lundi 28 mars 2016

La collectivité sous le bistouri marchand

Le 21e  siècle est une époque où la marchandisation bat son train à un tempo rythmé par l’évolution en continuelle accélération des sociétés humaines. Tel que Francis Cousin l’a amené dans son ouvrage intitulé l’être contre l’avoir, qui fait une relecture radicale des idées de Marx, le mode de production capitaliste est en perpétuelle recherche avec l’aide du politique à intégrer en son sein de nouveaux marchés. Par conséquent, le système capitaliste cherche à ouvrir des marchés potentiels par l’intégration d’un amalgame de phénomènes sociaux jusque-là jamais colonisés. C’est par le fruit de cette logique que l’immigration fût une nouvelle voie pour générer de la main-d’œuvre à bas prix, pour les états démocratiques et capitalistes de l’occident.[1] La marchandisation du corps des femmes par le commerce des ovules, des mères porteuses et des cellules souches, ouvrit la voie à des nouvelles possibilités mercantiles pour un marché des corps, qui sera nommé subséquemment la bioéconomie. [2] Cependant, un secteur de la vie collective qui ne fût, du moins pas en totalité malgré les tentatives, soumis au bistouri capitaliste marchand fut l’État. Ce dernier a été défendu par maints intellectuels justifiant que son but en finalité n’était pas le profit, mais bien de pourvoir aux besoins et au bonheur de ses citoyens. Néanmoins, un montréalais du nom de Guillaume Dumas ancien étudiant à la maîtrise en sociologie de l’Université Laval nourrit ce rêve, que certain peuvent juger d’hasardeux, de créer un État privé ayant comme finalité le profit. L’idée de Mr. Dumas naquit lorsqu’il a constaté que sa maîtrise en sociologie ne lui rapporterait peut-être pas les attentes escomptées conjugué au caractère discutable des décisions prises par nos élus.

Le fonctionnement d’un état-entreprise, selon notre protagoniste, reposerait d’abord sur une économie du savoir dépourvue d’imposition sur le revenu. Chaque employé de cette dernière bénéficierait d’un salaire de citoyenneté afin de rendre le travail optionnel. Cette initiative aurait comme but de stimuler l’entrepreneuriat et l’État-entreprise se financerait à partir des profits générés par les entreprises sur son territoire, afin de maintenir ses infrastructures. Alors avec cette politique, les citoyens travailleraient à revenus égaux pour le bien commun. De plus, fidèle à la logique d’organisation entrepreneuriale l’État imaginé par Dumas serait dirigé par un conseil d’administration ayant comme but de maximiser ses profits pour les actionnaires. Toutefois, les décisions prises par le conseil devront être alignées avec les intérêts de ses citoyens. L’État-entreprise aurait également sa propre cryptomonnaie lui permettant de s’auto-financer. Donc, en résultante cet hypothétique État-entreprise pourrait constituer la clé de voûte du postulat avancé par Andreu Solé dans le chapitre nommé « l’entreprisation du monde » de l’ouvrage écrit en collectif connu sous le nom de  Repenser l’entreprise, soit que l’entreprise est la force organisatrice du monde. Celle-ci caractérise, imprègne, les individus tout en déterminant et orientant les façons dont ils perçoivent, appréhendent, sentent, craignent le monde tridimensionnel de l’humanité. Au même titre que l’église gréco-romaine domestiqua l’Europe[3] par l’imposition de sa doctrine, l’entreprisation du monde est en voie de marchandiser à grands pas la vie humaine dans tout son éventail de facettes.  L’idée de Guillaume Dumas, encore au stade d’embryon, a le potentiel d'anéantir les enceintes d’un des derniers monopoles existant en ce monde. Selon notre instigateur, nous sommes rendus à une époque où de toute façon des entreprises plus agiles entrent en compétition avec des monopoles et des états tentant de briser les réglementations marchandes instituées à grands traits d’écritures législatives.

Ainsi, le festival de la marchandisation bat son plein pour permettre au système capitaliste, ainsi qu’à son médium à l’apparence métamorphe dénommé entreprise, de survivre grâce à une respiration artificialisée à coups de greffes, lui permettant de ce fait d’élargir et d’affirmer son emprise tentaculaire sur les vies humaines. Est-ce qu’une entreprise-monde totalisée verra le jour avec l’intégration de ce nouveau marché, qui il n’y a pas si longtemps était vu comme presque intouchable en tant que droit divin monarchique, puis par la suite collectif? Est-ce que l’entreprise-monde pourra, à l’instar de la religion des temps médiévaux, infiltrer le monde politique et s’accaparer complètement non seulement de sa gestion, mais aussi de ses profits, ses idéaux, dans un but ultime de profitabilité joignant en symbiose l’idéologie libérale et communiste? Guillaume Dumas a par contre besoin d’un état intrépide pour mettre  en branle son idée. Il a donc le regard tourné vers les pays Baltes où il espère trouver preneur afin de bâtir son prototype avec l’aide d’investisseurs privés. Est-ce que l’originalité d’un montréalais ancien étudiant en sociologie ouvrira à tambours battants les portes de la marchandisation des états, qui en effet sont déjà confrontés les uns aux autres, ou aura-t-il simplement stimulé une réflexion ontologique à propos des gouvernements?

Écrit par Maxime Amblard B
                                                                                                                           
Bibliographie


Francis Cousin, 2012,  L'être contre l'avoir. Pour une critique radicale et définitive du faux omniprésent..., Retour aux Sources.

Lafontaine, Céline, 2014, « Le corps marché; la marchandisation de la vie humaine à l’ère de la bioéconomie, La couleur des idées, Éditions du Seuil.

Andreu Solé, (2008). « L’entreprisation du monde », dans Repenser l’entreprise (sous la direction de Jacques Chaize et Félix Torres, Le cherche midi, pp. 25-54.




[1] Cousin, Francis, L'être contre l'avoir.
[2]Lafontaine, Céline, Le corps marché.
[3]Solé, Andreu, Repenser l'entreprise.

1 commentaire:

  1. Dans le même esprit, il y a ceci aussi sur les villes privées au Honduras.
    http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/09/05/liberal-trois-villes-privees-vont-bientot-sortir-de-terre-au-honduras/

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