Bill Readings, défunt penseur
et ancien enseignant à l’Université de Montréal, s’est questionné sur la quête
des institutions du savoir nord-américaines et en est venu à une conclusion sur
la mission de ces dernières. Il affirmait que, désormais, l’université
n’est plus un vecteur de la culture, mais un simple modèle de bureaucratie
entrepreneurial qui a pour but de favoriser sa réussite économique sur le
marché concurrentiel de la modernité (Readings : [1997] 2013 : 62). Dans
leur article, L’université n’est pas une
entreprise, Éric
Martin, doctorant en science politique et Maxime Ouellet, enseignant au
collège Lionel-Groulx en sont venu
à décortiquer comment l’université québécoise en était venue à marchandiser le
savoir.
Ces auteurs commencent en
citant le très cher recteur de l’UdeM et sa façon de concevoir l’université. Dans
les mots de Guy Breton, « les cerveaux doivent correspondre aux besoins
des entreprises » (Breton : 2011). Brièvement, selon notre
compréhension de ce dernier, l’université c’est comme un travailleur du sexe
qui doit se plier au bon vouloir de son proxénète de fer. Au diable les
citoyens éclairés, soyons rationnel et produisons des ouvriers! En affirmant
que l’université doit répondre à la demande des entreprises, Guy Breton nous
dit que nous devons revoir l’organisation de nos universités et l’enseignement
qui y est offert. Cette nouvelle vision de l’université semble découler d’une entreprisation
du monde qui s’opère actuellement. Pour Andreù Solé l’entreprisation du monde
consiste en, « […] la force organisatrice de ce monde, une manière de dire
que notre monde est organisé par et pour l’entreprise […] » (Solé :
2008 : 27). Donc, Breton réorganise notre institution du savoir en usine à
têtes vides qui sauront comment écrire un texte, mais qui seront limité dans le
contenu de ce dernier. Bref, ils seront parfaits pour remplir des formulaires
et des rapports comme de bons technocrates.
Martin et Ouellet soulignent que ce même
recteur propose une hausse des droits de scolarité. L’université est une
entreprise, oups, une organisation en manque de capital, selon monsieur Breton.
L’âme de l’entrepreneur capitaliste semble
de plus en plus le possédé. Aussi, lorsqu’il désigne sa population étudiante
comme le bon « peuple » désinformé lors d’une entrevue, ce dernier agit comme l’entrepreneur
qui domine sa main-d’œuvre par sa position de privilégié (Mariette : 2016 :
3). Il ne faut surtout pas oublier que toutes bonnes manufactures capitalistes
possèdent son entrepreneur-chef ou plus récemment son gestionnaire (Solé :
2008 : 33). Par contre, Guy Breton ne mentionne pas que le budget consacré
à la recherche n’arrête pas d’augmenter sous prétexte que ce champ de
l’université rapporte plus de gains financiers (Martin et Ouellet : 2011).
En finançant ainsi ce domaine, il espère que les protagonistes de ce milieu
réussiront à produire du savoir qui intéressera les entreprises privées. Il
veut commercialiser le savoir universitaire par des brevets qui seront
consommés par les industriels de ce monde. Bref, le travail de
l’université et de ses chercheurs sera désormais dicté par de riches bourgeois
possédant des entreprises privées. Dans les faits, l’UdeM et son recteur agissent de façon rationnelle en
investissant dans le secteur le plus rentable selon eux. Ils ne font que suivre
la tangente rationalité-efficacité de l’entreprise (Solé : 2008 : 36).
Il faut croire que le monde industriel est un merveilleux berger, car notre
université s’en imprègne et le suit aveuglément, même au profit de sa valeur
fondamentale, c’est-à-dire la diffusion du savoir
Par contre, ce partenariat
entre l’université et le privé ne rapporterait qu’aux entreprises et serait très
peu profitable pour nos institutions du savoir (Martin et Ouellet : 2011).
En effet, la gestion juridique des brevets et la recherche de subvention par
nos nouveaux gestionnaires ou technocrates font en sorte que les universités et
le gouvernement sont les grands perdants de ce partenariat. Ce sont eux qui assurent
les frais liés à cette nouvelle bureaucratie et non les entreprises privées qui
profiteront des brevets. Une hiérarchie claire s’installe entre les entreprises
et nos universités. Cette relation qui se rapproche de l’exploitation fait en
sorte que l’université n’a d’autre choix que d’augmenter ses frais de scolarité
et de marchandiser le savoir pour se financer. Solé avait bien raison, « ce
sont les entreprises qui produisent notre manière de vivre » (Solé :
2008 : 43). Dès lors, nos universités devront mettre leurs atouts en
avantage pour que leurs clients, les étudiants, soient de bons consommateurs. Nous
ne sommes plus en présence de l’institution traditionnelle de l’université,
mais d’une des sphères de l’entreprise-monde. Si l’entreprise créée l’Homme
égoïste et individuel, elle peut aussi créer l’Université Inc. (Solé :
2008 :47).
Jean-François Cazes, enfant du « peuple »
ANDREÙ, Solé (2008). «
L’entreprisation du monde », dans Repenser
l’entreprise (sous la direction de Jacques Chaize et Félix Torres, Le
cherche midi, pp. 25-54.
MARIETTE,
Alice (2016). « À quelques milliers près », dans Quartier libre, Vol. 23, n°14, p.3.
MARTIN,
Éric et OUELLET, Maxime (2011). « L’université n’est pas une entreprise» dans Le Devoir. Mis à jour le 26 octobre
2011, ˂ http://www.ledevoir.com/societe/education/334522/economie-du-savoir-l-universite-n-est-pas-une-entreprise
˃. Consulté le 16 mars 2016
READINGS,
Bill ([1997] 2013). Dans les ruines de l’université,
Québec, Lux Éditeur.
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