Le mercenariat n’est pas une nouvelle invention. Depuis l’Antiquité, des
individus louent leurs services de guerriers et soldats aux plus offrant. Toutefois,
avec l’apparition de l’entreprise comme entité ayant une très grande influence légale,
politique et sociale, le mercenariat a prit de toutes nouvelles formes à notre
époque.
1990-2010: La ruée vers l’or des Sociétés Militaires Privées.
À l’époque de la Guerre Froide, les tensions entre l’Union Soviétique et
les États-Unis d’Amérique ont eu pour effet de centraliser le développement
militaire. Ainsi, les conflits armés se déroulaient selon le modèle simple
suivant : Une superpuissance apporte son support à un pays en émergence
afin de combattre les alliés de la superpuissance opposée. De plus, la course à
l’armement avait comme résultat un développement très fort des armées de ces
deux nations.
Après cette époque, le développement économique apporté par la
production militaire devait être supporté, du moins selon les théories conservatrices
de l’époque. Cette «nécessité» d’entretenir
les conflits armés, centrale à l’économie américaine, était opposée par les
politiques néolibérales des années 1980 à la suite de la Guerre Froide. Cette
opposition a donné vie au mercenariat moderne, qui rallie l’exploitation des
zones de conflit armé et la tendance de privatisation de cette époque.¹ Ainsi,
vers la fin du 20e siècle, beaucoup de gouvernements ont fait appel
aux services de contracteurs militaires privés de divers pays, mais
principalement des États-Unis et d’Europe. Cette provenance est due aux
coupures dans les forces armées de ces nations. Des soldats professionnels ont
pu trouver des emplois très lucratifs à sécuriser des zones de conflit armé
autour du monde.
Toutefois, contrairement à des institutions telles que les Nations
Unies, la motivation de ces entreprises sont purement lucratives. Il s’agit
donc d’une logique rationnelle en finalité. Cette finalité est le profit,
puisque ces entreprises de sécurité militaire suivent un modèle capitaliste
moderne.
Cette logique de profit est bien démontrée dans le cas d’une des
premières grandes Sociétés Militaires Privées, Sandline International. Entre
1990 et 2000, cette entreprise a participé dans 3 guerres civiles en Afrique et
en Asie, sous contrat des gouvernements de ces trois pays, la Papouasie-Nouvelle-Guinée,
le Sierra Leone et le Liberia. Plusieurs régulations, dont un traité des Nations-Unies
de 2001, interdisent la participation de mercenaires aux guerres civiles.
Ainsi, à défaut d’être payé pour leur participation à un conflit armé, les soldats
de Sandline ont reçu des «bonus» de la part des cadres de l’entreprise, eux-mêmes
étant récompensés par les gouvernements sous la forme de parts financières dans
des opérations minières de ces pays.²
Le début du 21e siècle, et le regain de la participation
militaire américaine dans des zones de conflit armé tels que l’Afghanistan et l’Irak
a permis aux Sociétés Militaires Privées d’acquérir une multitude de contrats
pour les pays impliqués dans ces guerres. Des sociétés telles que la désormais
populaire Blackwater (Renommée Academi à la suite de plusieurs controverses)
ont participé à ces conflits en offrant des services de sécurité et de
logistique en support aux forces armées des nations de l’OTAN.³
Les ex-soldats employés par ces entreprises n’étant pas des participants
officiels à ces conflits armés, leur statut légal a longtemps été incertain. Le
manque de réglementation par rapport à la participation de ces entreprises leur
a permis de s’enrichir sans suivre les normes d’éthique que suivent
théoriquement les forces armées des pays de l’OTAN. Ainsi, plusieurs incidents
ont impliqué des contracteurs des diverses Sociétés Militaires Privées. Par
exemple, le traitement cruel des prisonniers dans la prison d’Abu Ghraib en
Irak en 2003 a été fait en partie par des employés de ces types d’entreprises.⁴
Ainsi, la décentralisation du développement militaire suite à la Guerre
Froide a eu comme effet de créer un marché quasi-légitime de «services de
sécurité». La véritable nature de ces services allant de la protection d’infrastructures
et de personnel, à la patrouille armée
des zones dites «sécurisées» par l’armée, jusqu’aux véritables opérations
militaires Cette forme de mercenariat moderne a pu se développer en l’absence
de régulations et de supervision. Tout comme pour chaque entreprise
capitaliste, les Sociétés Militaires Privées ont eu beaucoup à gagner à offrir de
nouveaux services dans de nouveaux marchés. De plus, comme pour toute
entreprise capitaliste, la dérèglementation et l’évitement des restrictions
éthiques leur a permis de profiter des zones de conflit armés autour du monde, jusqu'au
point de déclencher certains conflit eux-même, comme ce fut le cas pour
Sandline dans les années 1990.
En conclusion, à la suite de cette «ruée vers l’or», de nouvelles
institutions se sont développées pour réguler ce nouveau marché. Par exemple, l’Association
des Compagnies de Sécurité Privées d’Irak (PSCAI), fondée en 2004, eu la
responsabilité d’établir des normes à suivre pour ces entreprises. De plus, les
Nations-Unies, la Croix Rouge et les gouvernements de nombreuses nations
portent désormais plus d’attention aux activités de ces sociétés, surtout depuis
les nombreux incidents violents en Afghanistan et en Irak.
Toutefois, il est important de considérer le futur de ces entreprises,
qui suivent malgré tout une philosophie capitaliste dépourvue de considérations
éthiques. Leur présence grandissante récente dans des zones de désastres
naturels (Voir la photo de droite, ou l'on peut voir des agents de Blackwater patrouiller les rue de la Nouvelle Orléans suite à l'ouragan Katrina en 2005), ainsi que le désengagement de nombreuses nations face à ces
désastres, démontre leur volonté d’assumer un monopole sur le marché de la
sécurité internationale.
¹La fin de l’ordre militaire et le retour des
mercenaires, 1991-2001,
Jacques CHÂTEAU, Université de Droit, d’économie et de sciences d’Aix-Marseilles,
Institut d’Études Politiques
²Challenging the State: The Sandline Affair in Papua New Guinea, Sinclair DINNEN, Ronald James MAY, Anthony J. REGAN, National Centre for Development Studies, 1997
³ Sociétés militaires et de sécurité privée : les mercenaires des temps
modernes ?, Jean-Didier ROSI, Les
Cahiers du RMES, Volume IV, no 2, Hiver 2007 – 2008
⁴http://www.businesshumanrights.org/Categories/Lawlawsuits/Lawsuitsregulatoryaction/LawsuitsSelectedcases/AbuGhraiblawsuitsagainstCACITitannowL-3
Lecture additionnelle :
-Private military companies:
their status under international humanitarian law and its impact on their regulation,
Lindsey CAMERON, International review of the Red Cross, Volume 88, Septembre
2006
LOUIS-MARTIN ROBERT

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