jeudi 3 avril 2014

Le pétrole est l’or noir, l’eau est l’or bleu, le saumon est l’or...



À l’intérieur du secteur alimentaire, où le capitalisme agit comme doctrine, certains produits garnissant les abondants comptoirs alimentaires des épiceries peuvent dès lors tomber sous la forte influence du phénomène de la rareté, ce qui a donc comme effet de faire radicalement monter les prix de ces biens consommables. Avec la présence du blé à la Bourse, il n’est pas surprenant de voir que d’autres aliments peuvent être eux aussi d’une certaine façon dénaturalisés par un capitalisme, cherchant à posséder et à transformer la nature, oeuvrant sous le règne de l’innovation. De cette façon, on extirpe à la nature sa richesse propre au profit d’une suite interminable d’idée afin de rentabiliser davantage les gains possibles, comme la création des besoins potentialisés par la recherche d’une accumulation des biens. Le saumon fait donc partie de l’une de ces richesses qui se trouvent à être d’abord et avant tout une ressource naturelle, mais qui a vu sa demande augmentée au fil des années d’une telle façon que l’on cherche et tente différentes stratégies de productions afin d’empêcher la flambée des prix, ce qui couperait inévitablement le marché des pays en développement ayant un intérêt grandissant pour ce poisson. Augmenter la production des entreprises piscicoles renforcerait davantage cette idée de l’entreprise possédant et transformant la nature au profit de ses propres intérêts. Nous n’avons qu’à penser aux installations piscicoles utilisant et polluant certains cours d’eau propices à l’élevage des salmonidés. Là où l’entreprise se démarque encore davantage, c’est dans cette idée où le progrès technologique serait en mesure de faire augmenter la production, et ce, à un coût raisonnable.

Afin d’augmenter leur production, les entreprises piscicoles voudraient pouvoir augmenter le nombre de leurs parcs en eau libre, ils sont toutefois dans la plus grande majorité des cas limités par des politiques ou permis, car il faut savoir que de telles pratiques, en plus de couper radicalement l'instinct migrateur des poissons, peuvent causer des ravages intenses aux fonds marins et contaminer l’écosystème. Afin d’augmenter la production, on fait donc appel à des piscicultures terrestres où les risques environnementaux sont moins grands, mais où l’industrie affirme davantage son pouvoir possessif sur la nature en enlevant tout élément rustique au poisson à la chair rose. Le contrôle de l’espèce, potentialisé par l'innovation et le progrès frôle pratiquement le paroxysme. Toutefois, même s’il y a eu la mise en place de nouvelles techniques pouvant augmenter la production, le produit final n’a pas assez de qualités. On cherche donc encore une fois par le progrès à augmenter ses qualités intrinsèques pour obtenir le meilleur rapport qualité/prix afin de répondre à la demande croissante.

C’est alors que la science entre en jeux. La production limitée de poisson d’élevage dépendait en quelque sorte des poissons sauvages, dont l’huile était utilisée afin de confectionner la moulée des poissons en pisciculture. Toujours dans cette perspective de domination de la nature, la compagnie Monsanto travaille à l’élaboration de graines de soja capable de produire une huile renfermant les acides gras nécessaires au développement des poissons. Pour accroître la production des poissons d’élevage ainsi que leur qualité, on cherche à avoir le contrôle sur un autre élément naturel afin qu’il corresponde à nos critères de sélection motivés par une certaine avarice profonde. Un soja génétiquement modifié ne fait plus frissonner grand monde. Les végétaux modifiés afin d’augmenter leurs multiples propriétés relèvent des affaires courantes, mais comment percevoir le saumon génétiquement modifié? Cela serait ni plus ni moins qu’un saumon à croissance rapide que propose le laboratoire AquaBounty afin de toujours augmenter la production pour répondre à la demande croissante du saumon. 

Cependant, même si les pisciculteurs et les scientifiques cherchent à trouver des moyens afin d’augmenter la production tout en essayant de gérer les risques extérieurs, la disponibilité du saumon pourra tout au plus augmenter de 5 à 10 % par ans, ce qui ne sera pas assez suffisant pour répondre à la demande. Le saumon sera donc une autre denrée ne pouvant qu’être consommée par une certaine élite caractérisée tout simplement par leur accumulation plus importante d’un certain capital. Cette recherche de domination sur ce qui peut-être contrôlé semble interminable. Dans cette perspective, la décroissance ou bien le développement durable ne semble être utilisé qu’afin de stimuler les ventes. Nous n’avons qu’à penser aux compagnies faisant grossièrement l’utilisation de certains logos caractérisant leurs produits de pêche dite responsable.                                                                                                       

Olivier de L'Etoile 

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