Sur Terre avec nous et non pour nous
« L’homme croit quelque fois qu’il a été créé pour dominer,
pour diriger, mais il se trompe. Il fait seulement partie d’un tout. L’homme
n’a ni pouvoirs, ni privilèges, seulement des responsabilités.» -Oren Lyons
Obnubilés par l’idéologie du progrès
et de la croissance infinie, les occidentaux ont développé une culture la
productivité en se questionnant constamment sur les moyens les plus efficaces afin
de produire plus et rarement sur la valeur éthique de leurs pratiques ou sur les
conséquences qu’elles entrainent. Attardons nous sur le cas de l’alimentation.
Comme la majorité des sphères de la vie, elle a été convertie en entreprise,
puis, réduite à une logique de performance. Dans l’optique de nourrir le plus d’individus
possibles au plus faible cout, les considérations liées à la santé, à
l’environnement et à l’éthique sont souvent négligés. Le secteur de l’industrie
de la viande est particulièrement problématique, car la ‘’production’’ de
viande implique l’interaction avec des êtres vivants sensibles, puis,
ultimement, leur mise à mort. Considérant cela, il est essentiel de se
questionner sur la légitimité d’une telle pratique.
L’homo-sapiens
sapiens un être supérieur ?
Nous prenons souvent pour acquis le caractère
universel et évident des manières d’agir et de penser qui fondent nos sociétés
alors que nous devrions plutôt les remettre en question. En 1637, René
Descartes proclame que la science doit rendre les hommes «maître et possesseur
de la Nature»[1]. Cette prémisse sera
adoptée par la majorité des théories subséquentes. Marx, entres autres, considère que le
travail comme la production d’objets utiles à l’être humain à partir d’éléments
puisés dans la nature. Cette nature est pour lui un bassin de ressources dont
l’homme peut disposer comme bon lui semble. Nous semblons donc appréhender le
monde comme si l’homme était seul sur terre, comme si ce qui l’entoure n’était
qu’un simple décor. Cette suprématie de l’homme fut rarement remise en cause. C’est
pourtant la science elle-même, qui plutôt que de proclamer l’humain supérieur,
le ramène parmi les autres mortels. Depuis la publication de l’origine des
espèces (1859), les arguments scientifiques démentant la suprématie de l’homme
ne font que s’accumuler.
Pourtant, les êtres
humains se permettent de s’approprier la terre et les autres espèces qui y
vivent, mais sur quoi se base ce droit. Selon Proudhon, la propriété privée n’est pas un
véritable droit naturel. Aucun argument valable ne peut la justifier, ni le
travail, ni la prescription, ni l’occupation. L’appropriation est, en réalité,
un vol, car aucun bien ni aucune ressources naturelles n’est le travail d’un
être seul humain. De plus, elle est contraire à la liberté et à l’égalité qui
selon l’auteur sont les seuls droits naturels et indiscutables. Mais comment
déterminé à qui s’applique ces droits? Les humains et les non-humains sont
certes différents. Ils ne partagent pas tous les mêmes besoins, ils n’ont pas
les mêmes perceptions du monde qui les entourent et n’ont pas les mêmes désirs.
Pourtant, les similitudes sont nombreuses ; tous et toutes veulent manger
et boire, recherchent le confort et la liberté de mouvement, puis, évitent la
douleur. L’ensemble des comportements des individus non-humains ne se résume
pas à des pulsions instinctives. Ils sont comme nous le centre psychologique
d’une vie qui est la leur et uniquement la leur. En mettant en lumière cette
proximité, comment pouvons-nous justifier qu’un droit à la vie et à l’intégrité
physique de leur corps ne soit pas accordé aux animaux ? En fait, il s’agit de
spécisme, c’est-à-dire d’une attitude amenant à favoriser les intérêts des
membres de sa propre espèce en dépit des ceux d’autres espèces. Le processus
est le même que lorsque l’on favorise son sexe (sexisme) ou son groupe
(racisme). Il n’y a aucune raison valable de s’approprié un autre être vivant
et de ne pas prendre sa souffrance ou n’importe quel autre de ses besoins.
Cessons d’être raisonnable !
En plus de la logique
anthropocentrique explicités plus haut, deux processus rendent possible l’acceptation
de cette industrie; la rationalisation et la distanciation. Pour Max Weber, nos actions peuvent être motivées par quatre
catégories idéalisées de déterminants d’action. Il illustre bien la réalité
moderne en mettant en lumière la survalorisation de l’action rationnelle en
finalité, c’est-à-dire une action motivée par le «choix réfléchi d’un but et des moyens les
plus efficaces pour l’atteindre, en tenant compte des conséquences»[2]
habituellement dans une logique de calcul cout-bénéfices. Cette logique est la
seule considérée valable pour orienter les actions économique. L’univers émotif
est relayé à la sphère privée. De plus, lors de l’achat d’une pièce de viande,
l’individu n’est pas en contact directe avec l’animal, le consommateur n’abat
pas le cochon ou la vache qu’ils désirent manger. Si c’était le cas, bien moins
d’individus pourraient assumer ce choix alimentaire, particulièrement en
considérant qu’il est facile d’avoir une alimentation complète et saine sans
tué d’autres animaux.
En somme, nous devons aujourd’hui commencer à avoir de
la compassion envers les êtres qui fut privés d’une vie normale pour se retrouver
dans nos assiettes. En plus de la violence faite aux animaux, 18% des
émissions de gaz à effet de serre sont causées par l’industrie de l’élevage[3] ce qui
est supérieur à l’ensemble des moyens de transport. Puis, la consommation de
viandes élèveraient les risques de plusieurs maladies telles que le l’obésité,
le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaire et le cancer[4]. Pour la
planète, pour les animaux et pour notre santé, il est essentiel aujourd’hui de retrouver
l’équilibre et de réintégré une dimension éthique et réflective à notre mode de
production et de consommation alimentaire. Il est de notre devoir de respecter
tout individu qui partage cette planète avec nous, car ils sont, bel et bien,
ici avec nous et non pour nous !!
[1] DESCARTES,
René (1637) Discours de la méthode.
[2] NOISEAU, Yanick. (2014) Partie 1 La vision du monde fondatrice de
l’entreprise : QUÊTE DE RATIONALITÉ. [Présentation PowerPoint]
[3] FAO (2009) Comment nourrir le monde en 2050. http://www.fao.org/fileadmin/templates/wsfs/docs/Issues_papers/Issues_papers_FR/Comment_nourrir _le_monde_en_2050.pdf.
[4] ONU (2014) Rapport final : Le droit à l’alimentation, facteur de changement
http://www.srfood.org/fr/rapports-publies


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