jeudi 17 avril 2014

L'individualisme comme conscience collective




Lors d’un débat dans le cadre de l’investiture du Parti Républicain en Caroline du Nord en 2012, le futur chef et multimillionnaire Mitt Romney répondit avec assurance que sa fortune était le résultat d’un travail de forcené, parti de rien et seul (‘on my own')[1], bref ce qu’il qualifiera  d’ « American way ».[2]  En gros, le fameux self-made man américain, qui ne doit les fruits de son travail qu’à son dur labeur et son audace.
Le self-made man et l’Amérique
Véritable classique dans l’iconographie américaine contemporaine et symbole viril de l’Amérique aventurière et entrepreneuriale, les exemples d’autoproclamés self-made men ne manquent pas pour nourrir le rêve d’égalité des chances aux États-Unis, de John D. Rockefeller à Jay-Z. Ces histoires dignes de scenarii hollywoodiens ont la vertu d’encourager les classes plus basses à suer un peu plus dans l’exercice du boulot quotidien enfin de rêver d’accéder enfin à la fortune et de prendre pour de bon l’ascenseur social.
C’est à l’abolitionniste et ex esclave Frederick Douglass que l’on doit la paternité du terme, qui lors d’un discours décrira le self-made man comme suit :
“They are the men who owe little or nothing to birth, relationship, friendly surroundings; to wealth inherited or to early approved means of education; who are what they are, without the aid of any favoring conditions by which other men usually rise in the world and achieve great results."[3]
Ce qu’on en retient, donc, c’est la capacité à créer du self-made man en ne partant d’absolument rien. Si le cas de Frederick Douglass est particulier (partir du statut d’esclave est effectivement handicapant dans la recherche d’une vie sociale épanouie et n’est évidemment pas égal à la réalité du fils de banquier), on peut évidemment remettre en question la notion du « rien ». Effectivement, Pierre-Joseph Proudhon nous apprend dans son œuvre phare Qu’est-ce que la propriété ? que tout capital est une propriété sociale, car « le talent et la science dans un homme sont le produit de l’intelligence universelle et d’une science générale lentement accumulée par une multitude de maîtres ».[4] Bref, qu’aussi indépendant peut paraitre un esprit, qu’aussi personnelle peut sembler une initiative, il y aura toujours derrière cela des siècles de connaissances à la portée du monde pour bricoler son succès personnel. De façon plus simple, comme il est mentionné dans le livre La juste part des universitaires Patrick Turmel et David Robichaud, ce serait en essayant de construire un grille-pain sur une île totalement déserte[5] qu’on pourrait se rendre compte à quel point d’innombrables éléments de notre quotidien peuvent nous sembler complètement acquis au cours de l’existence normale. En gros, le self-made man est un mythe, il est toujours dépendant d’un nombre important de variables et du capital culturel global.
Mais cette mythologie du self-made man, c’est une ode à l’individualisme et à tous les facteurs individualisant le succès et un véritable moteur à la course au capital. Ce mythe, c’est un pilier du capitalisme moderne et de l’esprit d’entreprise qui chante les louanges d’une méritocratie où l’opulence d’un compte en banque trouverait son égal dans la vertu personnelle de l’individu.
 Olivier Bélanger-Duchesneau
 
 
 
 
 
 



[2] Ibid.
[4] PROUDHON, Pierre-Joseph, Qu’est-ce que la propriété ?, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, Chapitre III, p. 176.
 
[5] David Robichaud et Patrick Turmel, La juste part, Montréal, Documents, 2012, Chapitre I, p. 13.

Le non-conformisme et l'industrie pharmaceutique

Le rapport aux maladies à travers l’histoire ont plus souvent qu’autrement été une histoire de croyance que de réelles «maladies». En effet, nous pouvons penser aux traitements des homosexuels à qui nous avons longtemps attribué leurs gestes à une maladie. Il y a aussi toute l’histoire de gens possédés par le démon, qui vraisemblablement nous provient de la religion. Les gens, à travers l’histoire, semblent voir à travers les lunettes de leur croyance. Aujourd’hui, à l’époque ou la religion a perdu son emprise par rapport à l’état et dans la vie des individus, qui peut influencer nos croyances envers les maladies ? En effet, je débute en affirmant implicitement que nous sommes toujours influencé dans nos croyances par quelque chose de plus grand que nous, qui surplombons la société. Selon Max Weber cela serait le désenchantement du monde qui amènerait la rationalité à s’étendre dans tous les aspects de la société.

Aujourd’hui, à l’époque où la consommation de masse est ce qui fait vivre l’économie tels que nous la connaissons, les pays développés ont besoin d’une main d’œuvre qui consomme nombre de produit pour faire «rouler l’économie». Pour consommer il faut travailler et pour travailler il faut s’adapter au monde du travail, se conformer. J’affirmais d’entrée de jeux que les gens voient souvent à travers des croyances établie dans la société dans laquelle ils vivent. Selon l’article d’État du monde, État d’être, la Créativité et non-conformisme désormais une maladie mentale. Il est intéressant de constater à quel point notre époque reflète nos visions de la maladie. En effet, selon l’article, «une créativité et un cynisme au-dessus de la moyenne. Le manuel identifie cette maladie mentale comme « ODD », « désordre oppositionnel défiant […] Défini comme « un comportement soutenu d’hostilité et de désobéissance », les symptômes incluent la remise en question de l’autorité, la négativité, la défiance… »[1].
Notre époque est marquée par l’industrie pharmaceutique à qui ont donne une importance sans précédent dans l’histoire de l’humanité. On peut se questionner sur la finalité de cette nouvelle «maladie» pour l’industrie. Il serait peut être déplacer de crier à la conspiration mais il y a certes lieu de se questionner sur ce à quoi nous adhérons en légitimant ce genre de diagnostic sur les «déviants». Selon Max Weber, le rationnel en finalité est un choix réfléchi d’un but et des moyens les plus efficaces pour l’atteindre, en tenant compte des conséquences de ces choix. La finalité de l’industrie pharmaceutique est évidemment de trouver le plus de «solutions chimiques» à de nouvelles déviances ou maladie pour continuer à accumuler les profits.
Nous pouvons nous questionner sur l’«action rationnelle en valeur» qui perd effectivement de l’importance face à celle en «finalité». En effet, le fait de ne pas protesté contre ce genre de pratique comme le mentionne l’article : «Lorsque la dernière édition du DSM-IV a été publiée, elle identifiait des symptômes de diverses maladies mentales chez les enfants et le résultat fut une augmentation significative de la médication de ces derniers. Certains états américains ont même des lois qui permettent aux agences de santé d’obliger une médicamentation sous peine d’amende ou d’emprisonnement.»[2] L’idée de médicamenter le «non-conformisme» peut ouvrir la porte à des pratiques de plus en plus étendu dans la société occidentale, qui est celle qui consomme le plus de produits de ce genre. Ainsi, les déviants de nos jours deviennent de plus en plus ceux qui ne se conforment pas aux grandes idées du capitalisme moderne.

Julien Biron










[1] État du monde, État d’être, «Créativité et non-conformisme désormais une maladie mentale.» [En ligne]. http://etat-du-monde-etat-d-etre.net/de-la-societe/science-du-controle/creativite-et-non-conformisme-desormais-une-maladie-mentale. (Page consultée le 14 avril 2014)

[2] État du monde, État d’être, «Créativité et non-conformisme désormais une maladie mentale.» [En ligne]. http://etat-du-monde-etat-d-etre.net/de-la-societe/science-du-controle/creativite-et-non-conformisme-desormais-une-maladie-mentale. (Page consultée le 14 avril 2014)

mercredi 16 avril 2014

Pensez-vous à l'abondance !

Grâce au développement économique, on peut vivre dans l’opulence à présent. On peut acheter des choses à Métro n’importe quand tu veux, et savoir n’importe quoi sur Wikipédia. Des gens jouissent des bienfaits de la partie positive du capitalisme, tandis que il y a des gens qui sont défavorisés. D’un part, le monde devient de mieux en mieux pratique, mais d’autre part, il y a des gens qui sont obligés aux travails manuels. La disparité des biens ne cesse pas de élargir, mais ironiquement, c’est la conséquence naturelle du capitalisme. Toutefois, est-ce que c’est vraiment bon système dont il y a les grandes disparités entre des gens favorisés et des gens défavorisés ?

Ici, je prends un exemple d’une grande entreprise contemporaine et multinationale ; Amazon
logo de Amazon (1)
Amazon est une entreprise connue de commerce électronique américaine qui vent de livres et des produits diversifiées. Un fois vous avez choisi les commodités ce que vous voulez et payé à la carte crédit, c’est tout. Après deux ou trois jours a peu près, vous pouvez obtenir les commodités ce que vous avez commandé. On bénéficie de la civilisation contemporaine grâce à la croissance des entreprises et au développement de TIC (Technologie de l’information et de la communication). Toutefois, n’oubliez pas l’autre face disparue de l’entreprise. Le système d’Amazon est très rationnel, en autres termes, très dur pour des gens qui travaillent dans warehouse où le stock est mis dans une grande espace. 

Mac Mcclelland, une journaliste de droits de l’homme, est entrée à warehouse en cachent sa profession car il y a la possibilité que elle perde un procès à Amazon. D’abord, elle a entendu le règlement fondamental. 

“you are hurting yourself when you are late because you will be penalized on a point system, and when you get too many points, you’re fired – unless you’re late at any point during your first week, in which case you are instantly fired”.

Il y a un système très sévère pour des employés. Et ensuite, elle a demandé à sa gérante.

”Well, what if I do start crying?”
“Yes. There’s 16 other people who want your job. Why would they keep a person who gets emotional, especially in this economy?”

Les ouvriers là, ils sont littéralement “jetables”.

Warehouse (2)
Selon la recherche de elle, l’actualité de la condition mauvaise de travail est mise au clair. Les ouvriers ont le cueilleur qui eux montre la destination des commodités et combien de secondes il pense que ils devraient prendre pour y arriver. Il n’y a pas de temps pour boire de l’eau. Ils sont infligés des rendements durs à accomplir. S’ils n’ont pas réussi, ils doivent prendre conseil. L’heure du dîner est 29 minutes 59 secondes incluant l’heure pour les toilettes peu nombreuses contre le nombre des ouvriers. En été, il fait très chaud car le stock fait beaucoup de volume, et en plus, il n’y a pas de climatisation. En somme de la condition de travail, c'est clairement mauvais et inhumain.

Dans ce texte, il y a une phrase qui veut dire comme ça : une bonne expérience clientèle est la clef à la croissance qui est la clef au prix plus bas guidant à mieux expérience clientèle. C'est justement la substance du capitalisme que on fait des bénéfices pour bénéficier parce que la satisfaction clientèle guidera l'accumulation du capital.


Les entreprises capitalistes n’arrêtent pas ses croissances et ils déroulent ses échelles dans le monde entier avec mondialisation. Alors que on bénéficie du développement économique capitaliste, ça implique les grandes disparités entre des gens favorisés et des gens défavorisés. L'amplification de l'entreprise implique l'exploitation des ouvriers bien que le système de Amazon est magnifique comme le modèle d'entreprise qui suit le caractère rationnel du capitalisme.

Arrêtez-vous à l’instant et réfléchirez-vous bien. Vous pourriez s’apercevoir que vous êtes déjà assez abondant. Certainement on a obtenu l’abondance matérielle, mais on a peu de abondance mentale. Certaines personnes ont perdu la joie de travail. Nous avons tous le droit d'être heureux. C'est aujourd'hui, que on réfléchit l'abondance vraie.

quelle destination ? (3)
  


Ryunosuke Yamanaka


P.S. J'étais étudiant d'échange du Japon pour une année donc je doit rentrer à mon pays. Je regrette que je puisse pas continuer mon étude ici, mais bon, j'ai bien apprécié tous les temps à Montréal qui est la ville idéale pour vivre plus que jamais. Si tu viens au Japon, n'hésites pas me contacter et je te montrerai le Japon. Merci professeur Yanick Noiseux, les membres d'équipe, et tous !


Référence
McClelland, Mac. (2012). “I was a Warehouse Wage Slave”. Mother Jones. Retrived 2014 April 16th from “http://www.motherjones.com/politics/2012/02/mac-mcclelland-free-online-shipping-warehouses-labor?page=1”.

Liste des photographies

La professionnalisation des ONG; une quête de légitimité


À une époque où les crises politiques et les catastrophes naturelles semblent omniprésentes, le rôle et la fonction des organisations non-gouvernementales (ONG) sont d’autant plus préoccupant qu’elles sont depuis les années 1980 de plus en plus appelées à répondre aux besoins d’aide et de développement en lieu des gouvernements (Le Naëlou 2004).  

Cet accroissement de la demande qui s’accompagne d’une nécessité pour ces organisations de se montrer garant des objectifs prescrits par les bailleurs de fonds et d’acquérir une légitimité sur la scène internationale a fait subir aux ONG des transformations importantes qui s’inscrivent dans un processus de professionalisation (Le Naëlou 2004).

La professionnalisation dont il est question n’est pas sans rappeler le concept de bureaucratisation chez Weber. Les ONG sont de plus en plus appareillées de professionnels employés pour leur qualifications dans les domaines les plus variés et motivés par l’opportunité pour une réussite personnelle que leur offre le marché de l’aide au développement (Le Naëlou 2004). Ce premier changement illustre assez bien la principale problématique touchant la fonction des ONG modernes; l’exacerbation d’une tension entre aide et efficacité. Pour reprendre la formulation d’Anne Le Naëlou: «La mise en place de la logique administrative et gestionnaire rencontre de nombreux obstacles car elle parle d’efficacité, de rentabilité, de compétences, là où les mots de solidarité, de millitance et d’engagement dominaient.» (Le Naëlou 2004, 777). Dans le contexte de l’aide internationale, où la connaissance des particularités d’un contexte d’intervention et la proximité avec la population sont des facteurs pouvant garantir l’efficacité des programmes, l’application de règles arbitraires, le suivi de procédures inflexibles et les contraintes de rentabilité introduites par la bureaucratisation sont, pour le dire timidement, problématiques.  

Certes, les objectifs de l’entreprise et de l’organisation non-gouvernementale se distinguent de par la fin recherchée; le profit pour la première et la solidarité sociale pour la deuxième. Mais l’entreprisation du monde n’épargne aucune sphère. Comme l’entreprise, l’ONG moderne voit sa rationalité se transformer. Suivant les catégories de Weber, la rationalité en valeur de la première heure, revendiquée par les «militants fondateurs» (Le Naëlou 2004), se voit peu à peu remplacée par une rationalité instrumentale.

Mais pourquoi instrumentaliser? Et pour qui?

Le Naëlou nous apporte une réponse fort intéressante. Les professions regroupées sous une même ONG poursuivent une quête de légitimité pour leurs organisations respectives. Les principes d’efficacité, de performance et tout ce qui se regroupe sous le result oriented approach représentent la garantie de cette légitimité au près des bailleurs de fonds. Conséquemment, ils sont à la fois «solidaires et concurrents» (Le Naëlou 2004) des autres professionnels de l’organisation et c’est ce combat endogène pour le contrôle de l’organisation qui dénature son programme social.

Cette quête de légitimité nous renvoie encore une fois aux concepts de Weber. Non seulement la légitimité légale-rationnelle, caractéristique de l’entreprise moderne, est-elle ici clairement circonscrite comme étant celle sur laquelle se fonde la professionnalisation des ONG, elle est aussi en voie de remplacer la légitimité charismatique d’organisations fondées sur des valeurs d’altruisme, de courage, de passion, etc.

Heureusement, des tentatives ont été entreprises pour concilier solidarité sociale et efficacité. Un des modèles en question consiste à intégrer une structure tricéphale qui permet une administration commune des projets entre deux professionnels salariés et un bénévole à travers l’ensemble de la structure de l’organisation. Cette formule permet en effet de réconcilier «...les stratégies des fondateurs porteurs d’un projet collectif et celles des nouveaux entrants, souvent militants, porteurs de compétences techniques nouvelles valorisées par les bailleurs.» (Le Naëlou 2004, 792).

Bien qu’elles ne parviennent pas à tout régler, ces mesures sont peut-être la preuve que la professionnalisation et l’entreprisation des ONG n’est après tout pas un phénomène irréversible.

Rémy Cuda

Sources:

Le Naëlou, Anne. «Pour comprendre la professionalisation dans les ONG: quelques apports d’une sociologie des professions», Revue Tiers Monde, 2004/4 n. 180, p.773-798. DOI: 10.3917/rtm.180.0773.

Weber, Max. «Déterminants de l’activité sociale», Économie et Société, Paris, Plon,1971, p.22-23.

Weber, Max. «Les types de domination», Économie et Société, tome premier, Paris, Plon, Chapitre III, 1971 (1956) pp. 219-236 et 249-255.

"La première personne à vivre mille ans est déjà née"



Google peut-il résoudre le problème de la mort? Une question aussi déraisonnable peut paraitre tirée d’un véritable film de science fiction, mais pourtant elle occupait la une du magazine Time en Septembre 2013. Les sceptiques y verront un mauvais poisson d’avril, un délire chimérique à la Dorian Gray ou encore un coup de markéting très bien pensé,  mais le géant d’internet se montre bel et bien sérieux. Ce serait donc de la folie… si ce n’était pas Google Inc. à la tête du projet.
En effet, depuis sa fondation en 1998, elle est rapidement devenue l’une des entreprises américaines les plus imposantes avec Facebook, Apple et Amazon, qui font désormais partie des « Big Four » d’internet. Face aux besoins illimités de l’homme occidental moderne, caractéristique culturelle permettant à l’entreprise d’exister, Google a su accomplir sa mission : « organiser l'information à l'échelle mondiale et la rendre universellement accessible et utile »*. Mais encore, le moteur de recherche a rapidement battu la concurrence de Yahoo et AltaVista, puis s’est attelé à innover en proposant des logiciels gratuits tels que Google Maps/Earth, des systèmes d’exploitation pour Android, etc. Google, qui a réalisé près de 13 milliards de bénéficie net en 2013* part désormais à la quête de l’immortalité, avec la certitude que son secret réside dans la génétique et non plus dans la magie. Avec l’entrepreneur Larry Page en tant que PDG, il lance la compagnie dans une appropriation du monde fondée sur la propriété privée, en baignant ainsi dans des paradis fiscaux. Par le biais de plusieurs achats de sociétés privées telles que Boston Dynamics, connue pour sa production de robots à usage militaire, ainsi que la société de biotechnologie 23andme ouvrant les portes de la génétique, Google propose Calico, la California Life Company. Cette terre n’est plus un moyen de satisfaire les besoins humains puisqu’elle ne garantit pas l’immortalité, mais l’idéal-type n’est dorénavant plus une utopie face à cette véritable révolution médicale.
Google fait donc preuve d’une volonté de maitrise du monde, de par son recours à la connaissance, la prévision, et la rationalité. À travers cette rationalisation de l’action pratique spécifique à l’Occident moderne, la compagnie présente un concept puis une méthode expérimentale dans un laboratoire. Le monde est ainsi désenchanté, c’est à dire qu’il n’y a plus aucune puissance mystique qui interfère dans le cours de nos projets, cette maitrise totale s’accompagne d’un non-sens quant à la vie et la mort : il n’y a pas de place pour celles-ci dans un monde en quête perpétuelle de progrès. Mais comment se fait-il quun objectif perçu comme immoral, dangereux, insensé, soit devenu non seulement acceptable, mais valorisé ? Google en a les moyens puis il en tirera les profits, la finalité étant  la maximisation de lutilité de son argent tout en mettant les émotions, les valeurs et les traditions entre parenthèses. Google a en effet son comité d’éthique privé, ce qui ne permet pas au public d'y participer et donc d'avoir une voix face à ce gigantesque projet. 
Cela situe Larry Page et les employés de Google dans une cosmologie non plus naturaliste, mais transhumaniste. Dans  un rapport asymétrique entre nature et culture nait cette idéologie nouvelle, qui présenterait des cultures « humaines » et des cultures « non-humaines ». Puisque les parties biologiques du corps seront progressivement remplacées par des parties non-biologiques, c’est tout le rapport à la nature même qui se perdra.  Cette dernière ne rentrera plus dans l’équation à partir du moment où on ne sera plus soumis à ses lois universelles, on verra probablement la naissance d’une relation hiérarchique, voire de nouvelles formes de racisme, face à l’arrivée de ce surhomme qu’annonce Google.

Il n’en demeure pas moins que la première personne à vivre mille ans est déjà née, par le simple désir de créer. Merci Google?


 Elisa Grinberg