Avis à tous! Je vous annonce que
l’âge des crèmes anti-rides, des recettes de grand-mère, des craintes et des
peurs a enfin sonnée! Car quoi de mieux en effet, pour éviter de décrépir et de
déjouer les «supposés» plans de mère nature que de vivre éternellement? Alors
je vous le dis, c’est maintenant possible! Les États-Unis, pays de tous les
possibles ont, et ce depuis 1972, créé des organisations (terme employé par le
site «www.alcor.org», mais dont la juste caractéristique serait plutôt
entreprise) rendant accessible ce remède miracle, cette médecine des temps
modernes qu’est la «cryonie»*! (Consulter le site pour en savoir plus sur
ce thème nouveau : http://www.lemonde.fr/sciences/visuel/2014/01/06/sos-cryonie-prets-a-vous-preserver-de-la-mort_4339253_1650684.html )
*Petite définition de la «cryonie» : «Action d'abaisser la température d'un organisme vivant à −190 °C et de l'y maintenir dans un
dessein de conservation». (Tiré du Larousse web)
Car disons le franchement, à l’ère où nous
vivons, plus personne ne croit, comme du temps de nos ancêtres, que des forces
magiques ou maléfiques ne soient à l’œuvre dans tout ce qui nous entoure. En effet,
«[…] nous
croyons qu’à chaque
instant nous pourrions, pourvu seulement que nous le voulions, nous prouver
qu’il n’existe en principe aucune puissance mystérieuse et imprévisible qui
interfère dans le cours de la vie» (Weber : 1). Dans cette optique, la
quête perpétuelle de progrès est non seulement souhaitable mais également
atteignable par le biais de la technique, des sciences et des machines, car
«nous pouvons maîtriser toute chose par la prévision» (Weber : 1). Ainsi,
la solution miracle dont je viens de vous parler, la cryonie, permet de
transformer l’étape inévitable que constituait la mort pour nos prédécesseurs,
en médecine ou en traitement efficace, sensé et contrôlable pour les modernes
occidentaux que nous sommes.
Ainsi, participant au processus de
rationalisation longuement évoqué par Weber dans «Le savant et le politique» et caractérisant selon lui le monde
occidental, la cryonie, peut se penser comme le fait d’orienter «son activité
d’après les fins, moyens et conséquences subsidiaires et [de]
confronte[r]
en même temps
rationnellement les moyens et la fin, la fin et les conséquences et enfin les
diverses fins possibles entre elles» (Weber : 23) afin d’atteindre le plus
efficacement possible le but poursuivi. La fin ici, je vous le rappelle est
d’inverser le cours du temps, c’est-à-dire de contrôler ladite nature, de
manière efficace et durable. Plusieurs moyens sont entrepris pour y arriver
d’une part par vous et moi, chers lecteurs, en adhérant à cette solution et,
d’autre part, par les compagnies en vous proposant leurs services si précieux
pour y arriver. Laissez-moi vous expliquer ce système révolutionnaire.
Tout d’abord, pour être proposée, la cryonie
nécessite la formation d’entreprises particulières au sein desquelles des
individus formés et spécialisés remplissent chacun un rôle particulier dans le
but de décupler l’efficacité, la rapidité et la qualité de notre conservation
et de notre éventuel réveil. De plus, afin d’uniformiser les pratiques, un
protocole précis comportant 15 étapes spécifiques a été élaboré et distribué à
travers la communauté cryonics du monde par la compagnie américaine Alcor, chef
de file de l’industrie.
Malgré les incontestables effets positifs de
cette technologie hors du commun, quelques conséquences (de rien du tout je vous assure eu égards aux
impacts bénéfiques) subsistent. La première d’entre elles concerne les délais
prescrits. En effet, il est parfois difficile, en tenant compte des barrières
légales (soit l’émission d’un certificat de décès officiel émis par un docteur)
ou encore de la disponibilité des équipes chargés de faire respecter le
protocole, d’effectuer la cryonie sous toutes ses facettes dès que nécessaire.
Ensuite, la cryonie, pour rejoindre plus d’adhérants (tel Wal-Mart ou
Costco :p) nécessite que ses compagnies publicisent plus leurs services et
développent, (tel que le souhaite par exemple ce couple québécois: https://www.youtube.com/watch?v=Q3MBGw9etsM ), des bureaux ailleurs qu’aux États-Unis.
Pour nous, chers blogueurs, les conséquences du
choix de déjouer mère nature et d’éviter d’entendre l’heure où le glas sonnera
en optant pour la cryonie, implique également quelques conséquences, tout comme
le fait d’échanger (rationnellement, toujours selon Weber) 1$ contre une barre de
chocolat. Ainsi, au niveau relationnel, la cryonie, pour ceux de vos proches
qui ne sont pas, comme dirait le rappeur Booba, «dans le futur», entraînera des
tensions et des désaccords. De plus, tout comme une maison ou un voyage dans le
sud pour se refaire le teint (ne démentez pas, nous le faisons tous ;p), la
cryonie, pour être envisagée nécessite un déboursement d’argent assez important
selon la (les) partie(s) du corps chosie(s) (voir les tarifs ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cryonie ). Toutefois, rassurez-vous, prévoyante comme je suis, je vous informe
également que de nombreuses compagnie d’assurances ont commencé à offrir,
notamment en Angleterre ou au Canada, des assurances-vies (le mot idéal dans ce
cas) permettant de couvrir les frais! N’est-ce pas merveilleux, le monde
entier, ou devrais-je dire, le monde des entreprises, est prêt à nous simplifier
la vie! Bien que Simmel, toujours en désaccord avec moi, dirait plutôt que le
monde des entreprises ou plus précisément l’Argent (avec un grand A) entraîne
une «objectivation des rapports sociaux» et contribue, en participant au
processus de rationalisation et d’intellectualisation conceptualisé par Weber,
à la formation de nouveaux «individus». Comme preuve à l’appui, il évoquerait
comment l’argent dans le cas particulier de la cryonie, réunit ce qui est
lointain et séparé (au niveau des entreprises, car des gens de partout à
travers le monde transigent maintenant avec Alcor ou Cryonics Institute, tous
deux basés aux États-Unis). Puis, il ferait appel au fait que l’argent utilisé
pour payer, peut également dans de nombreux cas, avoir pour effet de diviser ce
qui est proche, par exemple les familles des gens ayant choisis d’opter pour
cette méthode ou encore l’individu lui-même par le découpage financier de son
corps. Ainsi, de part et d’autre, les rapports sociaux tendraient
progressivement à devenir, selon ce dernier, impersonnels et purement
techniques.
*Pour preuve visuelle voir :
la carte des membres inscrits pour une cryopréservation au Cryonics Institute,
selon leur origine géographique. | Cryonics Institute (http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/06/congeler-les-morts-un-business-d-avenir_4338389_3224.html)
Pour ma part et surement pour celle de Weber et
de ses idées, la cryonie donne plutôt lieu au développement de la science et de
la technique. Par les nouveaux outils et substances qu’elle nécessite, par les
machines particulières qu’elle permet de créer, par les nouvelles recherches
sur le cerveau et la personnalité qu’elle initie, et ce, par des scientifiques
chevronnés et compétents (tels par exemple quelques-uns issus de la très
réputée université Oxford en Angleterre), la cryonie, je vous l’assure, est
réellement un pas en avant vers le progrès du 21e siècle.
Alors, je vous le dis, ce n’est qu’une question
de temps avant que les gouvernements occidentaux investissent dans cette
médecine moderne qu’est la cryonie et se rendent compte que non seulement
profitable pour leurs citoyens, celle-ci peut aussi permettre de régler une des
préoccupations qui, pour nos dirigeants, devient de jour en jour fondamentale,
à savoir le renversement de la pyramide des âges. Ainsi, dans un monde où
l’entreprise se glisse dans les moindres détails de nos vies et où, pour
reprendre l’expression de Solé nous assistons à une «entreprisation du monde»
croissante, choisirez-vous, blogueurs, lecteurs et confrères, la voie du
progrès?
Références :
Weber, Max. «Déterminants de l’activité
sociale», Économie et société, Paris,
Plon, 1971, pp. 22-23.
Weber, Max. «Le métier et la vocation de
savant», Le savant et le politique,
Paris, Les classiques des sciences sociales, extraits choisis (9 pages).
Durkheim, Émile. De la division du travail social, PUF, 1967 ((1893)), extraits
choisis.
Simmel, Georg. «La liberté individuelle», Philosophie de l’argent, Paris, PUF,
chapitre 4, pp. 411-444.
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