L’innovation, le moteur du capitalisme, comme l’illustre Schumpeter, est aussi une cause directe de la pollution. De nouveaux produits et de nouvelles technologies garnissent cycliquement les étagères des magasins à des rythmes effrénés. Les clients achètent ces produits qui les comblent pour quelque temps seulement. Les produits se retrouvent à la poubelle et sont ensuite envoyés dans les décharges. Hors, les décharges ne sont pas toutes contenues. Certaines ont été abandonnées il y a plusieurs années. Les dangers de contamination des terres et des eaux ne sont donc plus de la responsabilité de personne.
C’est ce qui est arrivé avec la décharge de la commune de Bordes, dans le sud-ouest de la France. La décharge abandonnée depuis 1998 voit ses murs se dégrader, et étant de plus en plus proche des eaux du Gave de Pau, rivière qui se jette dans l’océan Atlantique, les dangers de contamination augmentent rapidement. Déjà, à chaque grande crue, la rivière apporte avec elle des tonnes de déchets, comme en 2013 par exemple, lorsque la rivière a engloutie près de la moitié des déchets de la décharge. C'est après des années seulement que la commune de Bordes décide d’établir un plan d’action. Ils auront attendu à la dernière minute, au moment où les chances d’éviter une catastrophe environnementale sont presque nulles avant de commencer une dépollution de la zone. C’est seulement grâce à l’association Pose ta graine que ce projet a vu le jour. C’est aussi ce qui s’était passé avec la décharge de Beaucens. Cette catastrophe n’a par contre pas été suffisante pour prévenir le pire avec la décharge de Bordes! Ces évènements ne sont que des exemples des conséquences d'une société de consommation sur l'environnement.
L’innovation de Schumpeter, dans les mains des entrepreneurs, avait pour objectif de réaliser un rêve, de créer de meilleurs produits. (Schumpeter, 1942) Les réelles motivations, aujourd’hui, sont plutôt celles de faire toujours plus d’argent. L’entrepreneur est remplacé par la manager, pour qui la seule fonction est d’atteindre une idéale rentabilité, et ce, même au détriment des employés (De Gaulejac, 2005). Il faut donc que les produits se vendent toujours plus, et pour ce faire, quoi de mieux que de vendre du nouveau et du ‘‘meilleur’’! Quoi de mieux que de s’assurer que certains produits ne fonctionnent pas plus que quelques années. L’innovation est donc au service de la rentabilité. Il faut créer une demande régulière pour que la compagnie soit rentable. Dans une économie capitaliste managérial, il ne s’agit donc plus seulement d’une destruction créatrice des anciennes idées et technologies, mais d’une destruction créatrice de l’environnement!
De plus, la compagnie Turboméca, qui a envoyé des tonnes de déchets à la décharge, ne veut pas se rendre responsable non plus. Dépolluer la zone qui touche le Gave de Pau coûterait près de 5 millions de dollars, et c’est hors de question pour cette entreprise aéronautique, membre de la multinationale Safran, de verser un sous! L’association Pose ta graine a donc parti une pétition, dans le but de ramasser des fonds pour nettoyer la zone, mais le constat est plutôt sombre. Auront-ils le temps de dépolluer la décharge avant que les prochaines crues emportent tout sur leur chemin et causent une autre catastrophe environnementale ?
Article :
https://mrmondialisation.org/des-tonnes-de-dechets-se-deversent-peu-a-peu-dans-le-gave-de-pau/#more-87671
Sources :
- De Gaulejac, Vincent. « Le management entre le capital et le travail », dans La société malade de la gestion, Paris, 2005, pp. 25-44.
- Schumpeter, Joseph. « Le processus de destruction créatrice », Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942, pp. 91-96.
Par Tanika Ferron Ritchie
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