Une nouvelle Renaissance ?
La
Renaissance est certainement une période historique très intéressante à analyser
en sciences sociales, mais plus particulièrement en sociologie. En effet, tout
sociologue jubile devant les changements sociaux qui se sont orchestrés durant
la Renaissance. Ainsi, passant de la réforme protestante à la perspective en
art et à « l’avion » de Da Vinci, on peut dire que cette période fut
marquée par un lot d’inventions qui ont débouché sur un progrès technique très important.
En revanche, selon plusieurs historiens, l’invention qui symbolise la fin du
Moyen-Âge et le début de la Renaissance est l’imprimerie. Par conséquent, c’est
au moment où Gutenberg inventa l’imprimerie en 1450 que l’on est passé d’une
époque caractérisée par une stagnation sociale et économique à une époque de progrès
technique et d’émancipation.
Depuis
environ une trentaine d’années, plusieurs scientifiques enthousiastes affirment
qu’une invention pourrait mettre fin au portrait terne de la société
capitaliste de consommation et du même coup enclencher une nouvelle «renaissance».
Effectivement, au même titre que l’imprimerie classique, l’imprimerie en trois
dimensions ou la fabrication additive aurait le pouvoir de remettre en cause
les fondements mêmes de la société contemporaine. Dès lors, le magasine The Economist ne pèse par ses mots en
affirmant que l’imprimerie 3D constitue littéralement une « troisième
révolution industrielle ». Dans le court article qui suit, on illustrera
le potentiel révolutionnaire de ce procédé technique.
Qu’est-ce que la
fabrication additive ?
Tout
d’abord, il est nécessaire de faire un bref survol de la technique d’imprimerie
en trois dimensions afin d’en comprendre les impacts. Ainsi, on peut définir l’imprimerie
additive ou en trois dimensions comme un procédé technique moderne qui permet
la fabrication d’objets par une superposition de plusieurs couches d’un
matériau quelconque. Présentement, on utilise surtout le fil de cire, plastique
et même des fils de certains aliments comme le chocolat. Quoi de mieux que d’imprimer
son chocolat favori ! L’avantage d’un tel procédé réside dans le fait que l’on
n’a pas besoin de construire des pièces séparées et de les assembler par la
suite comme dans un modèle fordiste par exemple. En plus, le fait d’imprimer toutes les parties d’un objet d’un seul coup
évite que les pièces d’un objet proviennent des quatre coins du monde.
Démocratiser l’innovation
Pour
continuer, la révolution sociale inhérente à l’imprimerie en trois dimensions
passe par la démocratisation de son usage. En effet, depuis une trentaine
d’années, le prix des imprimantes a chuté considérablement au point où il
tourne autour de 1000 $ aujourd’hui ce qui permet au grand public de s’approprier
cette technologie de pointe. En conséquence, sans faire affaire avec une
entreprise privée, le citoyen moyen peut maintenant imprimer les objets dont il
a besoin sans intégrer une logique de marché. Ainsi, aux yeux de Marx, on pourrait dire que
l’imprimerie 3D a un potentiel révolutionnaire puisqu'elle va modifier considérablement l’infrastructure économique et les
rapports de production. De ce fait, l’appropriation de l’imprimante 3D par
le peuple pourrait littéralement contrecarrer la dépendance des citoyens envers des grandes entreprises qui produisent des biens de consommation.
Peut-être
que dans 10 ans, nous n’aurions plus besoin d’acheter nos vêtements à une multinationale comme Nike, nous pourrions les fabriquer sur mesure dans
le confort de notre salon. De plus, grâce au média de l’internet, des sites
comme Thingverse.com permettent au
public de télécharger gratuitement les plans d’un objet. Donc, dans un futur
rapproché, ce ne seront plus nécessairement les universités, la NASA ou même
les grandes entreprises qui seront propriétaires de la nouvelle technologie
d’impression 3D, mais bien le peuple.
Le Fab Lab
Du
même coup, si l’on veut servir le bien public, la propagation de l’imprimerie
en trois dimensions devra nécessairement se faire par des visionnaires comme
Olivier Smiljanic. Effectivement, Smiljanic est un entrepreneur schumpetérien typique
qui a vu loin en créant la communauté des Fab Labs dans le quartier Rosemont à
Montréal. Ainsi, guidé par l'idéologie du progrès, il cherche constamment à créer de nouvelles combinaisons
dans le domaine de la fabrication additive. Par exemple, depuis
plusieurs années, lui et son équipe du Fab Lab tentent d'élargir le champ des matériaux de la fabrication additive, notamment en tentant de créer des alliages de métal
sous la forme de nanoparticules. Reste que sa création principale est le Fab
Lab de Rosemont qui adopte une philosophie particulière allant à l’encontre de
la vision traditionnelle de l’entreprise capitaliste.
Dès lors, objectif principal de cet endroit est de permettre au grand public d’accéder
librement à des outils et à des machines de pointe, mais aussi de transmettre à
toutes les tranches de la population le savoir spécifique lié à cette
technologie. Par conséquent, il est indiqué dans la charte des Fab Labs qu’il
faut partager les plans et les instructions avec la communauté. Contrairement à
une entreprise capitaliste fondée sur le profit, les Fab Labs vont créer un capital
de bien commun qui est améliorable à l’infini par les membres de la communauté grâce à des logiciels libres comme Thingverse.com.
Si l’on fait un parallèle avec la théorie de la propriété de Proudhon, on peut
affirmer que les Fab Labs représentent une forme de possession dans laquelle la
propriété du travail est collective. Donc, les Fab Labs sont des
organismes communautaires qui véhiculent un développement technologique par la
propriété intellectuelle collective au lieu de la propriété privée.
Conclusion
Pour
conclure, l’imprimerie 3D est vectrice d’un changement profond au sein de la
société moderne. Toutefois, cette technologie reste encore à être développée et
la question reste à savoir si les Fab Labs vont survire dans
l’entreprise-monde. Malheureusement, plusieurs brevets arrivent à leur échéance bientôt et ceci va mener à une compétition féroce entre les entreprises capitalistes et les
organismes communautaires comme les Fab Labs. Assisterons-nous à un
renouvellement du capitalisme où l’entreprise privée aura le contrôle de cette
technologie ou bien une réforme totale du système de production? Seul l’avenir
nous le dira.
- Francis Lavigne Therrien
Références
1. Revue scientifique : Corniou
Marine, Le futur fait bonne impression,
Québec Science ; Vol. 53 no. 6, Mars 2014, Montréal, p. 16-25
2. Notes de cours: Noiseux,
Yanick. (2014) Partie 1 La vision du
monde fondatrice de l’entreprise : Production et travail, Marx.
[Présentation PowerPoint]
Noiseux,
Yanick. (2014) Partie 1 La vision du
monde fondatrice de l’entreprise : L’innovation et l’idéologie du progrès, Schumpeter
[Présentation PowerPoint]
Noiseux,
Yanick. (2014) Partie 1 La vision du monde
fondatrice de l’entreprise : La propriété, Proudhon [Présentation
PowerPoint]
3. Photos : https://airwolf3d.com/3d-printer-product/
http://www.briansolis.com/2008/07/social-revolution-is-our-industrial/
http://www.netpublic.fr/2012/10/fab-lab-bibliotheque-exemples-mode-d-emploi/



Un article récent dans le même sens pour prolonger les arguments :
RépondreSupprimerY. Rumpala, « L’impression tridimensionnelle comme vecteur de reconfiguration politique », dans la revue Cités, n° 55, 2013.
(une ancienne version est disponible sur le blog de l'auteur : http://yannickrumpala.wordpress.com/tag/imprimantes-3d/ )
Merci !! ;)
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