samedi 12 avril 2014

Sur Terre avec nous et non pour nous


Sur Terre avec nous et non pour nous

 

 « L’homme croit quelque fois qu’il a été créé pour dominer, pour diriger, mais il se trompe. Il fait seulement partie d’un tout. L’homme n’a ni pouvoirs, ni privilèges, seulement des responsabilités.» -Oren Lyons

 

            Obnubilés par l’idéologie du progrès et de la croissance infinie, les occidentaux ont développé une culture la productivité en se questionnant constamment sur les moyens les plus efficaces afin de produire plus et rarement sur la valeur éthique de leurs pratiques ou sur les conséquences qu’elles entrainent. Attardons nous sur le cas de l’alimentation. Comme la majorité des sphères de la vie, elle a été convertie en entreprise, puis, réduite à une logique de performance. Dans l’optique de nourrir le plus d’individus possibles au plus faible cout, les considérations liées à la santé, à l’environnement et à l’éthique sont souvent négligés. Le secteur de l’industrie de la viande est particulièrement problématique, car la ‘’production’’ de viande implique l’interaction avec des êtres vivants sensibles, puis, ultimement, leur mise à mort. Considérant cela, il est essentiel de se questionner sur la légitimité d’une telle pratique.

 

L’homo-sapiens sapiens un être supérieur ?

 

Nous prenons souvent pour acquis le caractère universel et évident des manières d’agir et de penser qui fondent nos sociétés alors que nous devrions plutôt les remettre en question. En 1637, René Descartes proclame que la science doit rendre les hommes «maître et possesseur de la Nature»[1]. Cette prémisse sera adoptée par la majorité des théories subséquentes. Marx, entres autres, considère que le travail comme la production d’objets utiles à l’être humain à partir d’éléments puisés dans la nature. Cette nature est pour lui un bassin de ressources dont l’homme peut disposer comme bon lui semble. Nous semblons donc appréhender le monde comme si l’homme était seul sur terre, comme si ce qui l’entoure n’était qu’un simple décor. Cette suprématie de l’homme fut rarement remise en cause. C’est pourtant la science elle-même, qui plutôt que de proclamer l’humain supérieur, le ramène parmi les autres mortels. Depuis la publication de l’origine des espèces (1859), les arguments scientifiques démentant la suprématie de l’homme ne font que s’accumuler.

Pourtant, les êtres humains se permettent de s’approprier la terre et les autres espèces qui y vivent, mais sur quoi se base ce droit. Selon Proudhon, la propriété privée n’est pas un véritable droit naturel. Aucun argument valable ne peut la justifier, ni le travail, ni la prescription, ni l’occupation. L’appropriation est, en réalité, un vol, car aucun bien ni aucune ressources naturelles n’est le travail d’un être seul humain. De plus, elle est contraire à la liberté et à l’égalité qui selon l’auteur sont les seuls droits naturels et indiscutables. Mais comment déterminé à qui s’applique ces droits? Les humains et les non-humains sont certes différents. Ils ne partagent pas tous les mêmes besoins, ils n’ont pas les mêmes perceptions du monde qui les entourent et n’ont pas les mêmes désirs. Pourtant, les similitudes sont nombreuses ; tous et toutes veulent manger et boire, recherchent le confort et la liberté de mouvement, puis, évitent la douleur. L’ensemble des comportements des individus non-humains ne se résume pas à des pulsions instinctives. Ils sont comme nous le centre psychologique d’une vie qui est la leur et uniquement la leur. En mettant en lumière cette proximité, comment pouvons-nous justifier qu’un droit à la vie et à l’intégrité physique de leur corps ne soit pas accordé aux animaux ? En fait, il s’agit de spécisme, c’est-à-dire d’une attitude amenant à favoriser les intérêts des membres de sa propre espèce en dépit des ceux d’autres espèces. Le processus est le même que lorsque l’on favorise son sexe (sexisme) ou son groupe (racisme). Il n’y a aucune raison valable de s’approprié un autre être vivant et de ne pas prendre sa souffrance ou n’importe quel autre de ses besoins.

 

Cessons d’être raisonnable !

En plus de la logique anthropocentrique explicités plus haut, deux processus rendent possible l’acceptation de cette industrie; la rationalisation et la distanciation.  Pour Max Weber, nos actions peuvent être motivées par quatre catégories idéalisées de déterminants d’action. Il illustre bien la réalité moderne en mettant en lumière la survalorisation de l’action rationnelle en finalité, c’est-à-dire une action motivée par le «choix réfléchi d’un but et des moyens les plus efficaces pour l’atteindre, en tenant compte des conséquences»[2] habituellement dans une logique de calcul cout-bénéfices. Cette logique est la seule considérée valable pour orienter les actions économique. L’univers émotif est relayé à la sphère privée. De plus, lors de l’achat d’une pièce de viande, l’individu n’est pas en contact directe avec l’animal, le consommateur n’abat pas le cochon ou la vache qu’ils désirent manger. Si c’était le cas, bien moins d’individus pourraient assumer ce choix alimentaire, particulièrement en considérant qu’il est facile d’avoir une alimentation complète et saine sans tué d’autres animaux.

 

En somme, nous devons aujourd’hui commencer à avoir de la compassion envers les êtres qui fut privés d’une vie normale pour se retrouver dans nos assiettes. En plus de la violence faite aux animaux, 18% des émissions de gaz à effet de serre sont causées par l’industrie de l’élevage[3] ce qui est supérieur à l’ensemble des moyens de transport. Puis, la consommation de viandes élèveraient les risques de plusieurs maladies telles que le l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaire et le cancer[4]. Pour la planète, pour les animaux et pour notre santé, il est essentiel aujourd’hui de retrouver l’équilibre et de réintégré une dimension éthique et réflective à notre mode de production et de consommation alimentaire. Il est de notre devoir de respecter tout individu qui partage cette planète avec nous, car ils sont, bel et bien, ici avec nous et non pour nous !!  

 

 
 
 
Pascale Lafrenière




[1] DESCARTES, René (1637) Discours de la méthode.
[2] NOISEAU, Yanick. (2014) Partie 1 La vision du monde fondatrice de l’entreprise : QUÊTE DE RATIONALITÉ. [Présentation PowerPoint]
[3] FAO (2009) Comment nourrir le monde en 2050. http://www.fao.org/fileadmin/templates/wsfs/docs/Issues_papers/Issues_papers_FR/Comment_nourrir _le_monde_en_2050.pdf.
[4] ONU (2014) Rapport final : Le droit à l’alimentation, facteur de changement http://www.srfood.org/fr/rapports-publies

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