussi bien physiques, intellectuelles qu’émotionnelles». En m’arrêtant un instant, je me demande ; jusqu’où l’Homme occidental a-t-il l’intention de se rendre pour répondre aux critères de normalité, que la société et les géants pharmaceutiques lui imposent?

Ø Faits Divers :
ü  De la médecine anti-âge à la chirurgie esthétique, du dopage intellectuel à l’ingénierie génétique, des implants neuronaux à la nano-médecine, l’augmentation de l’humain renvoie à une diversité de techniques et de pratiques émergentes (Coenen et al., 2009).

ü  En 2014, l’agence (RAMQ) a remboursé des médicaments contre le TDAH à 64 176 patients, une hausse de 11 % par rapport à l’an dernier et de 52 % depuis 5 ans.

ü Au Québec, 39% des médicaments pour le TDAH sont prescrits à des adultes.

ü Aux États-Unis, les cas de TDAH sont passés de 3 % en 1980 à 11 % en 2011, touchant près d’un garçon sur cinq au secondaire.


http://www.ledevoir.com/societe/sante/450585/tdah-la-piste-du-surdiagnostic
http://plus.lapresse.ca/screens/217fef5a-abfd-4796-8bba-fd0998d048c0%7CfM3d8tg~329l.html
http://www.actualites.uqam.ca/2014/dsm-5-un-manuel-qui-rend-fou
http://www.ledevoir.com/societe/sante/446020/explosion-de-diagnostics-du-tdah-chez-l-adulte
PowerPoint SOL1016, Déviance, Exclusion et contrôle social, Clarke & Al

2 commentaires:

  1. Sur la medicalisation du TDAH voir aussi Pierre Paul St-onge ...
    http://ecosociete.org/livres/tdah

    RépondreSupprimer
  2. Sur la medicalisation du TDAH voir aussi Pierre Paul St-onge ...
    http://ecosociete.org/livres/tdah

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