Au
fil des transformations sociales subséquentes dans les sociétés modernes, et
plus particulièrement celles des sociétés occidentales, on assiste à une
réduction dynamique du concept de la normalité, ainsi qu’à une extension
phénoménale des facteurs de risques chez l’Homme moderne. L’explosion des pathologies, qui s’ensuit, serait-elle la conséquence
de différents acteurs sociaux, qui tentent sans cesse de « pathologiser de
manière excessive les émotions et les comportements humains » ?
Dès lors, on remarque que plusieurs
problèmes sociaux sont redéfinis comme des maladies ou des désordres enclins à être
traités par intervention médicale (Conrad : 1980). Toutefois, cette
représentation ne semble pas faire l’unanimité. Faute est de constater que les
critères diagnostics décrits et reconnus dans le DSM constituent, en soi, les
seuls outils de référence utilisés par les omnipraticiens et les psychiatres dans
la production de leurs diagnostics et la prescription de médicaments
susceptibles de traiter lesdits ; troubles mentaux. De plus, ce sont sur ces
définitions que se basent les compagnies d’assurances médicament pour justifier
leurs remboursements. La participation des profanes dans le monde médical
influence indéniablement les experts de la santé ainsi que leurs patients, que
l’on pourrait qualifier, à ce point, de consommateurs. Le moteur du capitaliste,
comme l’avait illustré Schumpeter, serait-il en train d’innover de nouvelles
maladies fictives? L’objectif étant de produire de plus en plus de médicaments et d’’incessamment accroitre
la rentabilité de ses innovations? Clarke & al. l’ont d’ailleurs théorisé
dans leurs analyses sur la biomédicalisation, selon eux, tout comme la
destruction créatrice, « les
innovations sont cumulatives et les approches plus anciennes sont habituellement
encore disponibles quelque part, alors qu’au même moment, des approches
nouvelles et alternatives, issues des technosciences, tendent à les remplacer ».
Empiriquement, il suffit de
constater l’élargissement progressif des diagnostics recensés, de 1952 à
aujourd’hui, au sein du DSM-I à DSM-V (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders) pour
s’apercevoir de l’ampleur qu’a pris le phénomène. À sa première publication, le
manuel comptait moins de 100 psychopathologies, aujourd’hui on y retrouve plus
de 400 psychopathologies. Dpuis les 10 dernières années, on relate dans les établissements
scolaires une recrudescence des enfants diagnostiqués avec un TDAH (trouble déficitaire d’attention avec ou sans
hyperactivité).Coïncidence? J’en
doute ! Plusieurs spécialistes se questionnent quant à la crédibilité de la
valeur de ces diagnostics. Le Dr Julien Prud’homme prétend que l’on assiste au
spectacle de la médicalisation de l’échec
scolaire dans les écoles. Pour
lui, «ça
crève les yeux que le recours au diagnostic individuel sert à éviter
les questions qui dérangent, à savoir que si certains enfants
éprouvent des difficultés à l’école, c’est parce qu’ils ne mangent
pas à leur faim à la maison ».
Décidément, en attribuant une cause
biologique à la nature du problème, il est possible pour les profanes et les
experts de « justifier » la nécessité de la prescription, ainsi
que la prise de médicaments. D’autre
part, de nombreux spécialistes
pédagogiques s’entendent pour dire que beaucoup d’enfants rencontrés et
diagnostiqués avec un TDAH semblent avoir été diagnostiqués à tord et s’inquiètent
des conséquences que cette étiquette injustement posée pourrait avoir.
En
réponse à plusieurs controverses sur la valeur accordée au DSM, le Dr Patrick
Landman le remet d’ailleurs, lui aussi, en question. Il dénonce le surdiagnostic
et le surtraitement du TDAH des groupes d’individus âgés de 4 à 17 ans. Pour
Landman, ces processus sont l’aboutissement
d’« un effet de mode »,
nourri par l’industrie pharmaceutique et les
médecins. Par contre, il ne nie pas l’existence des personnes aux prises avec des
troubles de la concentration, mais il déplore que le TDAH se soit transformé en
catégorie « fourre-tout», au profit de l’idéologie capitaliste. Selon
lui, c’est «une fiction qui nous entraine
vers de mauvaises pistes de solution et qui contribue à psychiatriser des
problèmes sociaux, pédagogiques et éducatifs ».
Étonnamment, en France et en Angleterre, où d’autres outils que
le DSM prévalent, les taux de TDAH ne dépassent pas plus de 1 à 2 %. Par
opposition, le Canada et les États-Unis possèdent des taux oscillants aux
alentours de 11%. Comment
expliquer cette distinction marquée, spécialement au Canada et aux États-Unis,
en ce qui concerne le nombre de
diagnostics du TDAH ? Certes, le pluralisme des approches en France et en
Angleterre peut sembler une explication plausible. Cependant, nous vivons dans
une société où les impératifs de performance sont extrêmement valorisés et,
parallèlement, il y a cette obsession croissante de l’industrie pharmaceutique,
qui cherche constamment à s’immiscer dans la sphère médicale. Les compagnies
vendent donc cette idée du «Human Enhancement » ; cette tendance à
toujours viser l’« amélioration » technique des performances humaines,
aussi bien physiques, intellectuelles qu’émotionnelles». En m’arrêtant un
instant, je me demande ; jusqu’où l’Homme
occidental a-t-il l’intention de se rendre pour répondre aux critères de normalité,
que la société et les géants pharmaceutiques lui imposent?
Ø Faits
Divers :
ü De la médecine anti-âge à la chirurgie esthétique, du
dopage intellectuel à l’ingénierie génétique, des implants neuronaux à la
nano-médecine, l’augmentation de l’humain renvoie à une diversité de
techniques et de pratiques émergentes (Coenen et al., 2009).
ü En 2014, l’agence (RAMQ) a remboursé des médicaments contre
le TDAH à 64 176 patients, une hausse de 11 % par rapport à l’an
dernier et de 52 % depuis 5 ans.
ü Au Québec, 39% des médicaments pour le TDAH sont prescrits à des
adultes.
ü Aux États-Unis, les cas de TDAH sont passés de 3 % en 1980
à 11 % en 2011, touchant près d’un garçon sur cinq au secondaire.
http://www.ledevoir.com/societe/sante/450585/tdah-la-piste-du-surdiagnostic
http://plus.lapresse.ca/screens/217fef5a-abfd-4796-8bba-fd0998d048c0%7CfM3d8tg~329l.html
http://www.actualites.uqam.ca/2014/dsm-5-un-manuel-qui-rend-fou
http://www.ledevoir.com/societe/sante/446020/explosion-de-diagnostics-du-tdah-chez-l-adulte
PowerPoint
SOL1016, Déviance, Exclusion et contrôle social, Clarke & Al
Sur la medicalisation du TDAH voir aussi Pierre Paul St-onge ...
RépondreSupprimerhttp://ecosociete.org/livres/tdah
Sur la medicalisation du TDAH voir aussi Pierre Paul St-onge ...
RépondreSupprimerhttp://ecosociete.org/livres/tdah