jeudi 24 mars 2016

L’entreprise pourrait avoir une visée sociale?

L’entreprise pourrait avoir une visée sociale?
Cet article nous présente l’École supérieure privée d’ingénieurs et de technologie de Tunis (ESPRIT). Celle-ci se trouve au sein du technopôle d’AL-Ghazala, dans la banlieue nord de la ville. Il s’agit d’une école qui depuis 2014, encourage la création de start-ups dans un but précis : combattre le terrorisme et le chômage.
L’innovation est encouragée et permet le progrès. Comme le montrait Schumpeter dans Capitalisme, socialisme et démocratie, le moteur du capitalisme, c’est l’entrepreneur.
Le seul bémol est qu’ici ce ne sont pas des individus “remarquables” et “isolés” qui sont responsables de l’innovation mais bien le groupe, le collectif.  D’autre part, ces derniers ne sont pas poussés par des motifs irrationnels ni poussés par la concurrence.
Le motif est ici apparemment purement social. Il s’agit de créer des emplois pour que les mouvements djihadistes ne profitent de la pénurie d’emploi actuelle pour “recruter parmi la masse des diplômés chômeurs et des déclassés”. L’article précise également que d’importantes émeutes sociales avaient eu lieu en Tunisie entre le 16 et le 23 janvier cette année en raison du manque d’emplois et des grandes disparités régionales.
Ce projet est financé en grande partie par Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD, partenaire du Monde Afrique).
Alaya Bettaieb, directeur de l’incubateur d’entreprises d’ESPRIT déclare : “ Nous sommes convaincus que les entrepreneurs peuvent aider la Tunisie à rester debout”.
Chaque Start up recrute dix nouveaux employés à son démarrage et le nombre augmente par la suite, en fonction du succès de celle-ci. Il y a cependant une certaine compétition pour parvenir à être sélectionné par l’incubateur, les candidats sont très nombreux et chaque année ESPRIT n’en retient que douze.
Alaya Bettaieb justifie cette sélectivité : « Notre top priorité, c’est la lutte contre le chômage. Si bien que seules les entreprises ayant une forte valeur ajoutée sociale et donc un impact mesurable sur la société tunisienne nous intéressent. La création d’emplois est un facteur déterminant. »”.
Il s’agit de trouver de nouvelles combinaisons, organisations ou structures pouvant amener le progrès mais cette fois ci pas uniquement le progrès économique ou scientifique mais bien le progrès social…
Le but de cette initiative est aussi de redonner confiance aux jeunes qui pensent que le marché du travail ne leur fait pas de place, c’est la raison pour laquelle ESPRIT organise des “ateliers de sensibilisation à l’entreprenariat et de coaching ouverts à tous autour de thématique sociales.” Les membres d’ESPRIT suggèrent qu’il serait bon pour le pays que chaque université ou école les imitent en créant leur propre incubateur de start-ups “afin de lutter efficacement contre l’extrémisme par la création d’emplois.
Ce nouveau modèle d’entreprise se rapproche du capitalisme shumpeterien dans la mesure où il s’agit d’un processus dynamique et en perpétuelle évolution.
Nous assistons à la naissance d’un modèle hybride : entre capitalisme et socialisme. Ainsi le capitalisme ne serait peut-être pas autodestructeur comme le préconisaient Weber et Schumpeter mais pourrait, au contraire, se régénérer.
Sommes-nous rentrés dans l’ère du capitalisme social?


Romane Le Govic

Schumpeter, Joseph, A (1911, 1942). « Le phénomène fondamental de l’évolution
économique », Théorie de l’évolution économique, Recherches sur le profit, le crédit,
l’intérêt et le cycle de la conjoncture, paragraphe III, pp. 74-92. « Le
processus de destruction créatrice » et « Les murs s’effritent », Capitalisme, socialisme et
démocratie, pp. 91-96 et 143-154

Weber, Max (1922, 1905). « Déterminants de l’activité sociale », Économie
et Société, Paris, Plon, « Avant-propos», L’éthique protestante ou l’esprit du
capitalisme, Paris, Plon,

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