Le printemps
apporte son lot de changement autant pour la nature que dans les habitudes de
vie de chacun. Un de ces changements qui est très attendu par les acériculteurs,
ou plus communément appelés les « érabliers », est le dégel des
érables. Pour eux, le printemps et synonyme d’entaillage, de récolte et de
travail. Un élément très apprécié par la majorité des Québécois et qui découle
de ce temps de l’année, c’est la cabane à sucre. C’est le moment où les gens
sortent se sucrer le bec dans les bois pour leur plus grand plaisir.
Comme la
dinde est à noël, la cabane à sucre est aussi associée à certains mets qu’on y
retrouve dans la majorité des cas. Le jambon, les saucisses, le bacon, les œufs
et autres et tout ça cuit avec du bon sirop d’érable sont un incontournable de
la tradition de la cabane à sucre. Venant d’un milieu rural, avec quelques
membres de la famille qui ont des érablières, il est sans contredit qu’une
tradition annuelle y est associée. Chez nous, il n’y a même pas de question à
se poser, le dimanche de pâques, on part à la cabane à sucre familiale. Cette
tradition est la plus importante dans ma famille, elle surpasse noël et le jour
de l’an! Tout le monde y est, partant des 13 frères et sœurs de ma grand-mère
avec toutes leurs familles! Dans ma tête de jeune campagnarde, c’était pareil
dans toutes les familles du Québec, mais choc culturel en apprenant que ce
n’était pas le cas!
En effet,
principalement depuis mon arrivée à Montréal et depuis la sortie du RÉÉSUM à la
cabane à sucre, j’ai découvert que cette sortie n’avait pas la même
signification pour tous et que toutes les érablières n’étaient pas pareilles et
qu’elles avaient évolué avec le temps. Celle que je connais le plus n’est
ouverte que pour la famille, donc une journée par année, depuis la mort de mon
grand-oncle à qui elle appartenait. La bâtisse n’a donc subi aucun changement
depuis environ 10 ans et n’a jamais eu à changer pour la demande touristique.
En voyant la cabane à sucre de St-Valentin, où nous sommes allées avec
l’association, j’ai vu que ce n’était réellement pas le cas pour toutes. En
effet, celle-ci, pour continuer de recevoir des visiteurs et même pour en
recevoir plus, était dans une très grande bâtisse avec un « deejay »,
une boule disco, un plancher de danse, des machines à jeux vidéo, un bar
complet et j’en passe. On voit un grand changement dans la visée de ces
érablières.
De plus, on
peut voir à la ville des « kiosques cabane à sucre » qui sont installés
dans des lieux publics et qui offrent les produits de l’érable et la tire sur
la neige. On va donc que l’industrie de l’érable prend de l’expansion dans
l’espace. Si avant, elle était réservée
à la campagne due à l’emplacement des érablières, maintenant on lui fait de
l’espace un peu partout. Par contre, la production étant limitée empêche une
distribution à grande échelle. On peut retrouver des produits de l’érable
ailleurs qu’au Québec, mais à des coûts élevés et en petite quantité. Le sirop
d’érable étant un produit presque unique au Québec et ne pouvant être produit
qu’à une certaine période de l’année, un phénomène de rareté se crée autour du
produit. Tout ce qui est dérivé de l’érable à un prix relativement élevé, en
épicerie on parle d’environ 8 $ pour une canne de sirop, ce qui rend le
produit moins accessible.
L’expansion
ne se fait pas seulement au niveau des emplacements, mais aussi au niveau des
produits. En effet, dans les dernières années, l’offre des produits de l’érable
s’est grandement diversifiée. On ne retrouve plus seulement les produits
classiques comme la tire ou le beurre d’érable, mais aussi du lait d’érable, de
l’alcool d’érable, des vinaigrettes d’érable et plusieurs autres produits. L’industrie
de l’érable, comme les autres industries, cherche à créer toujours plus de
biens et services et tout ça dans le but d’aller chercher le plus de clients possible,
pour faire plus de profit.
Les méthodes
de production ont aussi beaucoup évolué durant les dernières années. Avant on
récoltait l’eau d’érable une chaudière à la fois, maintenant avec les tubes qui
sont installés aux arbres, l’eau d’érable est directement envoyée au l’érablière.
Les machines utilisées pour la transformation ont aussi changé pour permettre
une meilleure répartition de la chaleur et ne sont plus chauffées au bois. Ces
changements et bien d’autres ont pour but d’augmenter l’efficacité de
production et demande par le fait même beaucoup moins de personnes pour s’en
occuper.
Pour terminer,
on pourrait faire un clin d’œil au phénomène d’appropriation, car si l'on
considère anormal l’appropriation de l’eau, l’appropriation des arbres peut-être
tout autant contester, mais je n’ai pour ma part jamais entendu un discours en
ce sens. La justification de la propriété n’aurait donc pas à se faire au
niveau de cette ressource naturelle?
Véronique Boissonneault
Véronique Boissonneault
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