Entre migrer à
travers l’Europe vers l’Afrique chaque hiver ou rester sur place, les cigognes
ont vite choisi. Pas bête cette évolution? Oui mais non, parce qu’en fait elles
n’ont rien choisi du tout: le réchauffement climatique les incite
naturellement à rester en climat méditerranéen, et donc à adopter un nouveau
régime. Et elles ne sont pas les seules à devenir sédentaires. Ça tombe bien,
comme sur l’île aux fleurs (Jorge Furtado : 1989), le Portugal regorge de
décharges à ciel ouvert, résultat d’une société de consommation très poussée.
Bien qu’un reste de pizza soit
sûrement moins croquant sous la dent qu’un escargot, nous nous accorderons pour
dire que les sacs plastiques, eux, sont moins faciles à digérer.
Cet article correspond à un
enchainement de conséquences, que l’on découvre dans un des textes ci-dessous
de Tanika Ferron
Ritchie, Destruction
créatrice et conséquences environnementales. On y lit que selon Schumpeter, l’innovation est le
cœur de la société capitaliste, et la constante élaboration et fabrication de
nouveaux produits engendre nécessairement le rejet des anciens. Ajoutez à cette
recette une mauvaise gestion de tout ce qui est recyclable ainsi qu’une surconsommation
de notre part et vous obtenez les nouveaux menus de restauration des
différentes espèces animales. Alors si le capitalisme est un phénomène
dynamique, un processus d’évolution, est-ce que ses conséquences le suivront ?
Est-ce qu’il faut laisser-faire le marché, laisser la main invisible faire son
travail comme le disait Smith et espérer que les cigognes évolueront en
s’adaptant (à nous)?
En réalité, cette idéologie de création
destructrice nécessite des institutions adaptées, et ces décharges résultent
justement d’une lacune de ces dernières, d’un problème profond de gestion
majoritairement dans les mains d’entreprises privées.
Le déchet est pourtant créateur d’emplois et
d’argent, déclencheur d’innovations, et surtout possède de la valeur, et répond
donc à tous les critères de restructuration des activités énoncés par
Schumpeter. Il ne reste alors plus qu’à l’encadrer des bonnes institutions,
qui, bien sûr répondent aux besoins économiques, environnementaux et sociaux.
Marshal Sahlins évoque le concept de rareté dans
les sociétés occidentales modernes, qui fait suite à une culture de besoins et
d’envies illimités, impliquant nécessairement la destruction de nos biens
vitaux qui ne sont pas illimités: l’eau, la terre, l’air. Ce concept est
d’autant plus pertinent lorsque l’on voit de telles conséquences sur la chaîne
alimentaire. Effectivement, ce mode de vie nous est propre, il ne pourrait
s’étendre à tous les humains et encore moins au reste du monde vivant sans
compromettre considérablement la vie de chacun, pourtant c’est ce qui est en
train de se passer.
À l’image de ces cigognes, nous ne sommes pas,
finalement, si différents. Sauf que nous possédons un télé-encéphale hautement développé et un pouce préhenseur, par
elles.
Le capitalisme, profondément orienté vers l’action
rationnelle en finalité, engendre sa propre perte, il ne se contrôle plus,
évolue trop vite, la bureaucratisation le bloque. Ce capitalisme et les
cigognes ont-ils, tels qu’on les connait aujourd’hui, un avenir? La protection
de l’environnement est-elle compatible avec le capitalisme?
L’île aux fleurs, court-métrage documentaire, Jorge Furtado, 1989
Yanick Noiseux, dans le cadre du cours Sociologie des organisations
SOL2403, Séances 2 et 7
Schumpeter, Joseph, A. «Le phénomène fondamental de l’évolution
économique», Théorie de l’évolution économique, Recherches sur le profit, le crédit, l’intérêt et le cycle de la
conjoncture, paragraphe III, 1911, pp. 74-92.
Schumpeter, Joseph, A. «Le processus de destruction créatrice» et «
Les murs s’effritent», Capitalisme,
socialisme et démocratie, 1942, pp. 91-96 et 143-154.
Sahlins, M. «La première société d’abondance», dans Âge de pierre, âge d’abondance.
L’économie des sociétés primitives, Paris, Gallimard, 1976 [1972], pp. 37-81
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire