La performance
A peu près tout le monde se souvient du « canular royal » qu’une équipe d’animateurs de radio 2day fm avait fait passer à une infirmière en poste, Jacintha Saldanha, qui traitait la femme du prince William d’Angleterre Kate Middleton. Alors qu’elle était hospitalisée à Sidney en Australie, les animateurs de radio ont obtenu des informations personnelles sur la noble anglaise et ont ainsi piégé l’infirmière en question. Suite à ce canular l’odieux a été canalisé pour « flageller » ces deux monstres à l’antenne de cette radio. D’ailleurs même au Québec les fameux animateurs « Les justiciers masqués » témoignent : « … le duo humoristique québécois les Justiciers masqués s'est montré très critique envers les deux animateurs australiens. » Le Soleil 7 décembre 2012 Le canular vire à la tragédie.
Il est évident qu’il est important d’imposer une éthique de travail dans tout métier qui traite avec le public, cependant des enjeux socio-économiques sont enfouis sous cet acte révoltant.
Le sens commun a-t-il quitté nos esprits?
Qu’une personne se donne la mort suite à un canular nous paraît invraisemblable. Pourtant dans la plupart des médias traditionnels « les roches ont été lancés » sur ces animateurs de radio justifiant de manière incroyable la logique toute prête à consommer de manipulation/stress/mort. Pourtant le cas de cette infirmière n’est pas un cas « isolé » et ces animateurs ne font que relever maladroitement la dure réalité de ce corps de métier.
En remontant dans le temps et l’espace, au Québec des cas de suicides n’ont parfois pas besoin d’animateurs radio « …Quatre infirmières du CHUQ se sont suicidées depuis un an et demi, a confirmé jeudi la direction du centre hospitalier… » Le Soleil 13 aout 2010 Une infirmière qui s'est suicidée avait été forcée de retourner au travail. Cette statistique a choqué le public d’autant plus qu’une des infirmières suicidées était à 1 an et demi de sa retraite.
Un capitaliste exigeant…
Plusieurs coupures des journaux au Québec ont relevé -suite à mort « d’hommes » quand même!- que les conditions de travail dans le milieu hospitalier ne sont pas de tout repos. Les différents témoignages des victimes d’un système particulièrement hostile au travailleur, ont révélé que c’était un environnement de travail malsain et impropre à l’épanouissement de celui-ci dont le métier n’a plus à faire ses preuves dans le collectif de notre société. Harcèlement au travail, méthodes de production mal adaptées, grand nombre croissant de congé de maladies, juridisation des procédures d’invalidité, etc., toutes ces variables touchant directement l’infirmière ne découle aucunement de son contrôle mais sont des facteurs externes qui influencent non seulement son travail mais sa personne elle-même.
Alors que nous vivons dans une époque que plusieurs marxistes appellent réactionnaire, des instituions officielles n’ont d’autres choix que de constater le piètre milieu de travail que la société capitaliste a à nous offrir. De façon générale l'Organisation mondiale de la santé (OMS) conclue que : « …la détresse psychologique, et plus particulièrement l'épuisement professionnel, serait la deuxième cause d'arrêt de travail prolongé, derrière les maux de dos (OMS 2006). » Le devoir jeudi 10 avril 2010,
Suicide de quatre infirmières. Est-il normal que le monde du travail soit malmené à ce point?
Alors que plusieurs docteurs lient souvent les maux au dos avec le stress, le coupable est pour ainsi dire pointé de lui-même.
Dans le monde de la francophonie l’état de choses ne guère mieux. Pour bien
comprendre la mondialisation du problème faisons un saut en France. La
compagnie France Télécom est une compagnie qui a changé sa méthode de gestion
en 2009. Suite à un climat de travail malsain 35 employés se sont donné la
mort. Il est très difficile de faire la corrélation entre le milieu de travail
et les suicidaires. Cependant on a découvert que les buts derrière cette
approche logistique n’étaient même pas l’efficacité au travail mais les
économies dans les frais de production. Ainsi dans un article du Figaro « A France Telecom, le travail
est basé sur la pression » daté du 05 juillet 2012 un technicien
explique la pression qu’il a subie durant son embauche de travail dans l’organisation : «
«Le travail était basé sur la pression. Les salariés étaient baladés. Le respect, ce n'était pas la priorité de l'encadrement. Ce qu'ils voulaient, c'était du rendement», raconte-il. «Le client était vu comme une tirelire. Seule la facturation comptait, il fallait faire du chiffre!» Sur le terrain, cela se traduisait par «des dossiers incomplets. Mais il fallait bien se rendre chez le client» et faire avec «les manquements de la hiérarchie». »
Suite à toute cette pression Yonnel Dervin se plante un couteau dans le ventre lors de l’annonce de son transfert en pleine réunion. La mise en place de cette technique de travail s’appelle Next. Cette stratégie de travail est développée grâce à l’approche Lean.
Suite à toute cette pression Yonnel Dervin se plante un couteau dans le ventre lors de l’annonce de son transfert en pleine réunion. La mise en place de cette technique de travail s’appelle Next. Cette stratégie de travail est développée grâce à l’approche Lean.
En exposant le cas de la firme télécom, nous apprenons qu’une réelle tentative de harcèlement peut se masquer derrière une politique organisationnelle d’optimisation de la main d’œuvre. Ce cas révèle que sur un plan structurel cette organisation voulait procéder à la suppression de 22 000 emplois entre 2006 et 2008. Suicides : France télécom mis en examen Figaro 06 juillet 2012.
L’approche Lean, le coupable ?
Au Québec dans le milieu de la santé, l’approche Lean est un nouveau type de gestion des employés basée sur l’expérience asiatique plus spécifiquement sur le toyotisme japonais. Dans ce type de gestion, il est important de comprendre que le but de ceux qui l’utilisent est de faire augmenter la productivité des employés. Il s’agit donc de réduire le temps de production des différentes composantes de la production du travail. Dans le domaine de la santé cette application industrielle est utilisée et adaptée aux services infirmiers. De plus la technique Sigma est agencée avec la méthode Lean dans le but de comparer les différents résultats obtenus pour déceler des pertes de productivités avec l’objectif visé. En résumé les techniques de Lean-Sigma visent à réduire le temps de services et de supprimer les étapes du travail infirmier qui serait considéré comme inutile par les gestionnaires. La flexibilité fonctionnelle est le terme central de cette approche qui se veut un remède miracle pour économiser les espaces inutiles, les temps gaspillé et les processus trop complexes. L’impact négatif au niveau théorique est la différence significative entre les différents buts cherchés entre la production des biens et la satisfaction des services. Cet antagonisme révèle qu’il n’est pas garanti que la réduction du temps de travail dans le service infirmier assure un bon service. Le but cherché n’est pas la qualité du service mais la réduction du coût de services. C’est d’abord la population qui subit les conséquences néfastes moins que les employés.
Deuxièmement dans l’approche Sigma, il y a un faussement des résultats quand il est temps de comparer ceux-ci avec les objectifs visés parce qu’ils ne tiennent pas compte des différents facteurs multidimensionnels propres à la dimension humaine. C’est en effet beaucoup plus facile d’encadrer des paramètres des cas des objets inertes mais beaucoup plus difficile de régler les paramètres humains. Finalement toute la dimension subjective des interactions dans les relations de travail n’est pas tenue en compte, ce qui installe une situation de tension, notamment avec le syndicat. Il est nécessaire de comprendre que la perspective de l’employeur attribuée au syndicat est irresponsable dans le sens qu’il y a des attaques constantes des conventions collectives et une marginalisation du syndicat au niveau de son rôle traditionnel et légal du représentant des employés.
Au Québec dans le milieu de la santé, l’approche Lean est un nouveau type de gestion des employés basée sur l’expérience asiatique plus spécifiquement sur le toyotisme japonais. Dans ce type de gestion, il est important de comprendre que le but de ceux qui l’utilisent est de faire augmenter la productivité des employés. Il s’agit donc de réduire le temps de production des différentes composantes de la production du travail. Dans le domaine de la santé cette application industrielle est utilisée et adaptée aux services infirmiers. De plus la technique Sigma est agencée avec la méthode Lean dans le but de comparer les différents résultats obtenus pour déceler des pertes de productivités avec l’objectif visé. En résumé les techniques de Lean-Sigma visent à réduire le temps de services et de supprimer les étapes du travail infirmier qui serait considéré comme inutile par les gestionnaires. La flexibilité fonctionnelle est le terme central de cette approche qui se veut un remède miracle pour économiser les espaces inutiles, les temps gaspillé et les processus trop complexes. L’impact négatif au niveau théorique est la différence significative entre les différents buts cherchés entre la production des biens et la satisfaction des services. Cet antagonisme révèle qu’il n’est pas garanti que la réduction du temps de travail dans le service infirmier assure un bon service. Le but cherché n’est pas la qualité du service mais la réduction du coût de services. C’est d’abord la population qui subit les conséquences néfastes moins que les employés.
Deuxièmement dans l’approche Sigma, il y a un faussement des résultats quand il est temps de comparer ceux-ci avec les objectifs visés parce qu’ils ne tiennent pas compte des différents facteurs multidimensionnels propres à la dimension humaine. C’est en effet beaucoup plus facile d’encadrer des paramètres des cas des objets inertes mais beaucoup plus difficile de régler les paramètres humains. Finalement toute la dimension subjective des interactions dans les relations de travail n’est pas tenue en compte, ce qui installe une situation de tension, notamment avec le syndicat. Il est nécessaire de comprendre que la perspective de l’employeur attribuée au syndicat est irresponsable dans le sens qu’il y a des attaques constantes des conventions collectives et une marginalisation du syndicat au niveau de son rôle traditionnel et légal du représentant des employés.
Dans la conférence du chercheur d’Angelo Soares,
un élément est amené quand il parle de gestion des émotions. Il y a un réel problème de conception de stratégies de travail quand il a été décidé de transplanter et calquer la stratégie Lean passant du niveau productif industriel au niveau de gestion des services. Ce concept étant très important dans le secteur de soins de santé, il devient dangereux de ne pas en tenir compte puisqu’à ce moment nous assistons à la deshumanisation des soins de la santé.
Comment aborder le problème : marxisme
Selon l’approche marxiste du travail, le procès de travail en tant que consommation montre 2 phénomènes particuliers, dans le Capital Karl Marx (Livre 1 Section 3):
« L’ouvrier travaille sous le contrôle du capitaliste auquel son travail appartient. Le capitaliste veille soigneusement à ce que la besogne soit proprement faite et les moyens de production employés suivant le but cherché, à ce que la matière première ne soit pas gaspillée et que l’instrument de travail n’éprouvent que le dommage inséparable de son emploi. »
« En second lieu le produit est la propriété du capitaliste et non du producteur immédiat, du travailleur. Le capitaliste paie par exemple, la valeur journalière de la force du travail, dont, par conséquent, l’usage lui appartient durant la journée, tout comme celui d’un cheval qu’il a loué à la journée. L’usage de la marchandise appartient à l’acheteur et en donnant son travail, le possesseur de la force de travail ne donne en réalité que la valeur d’usage qu’il a vendue. Dès son entrée dans l’atelier, l’utilité de la force, le travail appartient au capitaliste. En achetant la force de travail, le capitaliste a incorporé le travail comme ferment de vie aux éléments passifs du produit, dont il était aussi nanti. A son point de vue, le procès de travail n’est que la consommation de la force de travail, de la marchandise qu’il veut à acheter, mais qu’il ne saurait consommer sans lui ajouter des moyens de production. Le procès de travail est une opération entre choses qu’il a achetées, qui lui appartiennent. Le produit de cette opération lui appartient donc au même titre que le produit de la fermentation dans son cellier. »
Nous vivons malheureusement une époque sauvagement capitaliste ou les patrons n’ont plus de scrupules à miner les conditions de travail des employés. Même dans le domaine de la santé, il n’est pas question de respecter les vrais travailleurs de première ligne ni les citoyens qui auraient besoin des services. Aurons-nous un jour une autre structure politique dans laquelle le projet sociétal prendrait plus de place que la recherche incessante du profit ? Pourrons-nous les travailleurs et tous les autres citoyens s’unir pour renverser une structure qui ne tient pas compte des gens et qui exploite inconditionnellement toute source de vie et ce peu importe la culture ?
César Llerena

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