dimanche 13 avril 2014

Quand le futur fait bonne impression !



Une nouvelle Renaissance ?

La Renaissance est certainement une période historique très intéressante à analyser en sciences sociales, mais plus particulièrement en sociologie. En effet, tout sociologue jubile devant les changements sociaux qui se sont orchestrés durant la Renaissance. Ainsi, passant de la réforme protestante à la perspective en art et à « l’avion » de Da Vinci, on peut dire que cette période fut marquée par un lot d’inventions qui ont débouché sur un progrès technique très important. En revanche, selon plusieurs historiens, l’invention qui symbolise la fin du Moyen-Âge et le début de la Renaissance est l’imprimerie. Par conséquent, c’est au moment où Gutenberg inventa l’imprimerie en 1450 que l’on est passé d’une époque caractérisée par une stagnation sociale et économique à une époque de progrès technique et d’émancipation.

Depuis environ une trentaine d’années, plusieurs scientifiques enthousiastes affirment qu’une invention pourrait mettre fin au portrait terne de la société capitaliste de consommation et du même coup enclencher une nouvelle «renaissance». Effectivement, au même titre que l’imprimerie classique, l’imprimerie en trois dimensions ou la fabrication additive aurait le pouvoir de remettre en cause les fondements mêmes de la société contemporaine. Dès lors, le magasine The Economist ne pèse par ses mots en affirmant que l’imprimerie 3D constitue littéralement une « troisième révolution industrielle ». Dans le court article qui suit, on illustrera le potentiel révolutionnaire de ce procédé technique.

Qu’est-ce que la fabrication additive ?

Tout d’abord, il est nécessaire de faire un bref survol de la technique d’imprimerie en trois dimensions afin d’en comprendre les impacts. Ainsi, on peut définir l’imprimerie additive ou en trois dimensions comme un procédé technique moderne qui permet la fabrication d’objets par une superposition de plusieurs couches d’un matériau quelconque. Présentement, on utilise surtout le fil de cire, plastique et même des fils de certains aliments comme le chocolat. Quoi de mieux que d’imprimer son chocolat favori ! L’avantage d’un tel procédé réside dans le fait que l’on n’a pas besoin de construire des pièces séparées et de les assembler par la suite comme dans un modèle fordiste par exemple. En plus, le fait d’imprimer toutes les parties d’un objet d’un seul coup évite que les pièces d’un objet proviennent des quatre coins du monde.

Démocratiser l’innovation

Pour continuer, la révolution sociale inhérente à l’imprimerie en trois dimensions passe par la démocratisation de son usage. En effet, depuis une trentaine d’années, le prix des imprimantes a chuté considérablement au point où il tourne autour de 1000 $ aujourd’hui ce qui permet au grand public de s’approprier cette technologie de pointe. En conséquence, sans faire affaire avec une entreprise privée, le citoyen moyen peut maintenant imprimer les objets dont il a besoin sans intégrer une logique de marché. Ainsi, aux yeux de Marx, on pourrait dire que l’imprimerie 3D a un potentiel révolutionnaire puisqu'elle va modifier considérablement l’infrastructure économique et les rapports de production. De ce fait, l’appropriation de l’imprimante 3D par le peuple pourrait littéralement contrecarrer la dépendance des citoyens envers des grandes entreprises qui produisent des biens de consommation.

Peut-être que dans 10 ans, nous n’aurions plus besoin d’acheter nos vêtements à une multinationale comme Nike, nous pourrions les fabriquer sur mesure dans le confort de notre salon. De plus, grâce au média de l’internet, des sites comme Thingverse.com permettent au public de télécharger gratuitement les plans d’un objet. Donc, dans un futur rapproché, ce ne seront plus nécessairement les universités, la NASA ou même les grandes entreprises qui seront propriétaires de la nouvelle technologie d’impression 3D, mais bien le peuple.

Le Fab Lab

Du même coup, si l’on veut servir le bien public, la propagation de l’imprimerie en trois dimensions devra nécessairement se faire par des visionnaires comme Olivier Smiljanic. Effectivement, Smiljanic est un entrepreneur schumpetérien typique qui a vu loin en créant la communauté des Fab Labs dans le quartier Rosemont à Montréal. Ainsi, guidé par l'idéologie du progrès, il cherche constamment à créer de nouvelles combinaisons dans le domaine de la fabrication additive. Par exemple, depuis plusieurs années, lui et son équipe du Fab Lab tentent d'élargir le champ des matériaux de la fabrication additive, notamment en tentant de créer des alliages de métal sous la forme de nanoparticules. Reste que sa création principale est le Fab Lab de Rosemont qui adopte une philosophie particulière allant à l’encontre de la vision traditionnelle de l’entreprise capitaliste.

Dès lors, objectif principal de cet endroit est de permettre au grand public d’accéder librement à des outils et à des machines de pointe, mais aussi de transmettre à toutes les tranches de la population le savoir spécifique lié à cette technologie. Par conséquent, il est indiqué dans la charte des Fab Labs qu’il faut partager les plans et les instructions avec la communauté. Contrairement à une entreprise capitaliste fondée sur le profit, les Fab Labs vont créer un capital de bien commun qui est améliorable à l’infini par les membres de la communauté grâce à des logiciels libres comme Thingverse.com. Si l’on fait un parallèle avec la théorie de la propriété de Proudhon, on peut affirmer que les Fab Labs représentent une forme de possession dans laquelle la propriété du travail est collective. Donc, les Fab Labs sont des organismes communautaires qui véhiculent un développement technologique par la propriété intellectuelle collective au lieu de la propriété privée.

Conclusion

Pour conclure, l’imprimerie 3D est vectrice d’un changement profond au sein de la société moderne. Toutefois, cette technologie reste encore à être développée et la question reste à savoir si les Fab Labs vont survire dans l’entreprise-monde. Malheureusement, plusieurs brevets arrivent à leur échéance bientôt et ceci va mener à une compétition féroce entre les entreprises capitalistes et les organismes communautaires comme les Fab Labs. Assisterons-nous à un renouvellement du capitalisme où l’entreprise privée aura le contrôle de cette technologie ou bien une réforme totale du système de production? Seul l’avenir nous le dira.

- Francis Lavigne Therrien

Références 

1. Revue scientifiqueCorniou Marine, Le futur fait bonne impression, Québec Science ; Vol. 53 no. 6, Mars 2014, Montréal, p. 16-25

2. Notes de coursNoiseux, Yanick. (2014) Partie 1 La vision du monde fondatrice de l’entreprise : Production et travail, Marx. [Présentation PowerPoint]

Noiseux, Yanick. (2014) Partie 1 La vision du monde fondatrice de l’entreprise : L’innovation et l’idéologie du progrès, Schumpeter [Présentation PowerPoint]

Noiseux, Yanick. (2014) Partie 1 La vision du monde fondatrice de l’entreprise : La propriété, Proudhon [Présentation PowerPoint]

3. Photoshttps://airwolf3d.com/3d-printer-product/
http://www.briansolis.com/2008/07/social-revolution-is-our-industrial/
http://www.netpublic.fr/2012/10/fab-lab-bibliotheque-exemples-mode-d-emploi/

2 commentaires:

  1. Un article récent dans le même sens pour prolonger les arguments :
    Y. Rumpala, « L’impression tridimensionnelle comme vecteur de reconfiguration politique », dans la revue Cités, n° 55, 2013.
    (une ancienne version est disponible sur le blog de l'auteur : http://yannickrumpala.wordpress.com/tag/imprimantes-3d/ )

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