Le Québec est de retour en élections
et on a pas fini d'entendre parler de diverses plateformes
électorales. Préparez-vous en entendre les différents partis
politiques clamer haut et fort leurs programmes et leurs idées
majoritairement en lien avec trois sphères sociales précises :
la santé, l'éducation et, surtout, l'économie. Ce qui est
particulièrement étonnant chez nombre de ces organisations
politiques, c’est de voir encore à quel point les théories
libérales inspirées d'Adam Smith sont encore d'actualité. Ainsi,
le présent texte cherche à contextualiser ce que donnerait une
entreprise constituée de façon à suivre à la lettre les principes
d'Adam Smith dans Recherches sur la nature et les causes de la
richesse des nations. La
compagnie fictive en question se nomme Le Roi de la Patate et est un
restaurant spécialisé dans la poutine.
Évidemment, rien
n'est laissé au hasard. Si la poutine est choisie comme produit,
c’est que j'ai auparavant choisi d'établir cette compagnie au
Québec et force est d'admettre que ce succulent repas constitue une
véritable spécialité nationale (peut-être devrais-je dire
provinciale, mais bon...). C'est pourquoi j'ai choisi de créer le
restaurant autour de ce produit unique au Québec. Évidemment,
d'autres endroits dans le monde, particulièrement ceux visités par
les Québécois offrent maintenant ce plat. Cependant, on est loin du
niveau du produit québécois.
En tenant compte
de cette spécialisation qui serait appliquée à l'échelle
planétaire, il est fort probable que l'Île-du-Prince-Édouard
devienne encore plus spécialisé en pomme de terre et devient donc
le fournisseur numéro du Roi de la Patate, le nom choisi pour
l'entreprise, en raison de la qualité de ses produits. Le fromage en
grain viendrait toujours du Québec, étant une autre merveille
locale. Quant à elle, la sauce brune, ne demandant pas d'ingrédient
particulièrement complexe, ne nécessite pas vraiment un producteur
particulier, à moi d'être un véritable amoureux du sel de la Mer
Morte.
Passons
maintenant aux choses plus sérieuses : soit le développement
interne de l'entreprise. En se référant à Smith : « Les
plus grandes améliorations dans la puissance productrice du travail,
et la plus grande partie de l'habilité, de l'adresse, de
l'intelligence, avec laquelle il est dirigé ou appliqué, sont dues,
à ce qu'il semble, à la division du travail. » (Smith, 1776,
p. 1) Ce que cette division permet, c’est la simplification des
tâches comme il est possible d'observer dans Les temps
modernes avec Charlie Chaplin.
Afin de démontrer cette simplification dans mon restaurant, il y
aurait trois responsables des importations : un pour le fromage,
un autre pour les pommes de terre et le dernier pour les différents
produits reliés à la création de la sauce brune. La division des
tâches s'exercerait également dans la confection même de la
poutine, ayant un cuisinier en charge du processus de transformations
des pommes de terre en frites, un autre en charge de la confection de
la sauce brune, un autre s'occupant plutôt du mélange des
ingrédients dans l'assiette en fait d'en faire une poutine digne du
Roi de la Patate. Cependant, les cuisiniers sont loin d'être les
seuls employés. Il y a également la présence d'un suteur qui
s'assure que les cuisiniers ont tout ce dont ils ont besoin afin de
créer, en plus de s'assurer le transport des plats une fois complété
vers la table de service, permettant ainsi aux serveurs de distribuer
efficacement les assiettes. Adam Smith soutient aussi que la
spécialisation des employés évite les comportements paresseux ou
les différents moments de perte d'intérêts lors du passage d'une
tâche à une autre. De plus, l'économiste divise textuellement les
bienfaits de la division du travail en trois parties :
« Premièrement, à un accroissement d'habileté chez chaque
ouvrier individuellement, deuxièmement, à l'épargne du temps qui
se prend ordinairement quand on passe d'une espèce d'ouvrage à une
autre [tel que décrit précédemment] et troisièmement enfin, à
l'invention d'un grand nombre de machines qui facilitent et abrègent
le travail, et qui permettent à un homme de remplir la tâche de
plusieurs. » La dividende d'entrée telle que présentée par
Smith se contextualise dans l'efficacité de chaque employé dans ses
tâches. Un employé qui ne fait que produire des frites en vue de
faire de la poutine est ainsi incontestablement plus efficace qu'un
employé en roulement de positions ou que quelconque novice à la
tâche. Le dernier point est particulièrement intéressant. Adam
Smith raconte une anecdote selon laquelle un jeune garçon
travaillant auprès d'une machine devait effectuer un mouvement
routinier de va et vient aurait améliorer la machine en ajoutant une
corde et n’avait plus à effectuer ce même mouvement. (Smith,
1776, p. 4-5) Selon l'histoire, toutes les machines de l'entreprise
auraient par la suite subit la même modification. En revenant dans
les cuisines du Roi de la Patate, on peut en déduire que les
employés étant confrontés à la routine de la création de la
poutine sont susceptibles de développer des méthodes de travail et
des techniques particulières, en plus d'apporter des améliorations
aux machines avec lesquelles ils travaillent.
Toutefois,
la création de toute cette conceptualisation du travail et du
restaurant n'est que possible en raison d'un penchant naturel qu'Adam
Smith identifie chez les hommes : « Le penchant qui les
porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d'une chose
pour une autre. » (Smith, 1776, p. 7) Sans cela, le producteur
de pomme de terre tout comme celui de fromages ne seraient pas
intéressé de vendre leurs produits au restaurant et encore moins à
l'idée de recevoir quelque chose d'abstrait comme l'argent en retour
du fruit de leur travail. Ce penchant tel qu'identifié par Smith
s'explique par la volonté et la possibilité d'échanger le surplus
de son travail personnel contre le surplus d'un autre, permettant
ainsi de travailler au delà des besoins de consommation personnelle
et d'offrir les meilleurs produits possibles aux individus. (Smith,
1776, p. 8)
Néanmoins,
il faut quand même actualiser la théorie afin de remettre les choses en
perspective, le résultat n'étant pas aussi positif que lors du calcul de Smith. Un effet pervers de toute cette spécialisation réside
dans la puissance de la routine qui peut pousser les individus à
l'imbécillité créatrice et motrice. Néanmoins, l'apport de Smith
envers l'entreprise et même envers l'économie en général reste
considérable à travers le libéralisme en Occident.
Smith,
Adam. Recherches
sur la nature et les causes de la richesse des nations,
Livre I, chapitre I, II, III et IV, Les classiques des sciences
sociales, 1991 [1776], extraits choisis.
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