dimanche 30 mars 2014

Le paradoxe de l'évolution : de l'abondance à la rareté





        Le Paradoxe de l'évolution : de l'Abondance à la Rareté



La rareté de l’eau, une menace réelle

              Un prestigieux groupe d’anciens leaders mondiaux et d’experts tire la sonnette d’alarme à propos d’une crise de l’eau qui menace la paix, la stabilité politique et le développement économique sur la planète. L’InterAction Council a publié son nouveau rapport, qui conclut que l’impact futur de la rareté de l’eau pourrait être dévastateur. Ce rapport est publié alors que les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays préparent une rencontre spéciale sur la crise de l’eau qui aura lieu plus tard ce mois-ci en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Le document du conseil ne réclame pas une intervention spécifique de l’ONU.

L’ancien premier ministre canadien Jean Chrétien, qui copréside le conseil, affirme cependant que le groupe tente d’attirer l’attention sur l’urgence de la crise, dans l’espoir que le Conseil de sécurité reconnaisse l’eau comme un important enjeu de sécurité à l’échelle mondiale...
 

A l'heure des conflits politiques électoraux , je propose de vous embarquez vers un des sujets les plus sensibles , il est notre plus grand chantier d'avenir mais qui pourtant ne parait pas porter autant de polémiques qu'il le devrait .
Alors pour commencer on peut se poser la question de la rareté ? comment ce concept autrefois inexistant est-il née ?

Cela peut s'expliquer très facilement , alors que dans les société primitives , l'homme chasseur voulait simplement survivre , son incompétence technique le contraint à peiner sans répit pour obtenir juste de quoi ne pas mourir de faim ,ainsi comme le souligne si bien Sahlins: "l'économie dite de subsistance c'est lui".
Mais c'est cette société qui représente la société d'abondance avec des besoins limités .

Alors qu'il est vrai que pour le sens commun une société d'abondance est celle où l'ensemble de la population est aisément satisfaites .
Dans les sociétés dites développés , l'homme a constamment besoin de matériels , une "soif "que l'on peut qualifier d'illimitée .
L'homme moderne a des besoins illimités cependant les ressources sont limitées ! C'est la naissance de la rareté . La rareté peut se définir comme une pénurie , une chose que l'on ne trouve plus.

Ainsi aujourd'hui le marché institue la rareté d'une manière sans précèdent et cela à un très haut degré. Avec la mondialisation , et la division internationale du travail une multitude de produits sont aux services de l'homme . Le choix est grand et infini , l'homme moderne veut toujours plus et se comporte comme un éternel insatisfait .
Quelque part on a crée la rareté comme sentence à notre économie .
Pourquoi avoir montrer du doigt l'inefficacité de l'économie des chasseurs , la notre peut elle être jugée meilleure ?

Dans toutes les analyses , on distingue deux sphères : le secteur alimentaire : l'eau et la nourriture , et le secteur non alimentaire .
Le secteur alimentaire étant crucial c'est d'ailleurs sur ce thème que repose notre analyse et plus particulièrement l'eau .

Une étude publiée par un groupe de 40 anciens dirigeants internationaux, auquel appartiennent Bill Clinton et Nelson Mandela, sonne l’alarme : d’ici 2025, la quantité d’eau disponible sur la Terre ne sera plus suffisante pour satisfaire les besoins de tous les hommes.
La pénurie de l'eau concerne une personne sur trois sur tous les continents. La situation s'aggrave sous l'effet de la croissance démographique, de l'urbanisation et l'utilisation accrue des ressources à des fins domestiques et industrielles.

Ce constat peut nous mener à plusieurs interrogation , finalement l'homme moderne ne met -il pas en péril sa planète ? de même que le système  capitalisme ne cause t-il pas sa propre perte ?

En citant Max WEBER  "c'est en nous libérant de l'intellectualisme de la science que nous pouvons saisir notre propre nature , et par la même la nature en générale ".

Le capitalisme d'aujourd'hui se heurte à la contrainte de la rareté , la croissance rencontre le mur de la nature.
Le piège du capitalisme pointe alors son nez , la pénurie de l'eau et donc de la terre ne semble réellement éveiller les consciences. Vers un retour à l'ère des chasseurs ?




Source :


- ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE
        http://www.who.int/features/factfiles/water/fr/

- LA BANQUE MONDIALE
http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2014/01/16/will-water-constrain-our-energy-future

- SAHLINS M. " La première société d'abondance" dans âge de pierre, âge d'abondance.
L'économie des sociétés primitives, Paris, Gallimard, 1976.

- WEBER Max "Déterminants de l'activité sociale", Economie et Société, Paris,Plon,1971.
                         " L'Ethique protestante ou l'esprit capitalisme"

-SCHUMPETER, Joseph. "Le processus de destruction créatrice" et "Les murs s'effritent",
Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942



Par : Habiba TIGHALINE



lundi 24 mars 2014

Besoin réel ou création superficielle? La folie des pommes…




 
Tout le monde aime les pommes. Aller au verger cueillir des pommes en saison égaye petits et grands. De plus, différentes variétés de pommes sont disponibles, ce qui rend le choix encore plus appétissant. Ces nouvelles sortes de pommes sont souvent des croisements, on retrouve par exemple la Cortland, tendre et sucrée, qui provient du mélange entre Ben Davis, légèrement parfumé et sucré, et la Macintosh, dite la reine des pommes.  Les pommes sont hyper exploitées afin de personnifier la grandeur, ainsi on parle souvent de New York comme étant la Grosse Pomme, et une des entreprises les plus importantes du monde se nomme Apple.



Toute la notion de fétichisme de la marchandise ou de passion du bien-être matériel de Tocqueville[1] peut être résumée avec un seul mot, entreprise, dont l’une des icônes les plus populaires en Amérique du Nord est Apple, fondé en 1976 par Steve Jobs et Steve Wosniak. Apple ne se spécialise pas que dans les ordinateurs Macintosh, mais aussi dans des produits électroniques grand public, des ordinateurs personnels et des logiciels. [2]Ceux-ci se transforment très rapidement, de par leur performance, leurs format, esthétisme, etc. Toutefois, toutes ces innovations sont-elles vraiment ce qui pousse les consommateurs de pommes à s’identifier aux produits qu’ils consomment? Le slogan « Think different » met lui-même emphase sur la distinction présente entre les utilisateurs de Mac et ceux du PC.  Ces consommateurs ont ainsi une forte propension à suivre cette icône de la modernité et Apple en profite amplement.



 L’idée de l’entreprise est de stimuler les désirs afin de pouvoir continuer à créer et à vendre de nouveaux produits. De ce fait, Apple, comme bien d’autres entreprises, rendrait leurs anciens produits obsolètes, ou simplement démodés, afin de revamper leurs nouvelles créations. Plusieurs sites se prononcent sur le sujet de l’obsolescence programmée chez le géant Apple. Dans ces articles, ont peux voir que Apple s’arrangerait  afin que ses nouveaux produits ne soient pas compatibles avec les anciennes versions. Ainsi, si l’on suit le courant et achetons l’iPhone 5, il faudrait refaire au complet notre garde-robe de gadgets afin que ceux-ci soient compatibles.[3] Pour suivre les tendances, il faut se procurer tous les nouveaux appareils de cette marque, et ce, afin de rester dans la course des désirs sans fin. Étant donné le coût élevé de cette marque, seuls certains individus ont accès aux produits. Ce fait entraine un phénomène de rareté : les gens qui ont accès à ces objets rares sont à l’affût de nouveauté afin d’essayer de se démarquer des autres.
 Dans la société moderne, exposée par M. Sahlins, les gens ne fixent pas de limites à leurs besoins, de ce fait, leurs besoins ne sont jamais comblés. Les sociétés modernes sont donc condamnées à rester pauvres, puisqu’elles restent dans une quête inatteignable de la réalisation de leurs souhaits.[4] Cette réalité porte à réfléchir quant aux nouvelles générations, qui sont nées dans cette spirale de consommation industrielle. Les individus fondent leurs souhaits sur des rêves inatteignables, « s’il te plait père-noël, donne moi, un poney, le nouveau Ipad et tous les gadgets qui y sont rattachés, j’ai été sage.  » Le concept d'innovation de Schumpeter se lie ici avec le sentiment d'appartenance propre aux consommateurs d'Apple. Sentiment se retrouvant exploité afin de maximiser la production de nouveaux produits de consommation.[5] L'innovation est très présente chez Apple, ce géant niché dans une société valorisant le progrès, c'est donc avec l'optique de création infinie que cette entreprise exploite le marché mondial.  

Florence Landry







[1]  Tocqueville, Alexis de. De la démocratie en Amérique II, Les classiques des sciences sociales, 1840, extraits choisis.
[2] CURLU, Mustafa, Du garage à la légende : la fabuleuse histoire d’Apple, http://www.widoobiz.com/actualites/du-garage-a-la-legende-la-fabuleuse-histoire-d%E2%80%99apple/9891, 6 octobre 2011.
[3] Les amis de la terre, La sortie du nouvel iPhone 5 : obsolescence programmée en série, 2009, http://amisdelaterre-isere.over-blog.org/. http://amisdelaterre-isere.over-blog.org/article-nouvel-iphone-5-obsolescence-programmee-en-serie-110963148.html. Consulté le 20 mars 2014.
[4] Sahlins, M. La première société d’abondance, dans Âge de pierre, âge d’abondance. L’économie des sociétés primitives, Paris, Gallimard, 1976, pp.37-81 (chapitre 1)
[5] SCHUMPETER, Joseph, A. Le phénomène fondamental de l’évolution économique, Théorie de l’évolution économique, recherches sur le profit, le crédit, l’intérêt et le cycle de la conjoncture, paragraphe III, 1911, pp.74-92. (extraits choisis)

Le mouvement d'opposition à la brutalité policière: entre domination et égalisation des conditions. Les théories de Max Weber et Alexis de Tocqueville comme pistes d'analyse.

      Le 15 mars dernier, s'est tenue la dix-huitième manifestation annuelle contre les violences policières à Montréal, dans le cadre de la Journée internationale contre la brutalité policière. Le collectif organisateur, le COBP (Collectif opposé à la brutalité policière), se présente comme « un groupe autonome qui regroupe des personnes victimes, témoins et/ou concernés par la brutalité policière et tout abus perpétré par la police. [...] Face à l’ampleur de la répression, du nettoyage social et de l’impunité toujours croissante sévissant à Montréal, le COBP a décidé de s’organiser sur une base permanente pour continuer sa lutte contre la brutalité policière. ». Je ne me pencherai pas ici sur cette manifestation déclarée illégale en raison du non-respect du règlement municipal P-6 obligeant les manifestants à déclarer préalablement leur itinéraire. Elle a fait couler beaucoup d'encre, de nombreuses personnes ayant été interpelées.

 Photo: Johanna Locatelli
 
       Mon but est de regarder cette actualité avec un recul sociologique, en se demandant de quoi cette actualité est le symptôme. Plus précisément: en quoi cette actualité peut-elle être considérée comme un indicateur de l'individualisme moderne ? La théorie de Max Weber et celle d'Alexis de Tocqueville me semblent pertinentes pour analyser ce phénomène. Inversement, l'opposition à la brutalité policière me semble être un fait social intéressant dans la mesure où il met à l'épreuve les théories de ces deux auteurs. Tous deux ont en commun d'avoir voulu comprendre le passage à la société moderne, en s'intéressant notamment aux nouveaux types de domination auxquels la société démocratique moderne pouvait mener. Rappelons les principales caractéristiques de la société moderne: régime démocratique et économie de marché capitaliste, menant à une égalisation des conditions.
       Regardons donc cette actualité avec du recul: nous assistons à la contestation de la violence d'Etat, seul détenteur de la violence légitime. Max Weber présentait la domination rationnelle légale comme un type de domination caractéristique de la société moderne. Cette domination d'Etat tient sa légitimité de la rationalisation de l'appareil étatique. Le mouvement d'opposition à la brutalité policière (qui existe à travers le monde occidental depuis les années 1970, et qui n'a donc rien d'inédit, soulignons-le) semble donc être un mouvement d'opposition à ce type de domination, ou du moins à ses dérives. Ce mouvement s'oppose non seulement à l'usage de la violence policière infondée, mais aussi, dans le cas de l'actualité montréalaise, au règlement municipal P-6 en vertu duquel la manifestation a été déclarée illégale. C'est donc bien un élément administratif auquel on s'oppose ici. Ce mouvement est-il pour autant un indicateur du fait que la domination rationnelle légale est en train de s'effriter ? Non, dans le sens où il y a au sein des sociétés occidentales encore un consensus sur le fait que la police est garante du maintien de l'ordre. Oui, dans le sens où ce mouvement semble s'inscrire dans la tendance globale à la perte de légitimité de l'Etat. Peut-être alors que la réponse s'apparente à celle-ci: la domination rationnelle légale fait encore consensus, mais est en perte de vitesse.
       Tocqueville annonçait lui qu'un risque guettait nos sociétés démocratiques modernes: le risque d'un despotisme doux, inédit dans le cours de l'histoire. Un despotisme qui s'apparenterait à un paternalisme voulant maintenir les citoyens dans l'enfance, en prenant en charge une partie croissante des détails de leur vie: c'est bien dans le contrôle de ces détails que résiderait la domination. Selon Tocqueville, l'exercice du libre-arbitre ne s'exercerait plus que lors des élections, c'est-à-dire rarement. L'opposition aux violences policières serait-elle une remise en cause de ce despotisme doux ? Comme pour la question précédente, la réponse me semble nuancée. Oui, si l'on considère que les violences policières s'inscrivent dans un despotisme doux, encadré par des lois, avec des recours possibles. Non, si l'on considère que les violences policières sont une violence explicite et... violente. Je choisirais plutôt la seconde option. Non, les violences policières ne s'inscrivent donc pas dans le despotisme doux prédit par Alexis de Tocqueville... Car elles sont trop physiquement violentes et explicites pour être pernicieusement douces. Avec ce mouvement social, nous sommes donc bien dans la contestation de la domination rationnelle légale, pas du despotisme doux qui lui prend forme dans la sphère économique il me semble, notamment par la société de consommation de masse et son principal moyen de domination, la publicité. Le fait qu'il y ait eu un tel déploiement policier peut être pris comme un indicateur du fait que les autorités s'inquiètent du succès de ce mouvement contre la domination rationnelle légale. Par contre, les actes anti-publicité ne connaissent en général pas un tel déploiement policier: signe que les autorités se font moins de souci quant au succès des actes anti-pubs ? Le parallèle est un peu raccourci, il faudrait prendre en compte bien plus de faits sociaux. Mais si l'on accepte ce raccourci, on peut en arriver à la conclusion que Tocqueville ne se trompait pas: le despotisme doux a de beaux jours devant lui.
       Après cette réflexion sur ces deux types de domination, prenons maintenant encore plus de recul sur le phénomène d'opposition aux violences policières, toujours en compagnie d'Alexis de Tocqueville: « quelque soit démocratique l'état social et la constitution politique d'un peuple, on peut donc compter que chacun de ses citoyens apercevra toujours près de soi plusieurs points qui le dominent, et l'on peut prévoir qu'il tournera obstinément ses regards de ce seul côté. Quand l'inégalité est la loi commune d'une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l'oeil; quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent. C'est pour cela que le désir d'égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l'égalité est plus grande ». Plus une société est égalitaire, moins les inégalités y sont tolérées. Voici une recontextualisation historique et sociologique qui me semble primordiale à la compréhension de ce que la sociologie appelle parfois les « nouveaux mouvements sociaux ». Puisque l'égalisation des conditions est une caractéristique de nos sociétés modernes, il n'est donc pas surprenant que les inégalités face à la police soient apparues dans le débat public.

       Que faire de ces pistes de réflexion ? Quel rapport avec le titre de ce blog, « sociologie et entreprise » ? Le phénomène de l'opposition aux violences policières n'était qu'un prétexte pour parler de l'individualisme moderne, in des piliers fondateurs de la libre-entreprise.. Débarrassons-nous de la connotation péjorative que nous donnons communément au mot « individualisme ». Celui dont je parle est celui qui a permis le passage de la société féodale, société d'ordres extrêmement rigide, à la société démocratique moderne. C'est lui qui a rendu possible la libre entreprise: Marx nous dirait que l'individualisme -qui s'inscrit dans le monde des idées et des moeurs- constitue la superstructure qui a permis le déploiement de l'infrastructure capitaliste, c'est-à-dire le mode de production propre à notre société moderne. Sans individualisme, pas d'entreprise. Observer les modes de domination et l'égalisation des conditions nous dit quelque chose sur l'individualisme moderne: les institutions étatiques semblent plus contestées que le marché (mais c'est une affirmation à nuancer), une société de plus en plus égalitaire est de moins en moins tolérante aux moindres inégalités. Les inégalités provoquées par le marché sont aussi contestées, mais elles semblent moins contestées que celles provenant de l'Etat. Toutefois, la tendance décrite par Alexis de Tocqueville sur la tolérance décroissante aux inégalités peut nous permettre de dire que les inégalités liées au marché seront elles aussi de plus en plus contestées. Tous mes propos sont à nuancer et à confronter à des études sociologiques. Cependant, je voudrais proposer une conclusion: la légitimité de la libre entreprise semble moins en danger que celle de l'Etat, pour l'instant. Ils semble que ce soit la seule affirmation que nous puissions tirer de ce court essai. Le reste n'est composé que de questions: mais il faut se poser les bonnes questions avant de vouloir trouver de bonnes réponses.

Johanna Locatelli

Sources:

https://www.cobp.resist.ca/ Collectif opposé à la brutalité policière

http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/03/15/manifestation-brutalite-police-profilage_n_4971567.html « Plus de 280 interpellations lors d'une manifestation policière », Le Huffington Post Québec.

http://www.journaldemontreal.com/2014/03/15/un-mannequin-de-policier-pendu-sous-le-viaduc-berri « Une manifestation contre la brutalité policière encore une fois rapidement contenue », Le Journal de Montréal.

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique II, Les classiques des sciences sociales, 1840, extraits choisis.

Max Weber, « Déterminants de l'activité sociale », Economie et société, Paris, Plon, 1971, pp22-23

Karl Marx, Le Capital, Paris, Plon, 1971.

Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat, coll. Folio, éd. Gallimard, 1999, 813p.


dimanche 23 mars 2014

Magnifiques orchidées




Histoire de décrocher des élections, de la souveraineté et du cynisme ambiant le temps de quelques heures, j'invite les étudiants du cours SOL 2015 à venir s'engouffrer dans un monde féerique digne d'Alice au pays des merveilles. Pas d'excuses, le 29 et 30 mars prochain se tiendra au Collège de Maisonneuve l'Orchidexpo 2014. Organisé par Les Orchidophiles de Montréal, cet événement est l'un des plus courus du genre en Amérique du Nord. Vous pourrez y admirer plus de 800 spécimens dont certains proviendront de collections inédites ou primées à l'international. On trouve les informations ici et ici.





J'adore les orchidées, j'ai donc évidemment un parti pris. J'aime comme ces plantes sont un mélange de délicatesse et de rusticité. Parce que j'ai été fleuriste, j'ai appris à les reconnaître et à apprécier leur infinie diversité en terme de formes, couleurs et parfums. J'ai tenté, en vain, d'en faire la culture afin de m'assurer une production annuelle. Le résultat n'étant pas celui escompté, j'ai donc déménagé ma petite collection chez mon père. Celui-ci s'est alors découvert un nouveau passe-temps, qui, je dois l'admettre, semble être plus fructueux que ma tentative personnelle !


Mais attendez, peut-être que je n'ai pas bien expliqué en quoi consiste la fameuse Orchidexpo. En effet, force est d'admettre que dans le petit monde des orchidées, le spectaculaire et le kétaine se côtoient et se confondent. Kétaines les orchidées ? Un peu... je me dois donc de souligner quelques réserves personnelles à l'égard de ce monde magique que je viens d'encenser. 

Il y a quelques années, la phalaenopsis (l'orchidée dont la fleur ressemble à un papillon) a été «découverte» par quelques décorateurs adeptes du bouddhisme, des spas et de la relaxation transcendante. C'était original, même innovant. Un vent de fraîcheur soufflait dans un univers jusqu'alors saturé de faux-bois, faux-marbre et fausses dorures. On épurait, on mettait du gris, du brun et du taupe; on rendait l'atmosphère zen et sereine. Le tableau se ponctuait au gré de ces hampes florales qui laissaient dégringoler une ribambelle de fleurs, tantôt immaculées, tantôt déclinant leurs coloris Color of the Year 2014 Pantone®. Bref, une ben bonne idée qu'ils ont eue les designers. Malheureusement, ces adeptes n'ont pas su modérer leur engouement, éparpillant alors à outrance leur nouveau dada dans tous les recoins de l'espace où pouvait être posé, accroché ou suspendu un pot de terre cuite. Depuis, effet de mode oblige, on trouve des phalaenopsis un peu partout. Voici ma liste non exhaustive:


  1. Au centre de yoga : apogée du zen
  2. Dans les mariages : preuve que les mariés sont sereins
  3. Idem pour les enterrements
  4. Au restaurant : en plastique par contre parce que sinon ça serait trop d'entretien
  5. Dans la salle de bain : pour créer un effet spa/détente
  6. Au bureau : le travailleur détendu est plus productif apparemment
  7. Chez Ikea : parce qu'il faut bien s'approvisionner quelque part


Donc, des phalaenopsis, 'y en a partout  toutes un peu des clones d'elles-mêmes. Parce que oui, elles ont tendance à être toutes pareilles, c'est n'est pas une illusion ! Dorénavant, le mode de production des phalaenopsis est plus comparable à celui d'une usine industrielle qu'à celui des serres bucoliques du Royal Botanic Gardens of Kew. C'est comme si chaque phalaenopsis devait absolument être «parfaite» pour le consommateur: une forme symétrique, un nombre de fleurs corollaire au nombre d'or, des feuilles bien cirées et un minimum de racines aériennes disgracieuses. Une simple visite au Paradis des orchidées (une pépinière spécialisée sur La route des fleurs à Ste-Dorothée) confondrait le plus sceptique. En engrangeant une telle production, les cultivateurs ont pu propulser la phalaenopsis au rang de la plante à fleurs la plus vendue en Europe. Et même si un plant demeure onéreux  environ 30 $  comparé aux autres plantes fleuries comme le kalanchoe ou l'anthurium, c'est quand même le tiers de ce que je devais exiger aux clients du commerce où je travaillais il y a une dizaine d'années.


Quelles sont les conséquences de cette uniformisation du marché ? D'après moi, à vouloir être originaux, certains producteurs ou vendeurs tentent alors de se démarquer, mais commettent des «faux pas» qui feraient jubiler J. Airoldi s'il pouvait leur distribuer ses fameuses «contraventions du style». Ainsi, au dépanneur du coin de ma rue, les phalaenopsis sont «mises en valeurs» par les pots pailletés qui les contiennent ou par des rubans scintillants qui font office de couronne monarchique. Pire encore, on trouve chez Home Dépot de frauduleuses orchidées bleues. Celles-ci qui perdront bien évidemment leur hideuse couleur artificielle à la prochaine éclosion florale, probablement au désarroi de leur acheteur (qui n'a pas conscience que la présence de ce colorant toxique réduit considérablement la durée de la floraison). Bref, les orchidées laissent flotter une vague impression de mauvais goût, qui, j'en confirme, peut avoir fait sourciller certains face à mon engouement démesuré. Et c'est ce même mauvais goût qui classe les orchidées dans la catégorie «kétaine»   celui qui risque de ruiner ce marché selon moi.

Comment en est-on arrivés là ? Vous l'avez compris, il faut croire que la démocratisation de l'orchidée s'est avérée quelque peu autodestructrice. L'originalité, l'innovation de quelques entrepreneurs/décorateurs a réduit la phalaenopsis au statut de plante lambda. Plus que banale, l'orchidée tend même à devenir jetable: pourquoi investir patience, entretien et passion pour favoriser une floraison subséquente, alors qu'il suffit d'aller s'en procurer une nouvelle  identique à la précédente  au commerce du coin ?

Bon, pour quelle raison je vous raconte mon dégoût pour la production massive de phalaenopsis alors que je suis censée faire la promotion de l'Orchidexpo ? Parce que l'Orchidexpo est justement l'occasion de découvrir ce qui se fait de plus innovant et de plus original dans l'univers de l' «orchidoprodution», et ce, pour deux raisons. Tout d'abord, sachez que dans ce salon, les producteurs viennent y présenter de nombreuses variétés qui sont majoritairement inconnues du commun des mortels. Et pour causes, ces plantes vivent généralement dans des milieux reculés, à l'ombre d'un rocher, juchées sur des troncs fracturés ou tapies sous des mousses humides. Et comme si leur timidité n'était pas suffisante, ces orchidées ont aussi tendance à se comporter en princesses lorsqu'elles sont hors de leur milieu naturel, succombant alors rapidement de leur déracinement. L'exposition est donc une occasion pour vous de découvrir ces variétés capricieuses. Ensuite, les cultivateurs viennent y présenter de nouvelles variétés hybrides. En effet, les barrières génétiques étant quasi nulles entre les espèces, l'entrepreneur comme le cultivateur du dimanche peut alors s'amuser à combiner ses spécimens favoris, et ce, à l'infini. Ainsi, des centaines de nouveaux prototypes sont engendrés chaque année, pour le simple plaisir de la création et de l'expérimentation. Et franchement, pour être moi-même une adepte de l'Orchidexpo, le résultat est époustouflant: des fleurs aux couleurs qui dépassent le spectre prismatique, des physionomies à faire rougir les petits gris d'Area 51, des flagrances dignes des plus grands parfumiers... le tout, présenté sous forme d'arrangements plus spectaculaires les uns que les autres.

Enfin  je tiens à le spécifier par reconnaissance pour tous les cultivateurs d'orchidées   l'orchidophilie nécessite un engagement personnel constant: connaissance de la taxinomie, gestion de l'éclairage grâce à des néons spécialisés, contrôle de l'humidité ambiante par la vaporisation hebdomadaire, arrosage méticuleusement adapté à la croissance du plant, etc. L'orchidophile doit donc se doter d'une bonne dose de persévérance, mais aussi d'un oeil aguerri afin de déceler les moindres signes de faiblesse de la plante,  puisque l'apparition d'un simple champignon ou insecte peut suffire à rapidement décimer toute une production ! Mais comme je l'ai souligné à de multiples reprises, le résultat est sans pareil et en vaut, selon moi, définitivement la chandelle. Aller à l'Orchidexpo, c'est donc pénétrer dans un univers de passionnés, de mégalomanes où la création est quasi sans limites. Un univers où l'appât du gain  contrairement à celui des usines décrites précédemment  est une variable sans incidence.

Bon, très bien vous dites-vous: les orchidées sont de magnifiques créations de la nature et de l'Homme, mais en quoi cela justifie-t-il les 10 $ de droits d'entrée, la bataille contre les 15 cm de neiges qui nous sont tombés dessus ou une expérience de sudation extrême dans le métro de Montréal? À cette question, je réponds que, aller à l'Orchidexpo, c'est avoir l'opportunité de voir les modèles les plus innovant en terme de production florale. C'est profiter d'un moment privilégié, celui de pouvoir apprécier ces joyaux et d'échanger avec les nombreux passionnés qui seront du rendez-vous. Mais surtout, c'est l'occasion de se rincer l'oeil avant qu'un décorateur découvre les paphiopedilums (ma variété préférée !) et en fasse le nouveau next trend, rendant alors mes orchidées de prédilection si communes qu'elles risquent de tomber dans le mauvais goût comme leur soeur phalaenopsis.

Je vous l'ai dit, j'adore les orchidées. J'aime aussi contaminer quiconque manifeste un intérêt pour la chose végétale. J'espère donc vous y voir dimanche, parce que c'est la journée où les photographes sont autorisés et que je me promets de nombreux selfies avec mes amies arborescentes... avant qu'elles ne deviennent «trop populaires»!


- Laurence Hamel-Roy

Exploitation légitime?

Le stage ne fait pas obligatoirement partie du cheminement du baccalauréat en sociologie de l’Université de Montréal. Par contre, un stage (souvent plus qu’un), est requis pour plusieurs autres formations et il est parfois aussi important que les cours suivis durant le reste du cheminement académique. Notons qu’il existe des stages rémunérés et d’autres non-rémunérés. Depuis plusieurs années, les stages non-rémunérés sont à la mode chez les employeurs… Pouvons-nous alors parler d’une méthode d’exploitation légitime des étudiants?

Dans un article publié dans La Presse en date du 2 mars, Lee-Anne Goodman explique que ces « stages bénévoles » sont en hausse exponentielle depuis la crise économique de 2008. Au Canada, un nombre de plus en plus grand de personnes se retrouve en train de travailler gratuitement pour de très grandes entreprises, en taille et en capital. Aux États-Unis, les autorités commencent à faire action contre ces stages non-rémunérés, mais au Canada on n’en est qu’à la première étape : la conscientisation du problème. En fait, le problème est qu’il n’existe pas réellement de réglementation… seulement de petites lois par-ci ou par-là qui dépendent du dépôt de plaintes des employés non-rémunérés. Le problème ne touche pas seulement les jeunes diplômés universitaires mais aussi les nouveaux arrivants au pays à qui on demande de l’expérience locale. Selon deux chercheurs travaillant sur les stages, les jeunes diplômés font face à deux problèmes majeurs : l’inefficacité des lois actuelles et l’exploitation découlant des inégalités reliées au démarrage des nouvelles carrières. Il est facile de se mettre à la place de ces jeunes : « En allant contre son employeur, on risque d’être placé sur la liste noire. On veut l’expérience et on veut les références, et on a donc l’impression que de n’avoir d’autre choix que de se taire ».

Si Marx était là aujourd’hui, je n’ai aucun doute qu’il serait parmi les premiers à se révolter contre cette injustice. Ces grandes entreprises capitalistes seraient en train de s’approprier du jeune diplômé et de son travail et ce, en échange de l’illusion d’obtenir quelque chose en retour (de l’expérience et une jolie note ajoutée au CV). Ces entreprises ne tiennent pas leurs promesses en matière de liberté et d’égalité puisque leur non-rémunération est justifiée par le statut d’étudiant ou de jeune diplômé sans expérience. On voit également que, comme pour Marx et Engels, le salariat est un rapport d’exploitation qui enrichit le « bourgeois » (l’entreprise embauche ce jeune qui travaille pour elle et qui maximise sa production) et appauvrit le « prolétaire » (le jeune se fait payer uniquement en « expérience » et peut rarement se permettre d’avoir simultanément un autre emploi; d’où l’appauvrissement).

Cette exploitation légitimée par le système/l’État est une concrétisation des injustices définies sur les rapports de classes dont Marx nous fait part. La critique de Marx va consister à montrer que l’État n’est pas du tout cette raison suprême qui prime au-dessus de tous et qui est le modèle à suivre. Au contraire, l’État est le miroir des rapports sociaux réels dans leurs contradictions (la contradiction la plus fondamentale étant celle de classe). L’État pour lui est « la raison » arbitraire et la volonté arbitraire de la classe dominante.
De façon synthétique, ce que nous dit Marx c’est que l’État n’est pas quelque chose qui se transcende, mais c’est la nécessité de faire croire qu’il existe au-dessus de la contradiction de classe, quelque chose qui transcende cette réalité. Or, l’antagonisme de classe fondamentale ne peut pas se réguler de lui-même.

Les classes n’existent pas juridiquement et politiquement. Elles sont une analyse de ce qu’on fait. Ce discours est nécessaire pour occulter la réalité des contradictions de l’existence de classes. Donc, l’État chez Marx est un État qui se présente comme le représentant de la volonté commune chez les travailleurs. En réalité, c’est la forme idéologique (le reflet déformé) d’une société de classes et de la lutte des classes.

Ainsi, dès le départ, l’État est biaisé parce qu’il ne peut pas représenter tous ses citoyens. Il est une sorte d’imposture et il ne sert que les intérêts de la classe dominante. Étant donnée le besoin de justifier la domination d’une classe sur l’autre (en disant que nous sommes tous libres et égaux donc en disant l’inverse de la réalité des rapports sociaux), l’État se voit dans l’obligation de développer ce discours. À mon avis, ce discours illusoire est celui du « gain d’expérience » nécessaire et requis pour démarrer sa carrière. Une sorte de chantage qui force les jeunes diplômés à se soumettre à la classe dominante pour pouvoir, un jour, travailler en son sein! Quelle est donc le prix réel de l’expérience?

On peut alors se demander pourquoi le salaire ne prend pas en considération les tâches effectuées selon le statut de l’employé. Dans les emplois rémunérés, les étudiants se retrouvent tout de même exploités parce que leurs salaires sont moins importants en comparaison avec les autres employés qui font exactement les mêmes tâches; seul le statut diffère. Par contre, on peut facilement parler de perte lorsqu’on considère les stages non rémunérés. Dorénavant, un des critères pour le recrutement des étudiants pour les stages non rémunérés devrait être : « être prêt à avaler son injustice et se taire », une prérogative nécessaire pour faire rouler la roue du capitalisme.


Par: Julia Wahba

Sources :
  • Article de presse:
GOODMAN, Lee-Anne. « Le ton monte contre les stages non rémunérés », La Presse Canadienne, 2 mars 2014, [En ligne], http://affaires.lapresse.ca/economie/canada/201403/02/01-4743921-le-ton-monte-contre-les-stages-non-remuneres.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=envoyer_lpa.
  • Textes du recueil :
MARX, Karl. « Production de valeur- d’usage », Le Capital, Livre 1, section III, chapitre VII, Les classiques des sciences sociales, 1867.

MARX, Karl et Friedrich ENGELS. Manifeste du parti communiste, Chapitre 1 et 2, Les classiques des sciences sociales, 1847, 19 p.

mercredi 19 mars 2014

Derrière l'effet PKP


   La candidature de Pierre-Karl Péladeau pour le Parti Québécois dimanche dernier a fait tout un émoi sur le territoire québécois. Péladeau II, maître de l’Empire Quebecor a été identifié sous différentes formes durant la dernière semaine. Les syndicalistes se sont méfiés du diable caché sous cette personnalité empreinte de pouvoir, les souverainistes ont célébré l’arrivée du messie porteur de la bonne nouvelle et les gens soucieux d’économie ont fait de lui le chef de croisade qui saura donner de la crédibilité à l’équipe économique du PQ... C’est plutôt vers cette dernière représentation que j’aimerais me pencher.

   L’économie : l’enjeu de premier rang pour la majorité des électeurs. À ce propos, beaucoup de gens croient que quelqu’un qui a réussi à se bâtir une fortune personnelle saura comment faire prospérer une nation entière. L’électorat est de plus en plus attiré par les candidats qui ont réussi en affaire, par ceux qui savent s’occuper « des vraies affaires». Le Parti Libéral joue depuis longtemps ce jeu.  La CAQ joue aussi cette carte. Comme si les hommes d’affaires étaient les mieux placés pour inspirer les grands enjeux et dicter comment gérer les politiques nationales... En vérité, c’est ce que la culture politique actuelle nous prouve. L’économiste nobélisé, Paul Krugman nous rappel cependant un fait : l’État n’est pas une entreprise.

 Pourquoi les entrepreneurs ne font pas nécessairement de bons économistes ?

  D’un côté, les caractéristiques entre l’entrepreneur et le politicien diffèrent de beaucoup. Dans livre, A country is not a company, Krugman stipule que: «A corporate leader succeeds by finding the right strategies, not by developing a theory of the corporation.» (P. Krugman, 1996) Il faut bien plus que savoir prendre des risques et avoir de l’intuition pour mener à bien une nation.  Un bon politicien doit avant tout savoir maitriser les principes de l’économie. Dans le cas de Pierre-Karl Péladeau, bien connaitre le domaine des médias n’a pas vraiment d’utilité pour aider le secteur agroalimentaire ou pour connaitre l’effet de l’un sur l’autre...

   D’un autre côté, Frugman stipule que: «Even the largest business is a very open system; a national economy is a closed system.» (P. Krugman, 1996) Autrement dit, les entreprises sont des systèmes ouverts alors que les économies nationales sont des systèmes «fermés». À cet effet, dans les systèmes ouverts du monde des affaires, l’accroissement des parts de marchés dans un des secteurs d’une entreprise X peut augmenter sans qu’il y ait trop d’effets dans ses autres secteurs. Cependant, il existe dans les économies nationales une interdépendance des marchés, où toute décision économique aura des répercussions sur l’ensemble des secteurs. Par exemple, si un secteur de l’économie nationale se développe plus vite que les autres, ça se fera probablement au détriment d’une autre.

 Suivant l’idée de Paul Krugman, si l’économie est notre priorité, il vaudrait mieux se méfier des candidats qui se rapprochent de trop près au monde des affaires. 

À lire sur le même thème : les milliardaires en politique active : une rareté. Une entrevue de Franco Nuovo avec Eve-Lyne Cloutier, chercheuse à l’IRIS.

Par: Judy Manny    

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samedi 15 mars 2014

Une chaise et un chat. Quelle différence ?


Au récent salon de l’agriculture en France, France Agricole a interrogé le président de la République François Hollande à propos du statut de l’animal. En effet, il faut rappeler que dans le code civil, l’animal est considéré comme un « bien meuble ». Pour preuve, l’article 528 stipule « Sont meubles par leur nature les animaux et les corps qui peuvent se transporter d'un lieu à un autre, soit qu'ils se meuvent par eux-mêmes, soit qu'ils ne puissent changer de place que par l'effet d'une force étrangère. ». Il n’y a donc aucune différence entre une chaise et un chat, mise à part que le chat est un meuble qui à la capacité de se mouvoir.
Le président n’a pas jugé nécessaire de changer ce statut de l’animal, beaucoup d’effort ont déjà été réalisé pour l’amélioration du bien être de l’animal selon ce dernier. Or, dans cette configuration l’animal est définit par son utilisation : l’animal doit être utile pour l’Homme et seulement pour lui. Comment se fait il alors que les animaux ne soient pas définit comme des êtres sensibles ?

Le naturalisme comme pilier de notre société moderne :

Quand on parle de l’exploitation animale, industrielle, récréative ou scientifique, on a l’impression qu’il est tout à fait « normal » d’exploiter les animaux pour des fins humaines.
Adam Smith  fait une différence fondamentale entre l’homme et l’animal, l’homme a besoin de ses semblables, il est guidé non par son altruisme mais par son intérêt personnel. C’est la logique « donnez moi ce dont j’ai besoin, et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-mêmes ». Cette logique est inhérente à l’échange et au marché qui a entrainé la division du travail. A contrario « on n’a jamais vu de chien faire de propos délibéré l’échange d’un os avec un autre chien ». Par ce constat quelque peu anthropomorphiste, il pose l’incommensurabilité entre nature et culture : le postulat naturaliste justifie ainsi, l’exploitation par l’espèce qui à « l’usage de la raison et de la parole » sur une espèce incapable de reproduire ce principe.
On retrouve chez Karl Marx dans son ouvrage « Le Capital » ce même postulat naturaliste. Le naturalisme, c’est le postulat d’une différence entre la nature et la culture. L’homme à les moyens techniques et il peut se projeter dans l’avenir, au contraire des animaux. Cette condition permet  à l’homme de travailler en exploitant les ressources naturelles à sa disposition. Pour Marx, cette différence est fondamentale : la nature est faite pour être exploité par l’homme et pour produire le capital par le travail.
Cependant, dans un contexte d’échanges tous azimuts, le capitalisme se sert de ce principe pour justifier la surexploitation animale.

L’exploitation nourrit le capitalisme : l’exemple des lasagnes Findus

Dans notre société moderne, les animaux sont transformés en marchandises pour satisfaire les industries alimentaires ainsi que la surconsommation de viande. Aussi plus la production est grande et rapide, conformément aux lois du néo-libéralisme, moins l’aspect éthique est pris en compte. Il suffit de donner l’exemple pertinent de la viande de cheval dans les lasagnes Findus : comme la Roumanie aspirait à rentrer dans l’Union Européenne, son gouvernement à décidé d’interdire les charrettes sur les routes, car en Europe celles ci sont interdites sur les routes. La Roumanie s’est retrouvée avec un bon nombre de chevaux sur les bras : que faire de ces derniers puisqu’ils ne servent plus à tirer les charrettes? Et bien ils sont envoyés dans un abattoir roumain puis vendu à la société française Spanghero qui elle-même à envoyé la viande à une usine luxembourgeoise ; celle qui fournit « le 100% pur bœuf » pour les lasagnes Findus…
Cette exemple illustre notre rapport constant d’utilité face à des êtres pourtant sensibles. C’est là un des crédos du système capitaliste, qui réifie constamment notre environnement en valeurs d’échanges. L’échange complexe qui s’est orchestré de la Roumanie jusqu’à l’usine luxembourgeoise, qui a envoyé ensuite les lasagnes à toutes les sociétés Findus d’Europe, démontre la course folle à la productivité qui va jusqu’à cautionner ce genre de fraude. Pas étonnant alors que le code civil, en ce début de XXIème siècle, ne change pas le statut de l’animal dans un intérêt directement lié à l’entreprise capitaliste, et plus particulièrement aux industries agroalimentaires. Malgré tous les débats qui émergent et qui remettent en cause le naturalisme, il y a encore un long chemin à faire pour que l’homme ne se croie plus au centre du monde et reconsidère les êtres, non les meubles, avec lesquelles il doit pouvoir vivre en toute humilité et avec respect.

Diane TYBURCE

Smith, Adam. « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », Livre I, chapitre I, II, III et IV, Les classiques des sciences sociales, 1991 [1776], extraits choisis.

Karl, Marx. « Production de valeur d’échange», Le Capital, Livre 1, section III, chapitre VII, Les classiques des sciences sociales, 1867.

dimanche 9 mars 2014

Adam Smith et le Roi de la Patate

Le Québec est de retour en élections et on a pas fini d'entendre parler de diverses plateformes électorales. Préparez-vous en entendre les différents partis politiques clamer haut et fort leurs programmes et leurs idées majoritairement en lien avec trois sphères sociales précises : la santé, l'éducation et, surtout, l'économie. Ce qui est particulièrement étonnant chez nombre de ces organisations politiques, c’est de voir encore à quel point les théories libérales inspirées d'Adam Smith sont encore d'actualité. Ainsi, le présent texte cherche à contextualiser ce que donnerait une entreprise constituée de façon à suivre à la lettre les principes d'Adam Smith dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. La compagnie fictive en question se nomme Le Roi de la Patate et est un restaurant spécialisé dans la poutine.

Évidemment, rien n'est laissé au hasard. Si la poutine est choisie comme produit, c’est que j'ai auparavant choisi d'établir cette compagnie au Québec et force est d'admettre que ce succulent repas constitue une véritable spécialité nationale (peut-être devrais-je dire provinciale, mais bon...). C'est pourquoi j'ai choisi de créer le restaurant autour de ce produit unique au Québec. Évidemment, d'autres endroits dans le monde, particulièrement ceux visités par les Québécois offrent maintenant ce plat. Cependant, on est loin du niveau du produit québécois.

En tenant compte de cette spécialisation qui serait appliquée à l'échelle planétaire, il est fort probable que l'Île-du-Prince-Édouard devienne encore plus spécialisé en pomme de terre et devient donc le fournisseur numéro du Roi de la Patate, le nom choisi pour l'entreprise, en raison de la qualité de ses produits. Le fromage en grain viendrait toujours du Québec, étant une autre merveille locale. Quant à elle, la sauce brune, ne demandant pas d'ingrédient particulièrement complexe, ne nécessite pas vraiment un producteur particulier, à moi d'être un véritable amoureux du sel de la Mer Morte.

Passons maintenant aux choses plus sérieuses : soit le développement interne de l'entreprise. En se référant à Smith : « Les plus grandes améliorations dans la puissance productrice du travail, et la plus grande partie de l'habilité, de l'adresse, de l'intelligence, avec laquelle il est dirigé ou appliqué, sont dues, à ce qu'il semble, à la division du travail. » (Smith, 1776, p. 1) Ce que cette division permet, c’est la simplification des tâches comme il est possible d'observer dans Les temps modernes avec Charlie Chaplin. Afin de démontrer cette simplification dans mon restaurant, il y aurait trois responsables des importations : un pour le fromage, un autre pour les pommes de terre et le dernier pour les différents produits reliés à la création de la sauce brune. La division des tâches s'exercerait également dans la confection même de la poutine, ayant un cuisinier en charge du processus de transformations des pommes de terre en frites, un autre en charge de la confection de la sauce brune, un autre s'occupant plutôt du mélange des ingrédients dans l'assiette en fait d'en faire une poutine digne du Roi de la Patate. Cependant, les cuisiniers sont loin d'être les seuls employés. Il y a également la présence d'un suteur qui s'assure que les cuisiniers ont tout ce dont ils ont besoin afin de créer, en plus de s'assurer le transport des plats une fois complété vers la table de service, permettant ainsi aux serveurs de distribuer efficacement les assiettes. Adam Smith soutient aussi que la spécialisation des employés évite les comportements paresseux ou les différents moments de perte d'intérêts lors du passage d'une tâche à une autre. De plus, l'économiste divise textuellement les bienfaits de la division du travail en trois parties : « Premièrement, à un accroissement d'habileté chez chaque ouvrier individuellement, deuxièmement, à l'épargne du temps qui se prend ordinairement quand on passe d'une espèce d'ouvrage à une autre [tel que décrit précédemment] et troisièmement enfin, à l'invention d'un grand nombre de machines qui facilitent et abrègent le travail, et qui permettent à un homme de remplir la tâche de plusieurs. » La dividende d'entrée telle que présentée par Smith se contextualise dans l'efficacité de chaque employé dans ses tâches. Un employé qui ne fait que produire des frites en vue de faire de la poutine est ainsi incontestablement plus efficace qu'un employé en roulement de positions ou que quelconque novice à la tâche. Le dernier point est particulièrement intéressant. Adam Smith raconte une anecdote selon laquelle un jeune garçon travaillant auprès d'une machine devait effectuer un mouvement routinier de va et vient aurait améliorer la machine en ajoutant une corde et n’avait plus à effectuer ce même mouvement. (Smith, 1776, p. 4-5) Selon l'histoire, toutes les machines de l'entreprise auraient par la suite subit la même modification. En revenant dans les cuisines du Roi de la Patate, on peut en déduire que les employés étant confrontés à la routine de la création de la poutine sont susceptibles de développer des méthodes de travail et des techniques particulières, en plus d'apporter des améliorations aux machines avec lesquelles ils travaillent.

Toutefois, la création de toute cette conceptualisation du travail et du restaurant n'est que possible en raison d'un penchant naturel qu'Adam Smith identifie chez les hommes : « Le penchant qui les porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d'une chose pour une autre. » (Smith, 1776, p. 7) Sans cela, le producteur de pomme de terre tout comme celui de fromages ne seraient pas intéressé de vendre leurs produits au restaurant et encore moins à l'idée de recevoir quelque chose d'abstrait comme l'argent en retour du fruit de leur travail. Ce penchant tel qu'identifié par Smith s'explique par la volonté et la possibilité d'échanger le surplus de son travail personnel contre le surplus d'un autre, permettant ainsi de travailler au delà des besoins de consommation personnelle et d'offrir les meilleurs produits possibles aux individus. (Smith, 1776, p. 8)



Néanmoins, il faut quand même actualiser la théorie afin de remettre les choses en perspective, le résultat n'étant pas aussi positif que lors du calcul de Smith. Un effet pervers de toute cette spécialisation réside dans la puissance de la routine qui peut pousser les individus à l'imbécillité créatrice et motrice. Néanmoins, l'apport de Smith envers l'entreprise et même envers l'économie en général reste considérable à travers le libéralisme en Occident.

Smith, Adam. Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Livre I, chapitre I, II, III et IV, Les classiques des sciences sociales, 1991 [1776], extraits choisis.