Une chaise et un chat.
Quelle différence ?
Au récent
salon de l’agriculture en France, France Agricole a interrogé le président de
la République François Hollande à propos du statut de l’animal. En effet, il
faut rappeler que dans le code civil,
l’animal est considéré comme un « bien meuble ». Pour preuve,
l’article 528 stipule « Sont meubles par leur nature les animaux et les
corps qui peuvent se transporter d'un lieu à un autre, soit qu'ils se meuvent
par eux-mêmes, soit qu'ils ne puissent changer de place que par l'effet d'une
force étrangère. ». Il n’y a donc aucune différence entre une chaise et un
chat, mise à part que le chat est un meuble qui à la capacité de se mouvoir.
Le président
n’a pas jugé nécessaire de changer ce statut de l’animal, beaucoup d’effort ont
déjà été réalisé pour l’amélioration du bien être de l’animal selon ce dernier.
Or, dans cette configuration l’animal est définit par son utilisation :
l’animal doit être utile pour l’Homme et seulement pour lui. Comment se fait il
alors que les animaux ne soient pas définit comme des êtres sensibles ?
Le naturalisme comme pilier de notre société moderne :
Quand on parle
de l’exploitation animale, industrielle, récréative ou scientifique, on a
l’impression qu’il est tout à fait « normal » d’exploiter les animaux
pour des fins humaines.
Adam Smith
fait une différence fondamentale entre l’homme et l’animal, l’homme a besoin de
ses semblables, il est guidé non par son altruisme mais par son intérêt
personnel. C’est la logique « donnez moi ce dont j’ai besoin, et vous
aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-mêmes ». Cette logique est
inhérente à l’échange et au marché qui a entrainé la division du travail. A
contrario « on n’a jamais vu de chien faire de propos délibéré l’échange
d’un os avec un autre chien ». Par ce constat quelque peu
anthropomorphiste, il pose l’incommensurabilité entre nature et culture :
le postulat naturaliste justifie ainsi, l’exploitation par l’espèce qui à
« l’usage de la raison et de la parole » sur une espèce incapable de
reproduire ce principe.
On retrouve
chez Karl Marx dans son ouvrage « Le Capital » ce même postulat
naturaliste. Le naturalisme, c’est le postulat d’une différence entre la nature
et la culture. L’homme à les moyens techniques et il peut se projeter dans
l’avenir, au contraire des animaux. Cette condition permet à l’homme de travailler en exploitant les
ressources naturelles à sa disposition. Pour Marx, cette différence est
fondamentale : la nature est faite pour être exploité par l’homme et pour
produire le capital par le travail.
Cependant,
dans un contexte d’échanges tous azimuts, le capitalisme se sert de ce principe
pour justifier la surexploitation animale.
L’exploitation nourrit le capitalisme : l’exemple des lasagnes
Findus
Dans notre
société moderne, les animaux sont transformés en marchandises pour satisfaire
les industries alimentaires ainsi que la surconsommation de viande. Aussi plus
la production est grande et rapide, conformément aux lois du néo-libéralisme,
moins l’aspect éthique est pris en compte. Il suffit de donner l’exemple
pertinent de la viande de cheval dans les lasagnes Findus : comme la
Roumanie aspirait à rentrer dans l’Union Européenne, son gouvernement à décidé
d’interdire les charrettes sur les routes, car en Europe celles ci sont
interdites sur les routes. La Roumanie s’est retrouvée avec un bon nombre de
chevaux sur les bras : que faire de ces derniers puisqu’ils ne servent
plus à tirer les charrettes? Et bien ils sont envoyés dans un abattoir
roumain puis vendu à la société française Spanghero qui elle-même à envoyé la
viande à une usine luxembourgeoise ; celle qui fournit « le 100% pur
bœuf » pour les lasagnes Findus…
Cette exemple
illustre notre rapport constant d’utilité face à des êtres pourtant sensibles.
C’est là un des crédos du système capitaliste, qui réifie constamment notre
environnement en valeurs d’échanges. L’échange complexe qui s’est orchestré de
la Roumanie jusqu’à l’usine luxembourgeoise, qui a envoyé ensuite les lasagnes
à toutes les sociétés Findus d’Europe, démontre la course folle à la productivité
qui va jusqu’à cautionner ce genre de fraude. Pas étonnant alors que le code
civil, en ce début de XXIème siècle, ne change pas le statut de l’animal dans
un intérêt directement lié à l’entreprise capitaliste, et plus particulièrement
aux industries agroalimentaires. Malgré tous les débats qui émergent et qui
remettent en cause le naturalisme, il y a encore un long chemin à faire pour
que l’homme ne se croie plus au centre du monde et reconsidère les êtres, non les
meubles, avec lesquelles il doit pouvoir vivre en toute humilité et avec
respect.
Diane TYBURCE
Article : http://www.vegactu.com/actualite/francois-hollande-refuse-de-changer-le-statut-de-lanimal-13329/
Smith, Adam. « Recherches
sur la nature et les causes de la richesse des nations », Livre I, chapitre I, II, III et IV, Les
classiques des sciences sociales, 1991 [1776], extraits choisis.
Karl, Marx. « Production
de valeur d’échange», Le Capital, Livre 1, section III, chapitre VII,
Les classiques des sciences sociales, 1867.
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