Le 21e siècle est une époque où la marchandisation bat son train à un tempo rythmé par
l’évolution en continuelle accélération des sociétés humaines. Tel que Francis
Cousin l’a amené dans son ouvrage intitulé l’être
contre l’avoir, qui fait une relecture radicale des idées de Marx, le mode
de production capitaliste est en perpétuelle recherche avec l’aide du politique
à intégrer en son sein de nouveaux marchés. Par conséquent, le système
capitaliste cherche à ouvrir des marchés potentiels par l’intégration d’un
amalgame de phénomènes sociaux jusque-là jamais colonisés. C’est par le fruit
de cette logique que l’immigration fût une nouvelle voie pour générer de la
main-d’œuvre à bas prix, pour les états démocratiques et capitalistes de
l’occident.[1]
La marchandisation du corps des femmes par le commerce des ovules, des mères
porteuses et des cellules souches, ouvrit la voie à des nouvelles possibilités mercantiles
pour un marché des corps, qui sera nommé subséquemment la bioéconomie. [2] Cependant,
un secteur de la vie collective qui ne fût, du moins pas en totalité malgré les
tentatives, soumis au bistouri capitaliste marchand fut l’État. Ce dernier a
été défendu par maints intellectuels justifiant que son but en finalité n’était
pas le profit, mais bien de pourvoir aux besoins et au bonheur de ses citoyens.
Néanmoins, un montréalais du nom de Guillaume Dumas ancien étudiant à la
maîtrise en sociologie de l’Université Laval nourrit ce rêve, que certain
peuvent juger d’hasardeux, de créer un État privé ayant comme finalité le
profit. L’idée de Mr. Dumas naquit lorsqu’il a constaté que sa maîtrise en
sociologie ne lui rapporterait peut-être pas les attentes escomptées conjugué au caractère discutable des décisions prises par nos élus.
Le fonctionnement d’un état-entreprise,
selon notre protagoniste, reposerait d’abord sur une économie du savoir
dépourvue d’imposition sur le revenu. Chaque employé de cette dernière
bénéficierait d’un salaire de citoyenneté afin de rendre le travail optionnel.
Cette initiative aurait comme but de stimuler l’entrepreneuriat
et l’État-entreprise se financerait à partir des profits générés par les
entreprises sur son territoire, afin de maintenir ses infrastructures. Alors avec
cette politique, les citoyens travailleraient à revenus égaux pour le bien
commun. De plus, fidèle à la logique d’organisation entrepreneuriale l’État
imaginé par Dumas serait dirigé par un conseil d’administration ayant comme but
de maximiser ses profits pour les actionnaires. Toutefois, les décisions prises
par le conseil devront être alignées avec les intérêts de ses citoyens.
L’État-entreprise aurait également sa propre cryptomonnaie lui permettant de
s’auto-financer. Donc, en résultante cet hypothétique État-entreprise pourrait
constituer la clé de voûte du postulat avancé par Andreu Solé dans le chapitre
nommé « l’entreprisation du monde » de l’ouvrage écrit en collectif connu sous le nom de Repenser l’entreprise, soit que
l’entreprise est la force organisatrice du monde. Celle-ci caractérise,
imprègne, les individus tout en déterminant et orientant les façons dont ils
perçoivent, appréhendent, sentent, craignent le monde tridimensionnel de
l’humanité. Au même titre que l’église gréco-romaine domestiqua l’Europe[3]
par l’imposition de sa doctrine, l’entreprisation du monde est en voie de
marchandiser à grands pas la vie humaine dans tout son éventail de facettes. L’idée de Guillaume Dumas, encore au stade
d’embryon, a le potentiel d'anéantir les enceintes d’un des derniers monopoles
existant en ce monde. Selon notre instigateur, nous sommes rendus à une époque
où de toute façon des entreprises plus agiles entrent en compétition avec des
monopoles et des états tentant de briser les réglementations marchandes instituées
à grands traits d’écritures législatives.
Ainsi, le festival de
la marchandisation bat son plein pour permettre au système capitaliste, ainsi
qu’à son médium à l’apparence métamorphe dénommé entreprise, de survivre grâce
à une respiration artificialisée à coups de greffes, lui permettant de ce fait
d’élargir et d’affirmer son emprise tentaculaire sur les vies humaines. Est-ce
qu’une entreprise-monde totalisée verra
le jour avec l’intégration de ce nouveau marché, qui il n’y a pas si longtemps
était vu comme presque intouchable en tant que droit divin monarchique, puis par
la suite collectif? Est-ce que l’entreprise-monde pourra, à l’instar de la
religion des temps médiévaux, infiltrer le monde politique et s’accaparer
complètement non seulement de sa gestion, mais aussi de ses profits, ses
idéaux, dans un but ultime de profitabilité joignant en symbiose l’idéologie
libérale et communiste? Guillaume Dumas a par contre besoin d’un état intrépide
pour mettre en branle son idée. Il a
donc le regard tourné vers les pays Baltes où il espère trouver preneur afin de
bâtir son prototype avec l’aide d’investisseurs privés. Est-ce que
l’originalité d’un montréalais ancien étudiant en sociologie ouvrira à tambours
battants les portes de la marchandisation des états, qui en effet sont déjà
confrontés les uns aux autres, ou aura-t-il simplement stimulé une réflexion ontologique
à propos des gouvernements?
Écrit par Maxime Amblard B
Bibliographie
Francis Cousin, 2012,
L'être contre l'avoir. Pour
une critique radicale et définitive du faux omniprésent..., Retour aux
Sources.
Lafontaine, Céline, 2014, « Le corps marché; la marchandisation de la
vie humaine à l’ère de la bioéconomie, La couleur des idées, Éditions du
Seuil.
Andreu Solé, (2008). « L’entreprisation du monde »,
dans Repenser l’entreprise (sous la direction de Jacques Chaize et Félix
Torres, Le cherche midi, pp. 25-54.
Dans le même esprit, il y a ceci aussi sur les villes privées au Honduras.
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