mercredi 23 mars 2016

Des échos sardoniques chez les morts oubliés


Récemment, La Presse lisait « Musique : toujours la crise, mais le streaming fait recette ». C’est sans aucun doute une vision familière, depuis quelques années déjà, que celle de l’affolement constatable dans les yeux des élites de l’industrie musicale. Depuis environ 10 ans maintenant, les géants de l’univers de la chanson ont dû faire avec d’énormes bouleversements dans la demande du public, maintes fois accompagnés des râles et du marasme typique aux opposants du progrès. Le public, lui, souvent inconscient de son impact, n’a fait que poursuivre la voie logique taillée par le géant nommé Internet. Les compagnies cependant, elles, ont dû faire, et le devront de plus en plus, avec une tendance qui n’est pas sans rappeler la mort pourtant si décriée de la cassette à l’aube du XXIe siècle. Semblerait-il que les corporations l’ont oublié. On ne peut cependant pas les blâmer. Les cassettes ont effectivement tenu le coup pendant presque 30 ans avant que leur héritier ne réclame le trône. Les disques compactes, eux, après moins d’une décennie d’usage substantiel, sont déjà en voie de se faire supplanter par ce avec quoi les jeunes d’aujourd’hui sont tous familier ; le streaming. D’après les résultats annuels du plus grand syndicat français de la musique, le Snep, en 2015, les ventes de CD, vinyles et DVD ont chutés de près de 16 points. À l’opposé, les services de streaming en ligne ont constatés une croissance de 45%. Et semblerait-il que ce n’est que le début ; la croissance économique de ceux-ci ne semble pas vouloir s’apaiser. Au contraire, elle tend à se décupler.

Avec de telles figures, on comprend facilement pourquoi les têtes des maisons de disques se font du souci pour leur cou. Bien entendu, le cédérom n’en est pas encore à son dernier souffle. Plusieurs collectionneurs se font un plaisir fou à entasser chacun des albums de chacun de leurs artistes, alors que d’autres ne se dérangent que pour leur compositeur-interprète fétiches. Cependant, comme les aficionados des vinyles, témoins d’une époque plus distingué (?), ils sont loin d’être majoritaires. Aujourd’hui, le mot d’ordre est mobilité ; on veut pouvoir transporter sa musique ou l’on veut, quand on veut et ce, en grande quantités. Et bien qu’un walkman soi sans conteste plus pratique et abordable qu’un tourne disque à trompette, quoi que peut-être moins abasourdissant, il n’en demeure pas moins que ce dernier est pour nous obsolète. Non, si l’industrie de la musique veut espérer un futur, elle devra, comme elle l’a fait auparavant, s’adapter. Et les grands de l’empire corporatif musical auront beau rouspéter et taper du pied comme le font les jeunes en proie à l’enfantillage, leur avidité pour le statu quo ne feront que mettre le sourire aux lèvres du regretté phonographe.

Scandez au pessimisme tant bon vous semble, le passé ne ment pas. La prophétie naturelle à formuler demeure la même lorsqu’il est question du capitalisme ; la plupart meurent avant maturité et quelques-uns survivent pour laisser place à leur bourreau. Certains la désigneront comme loi de la jungle, les plus fort demeurent, d’autres, avec un penchant académique, s’imagineront des termes plus éloquents. Joseph A. Schumpeter est l’un de ces coupables. Économiste autrichien du XXe siècle, il étudie le capitalisme et en conclut que son moteur, la flamme qui alimentait la création de profits, c’était l’innovation. C’est grâce au progrès, tant technologique que technique et managérial, que les entrepreneurs sont en mesure de réussir économiquement. Schumpeter conçoit l’innovation comme un processus par lequel les vielles idées et méthodes sont mise en compétition avec et son graduellement mais surement remplacées par de nouvelles plus efficaces ou attrayantes aux yeux du consommateur ; il l’appela la destruction créatrice.

Les temps présents ne semblent que confirmer son postulat. L’essor du MP3, puis des cellulaires capables d’emmagasiner plusieurs heures de chansons, sont prophètes de monstres à venir encore plus terrifiant pour le frêle disque. Peut-être les maisons de disque survivront des droits d’auteur que leur garantissent leurs progénitures créatrices. Cependant, il est indéniable que des changements devront être effectués rapidement ; déjà, l’immenses souhaite entreprises de streaming comme Spotify, Napster et Apple Music se dessinent à l’horizon.

Par Gabriel Saso-Baudaux


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