vendredi 11 avril 2014

La cabane à sucre!


Le printemps apporte son lot de changement autant pour la nature que dans les habitudes de vie de chacun. Un de ces changements qui est très attendu par les acériculteurs, ou plus communément appelés les « érabliers », est le dégel des érables. Pour eux, le printemps et synonyme d’entaillage, de récolte et de travail. Un élément très apprécié par la majorité des Québécois et qui découle de ce temps de l’année, c’est la cabane à sucre. C’est le moment où les gens sortent se sucrer le bec dans les bois pour leur plus grand plaisir.

Comme la dinde est à noël, la cabane à sucre est aussi associée à certains mets qu’on y retrouve dans la majorité des cas. Le jambon, les saucisses, le bacon, les œufs et autres et tout ça cuit avec du bon sirop d’érable sont un incontournable de la tradition de la cabane à sucre. Venant d’un milieu rural, avec quelques membres de la famille qui ont des érablières, il est sans contredit qu’une tradition annuelle y est associée. Chez nous, il n’y a même pas de question à se poser, le dimanche de pâques, on part à la cabane à sucre familiale. Cette tradition est la plus importante dans ma famille, elle surpasse noël et le jour de l’an! Tout le monde y est, partant des 13 frères et sœurs de ma grand-mère avec toutes leurs familles! Dans ma tête de jeune campagnarde, c’était pareil dans toutes les familles du Québec, mais choc culturel en apprenant que ce n’était pas le cas!

En effet, principalement depuis mon arrivée à Montréal et depuis la sortie du RÉÉSUM à la cabane à sucre, j’ai découvert que cette sortie n’avait pas la même signification pour tous et que toutes les érablières n’étaient pas pareilles et qu’elles avaient évolué avec le temps. Celle que je connais le plus n’est ouverte que pour la famille, donc une journée par année, depuis la mort de mon grand-oncle à qui elle appartenait. La bâtisse n’a donc subi aucun changement depuis environ 10 ans et n’a jamais eu à changer pour la demande touristique. En voyant la cabane à sucre de St-Valentin, où nous sommes allées avec l’association, j’ai vu que ce n’était réellement pas le cas pour toutes. En effet, celle-ci, pour continuer de recevoir des visiteurs et même pour en recevoir plus, était dans une très grande bâtisse avec un « deejay », une boule disco, un plancher de danse, des machines à jeux vidéo, un bar complet et j’en passe. On voit un grand changement dans la visée de ces érablières.

De plus, on peut voir à la ville des « kiosques cabane à sucre » qui sont installés dans des lieux publics et qui offrent les produits de l’érable et la tire sur la neige. On va donc que l’industrie de l’érable prend de l’expansion dans l’espace. Si avant, elle était réservée à la campagne due à l’emplacement des érablières, maintenant on lui fait de l’espace un peu partout. Par contre, la production étant limitée empêche une distribution à grande échelle. On peut retrouver des produits de l’érable ailleurs qu’au Québec, mais à des coûts élevés et en petite quantité. Le sirop d’érable étant un produit presque unique au Québec et ne pouvant être produit qu’à une certaine période de l’année, un phénomène de rareté se crée autour du produit. Tout ce qui est dérivé de l’érable à un prix relativement élevé, en épicerie on parle d’environ 8 $ pour une canne de sirop, ce qui rend le produit moins accessible.

L’expansion ne se fait pas seulement au niveau des emplacements, mais aussi au niveau des produits. En effet, dans les dernières années, l’offre des produits de l’érable s’est grandement diversifiée. On ne retrouve plus seulement les produits classiques comme la tire ou le beurre d’érable, mais aussi du lait d’érable, de l’alcool d’érable, des vinaigrettes d’érable et plusieurs autres produits. L’industrie de l’érable, comme les autres industries, cherche à créer toujours plus de biens et services et tout ça dans le but d’aller chercher le plus de clients possible, pour faire plus de profit.    

Les méthodes de production ont aussi beaucoup évolué durant les dernières années. Avant on récoltait l’eau d’érable une chaudière à la fois, maintenant avec les tubes qui sont installés aux arbres, l’eau d’érable est directement envoyée au l’érablière. Les machines utilisées pour la transformation ont aussi changé pour permettre une meilleure répartition de la chaleur et ne sont plus chauffées au bois. Ces changements et bien d’autres ont pour but d’augmenter l’efficacité de production et demande par le fait même beaucoup moins de personnes pour s’en occuper.

Pour terminer, on pourrait faire un clin d’œil au phénomène d’appropriation, car si l'on considère anormal l’appropriation de l’eau, l’appropriation des arbres peut-être tout autant contester, mais je n’ai pour ma part jamais entendu un discours en ce sens. La justification de la propriété n’aurait donc pas à se faire au niveau de cette ressource naturelle?    

Véronique Boissonneault 

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