Dans ce monde moderne que nous qualifions d’entreprise-monde,
l’homme moderne commercialise tout ce qui se trouve sur son passage. Mais qu’en
est-il des limites éthiquement correctes? C’est la question que je me suis
posée suite au visionnement du documentaire «Beauté fatale» réalisée par une
étudiante féministe de l’Université de Montréal, Léa Clermont-Dion. Celui-ci
commence avec une réflexion très éloquente dans laquelle beaucoup de femmes pourront
se reconnaître.
«Quand je "frappe" sur Google Beauté, ce que je vois, ce sont des femmes. Des femmes retouchées, des femmes maquillées, des femmes minces, des images qui m’ont déjà fait rêver du temps où je jouais à la Barbie. Qui m’ont aussi fait souffrir quand j’ai commencé à chercher la Barbie dans le miroir. […] Mais je n’y échappe pas non plus au culte de l’image. Ça s’arrête où notre obsession? »
Saviez-vous que l’industrie des cosmétiques génère un
revenu mondial de plus de 382 milliards de dollars chaque année? Vous
comprendrez peut-être mieux ce chiffre en prenant connaissance que seulement 4%
des femmes affirment se trouver belles. Le corps idéal véhiculé par les médias
à un prix monétaire. En effet, lorsqu’il est question de maquillages, de crèmes
de soins, d’un abonnement dans un centre de conditionnement physique, de
chirurgies esthétiques et j’en passe, la femme moderne a de quoi être prête à investir
dans son idéologie fictive. Mettre un prix à un corps parfait, c’est
commercialiser un élément trop subjectif, trop personnel.
Si la femme se base sur une image publique afin de se
fixer des objectifs corporels, sait-elle qu’elle ne sera pas la seule à suivre
ce chemin? En réalité, la beauté se manifeste de tellement de manières
différentes, alors qu’arrive-t-il lorsqu’il y a un seul modèle promu? C’est
dans ce questionnement que me vient l’allusion au concept d’individualisation
de Tocqueville. Si beaucoup de femmes ont les mêmes objectifs, il devient impossible pour chacune de se
distinguer de la masse. Si la femme fatale affichée dans une publicité de
parfum attire tous les regards, qu’arrivera-t-il lorsque beaucoup de femmes lui
ressembleront? Elle ne sera plus démarquée, elle sera simplement comme les
autres. C’est ce que Tocqueville appellerait la moyennisation. Sans oublier qu’en
fait cette image est généralement très retouchée, ainsi, la femme qui voudrait
être pareil ne verrait jamais ses objectifs se réaliser. En fixant des
images inatteignables, l’industrie de la beauté met en place un grand pilier
économique en créant des besoins illimités.
C’est certainement provocateur comme commentaire mais
vous ne croyez pas qu’un grand misogyne tel que Proudhon serait satisfait de voir
la femme moderne se contraindre à une idéologie fictive du corps véhiculée par
la société? La question inévitable est de savoir pour qui le fait-elle? Pour
son bien-être ou pour plaire à l’homme? Bien à vous de vous questionner sur le
sujet.
Les rapports sociaux entre humains sont trop souvent réduits
à un concept d’échange. Tout à un prix, tout est commercialisé. Y a-t-il des
limites à la pression exercée sur le corps? Des titres comme «Il faut souffrir
pour être belle» ; «Investissez dans votre beauté» et «Soyez belles, vous serez
aimé» sont des choses qui sont réellement affichés dans des revues ayant comme
public des femmes de tous âges. C’est tellement paradoxal comme situation
puisque lorsque vient le moment à une femme de dire «Non!» à ce modèle unique,
elle se fait rapidement rattrapée. Non mais sincèrement, qui n’a pas envie d’être
belle aux yeux des autres? Posez-vous la question. Le problème résolu serait qu’il
n’y ait plus un seul modèle de beauté, assumons nos différences, elle est là la
beauté de la femme. Ne laissez pas une entreprise axée sur les profits réduire
votre beauté. Soyez bien et vous serez belles.
Référence
CLERMONT-DION, Léa. Beauté Fatale, Télé-Québec, décembre 2014.
CLERMONT-DION, Léa. La revanche des moches, VLB éditeur, mars 2014, 303 pages.
TOCQUEVILLE, Alexis. De la démocratie en Amérique II. Les classiques des sciences sociales, 1840.
TOCQUEVILLE, Alexis. De la démocratie en Amérique II. Les classiques des sciences sociales, 1840.
ELLE QUÉBEC. Titres éloquents vu dans différentes éditions de 2014.
Katherine Parent
Très bon article, je suis tout à fait d'accord avec le fait que les femmes sont soumises à des normes de beautés selon le plus jeune âge. En revanche, il aurait peut-être été intéressant de se dévier du fatal féminisme omniprésent dans l'article afin d'aborder également la question des normes de beauté masculines qui sont de plus en plus présentes de nos jours dans les sociétés occidentales !
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RépondreSupprimertrès bon artice aussi meme si caroline a raison sur le fait que tu as occulté la question de normes de beauté masculine ce fatal féminisme représente la seule facon pour elle de s'exprimer.
RépondreSupprimerAlexandre Jourdain