L’article intitulé « Les
limites du logement social » dans Le Devoir du 22 juin dernier expose les positions divergentes de
différents acteur-trices communautaires sur les solutions nécessaires pour
répondre aux besoins de la population en matière de logement social. Clés en
main, organisme de la ville de Québec qui aide les personnes avec des problèmes
graves de santé mentale à se loger, dans des appartements du marché privé,
favorise plutôt les programmes de supplément au loyer (PSL) qui sont distribués
dans le marché locatif de certains quartiers.
Les logements non subventionnés dans les coopératives d’habitation demeurant
vides d’après cet organisme, une augmentation du nombre de PSL serait la
solution. De plus, la population
desservie par Clés en mains trouverait difficilement des logements dans des
coopératives d’habitation où les membres doivent participer à la gestion
collective.
Quant
au Front d’action populaire en réaménagement urbain regroupement, plus
communément nommé FRAPRU, déjà en 2014, ce
regroupement national de 155 organisations membres revendiquait plutôt la
création de 50 000 logements sociaux en 5 ans. (site web du FRAPRU) Loin de constater des
logements vides, le FRAPRU et d’autres acteurs réputés déplorent le manque de
grands logements dans les villes et les très longues listes d’attente pour
l’obtention de logements sociaux. Le FRAPRU revendique trois types de
logements, des coopératives d’habitation, des logements sans but lucratif
(cette formule sans gestion collective ni tâches obligatoires convient
davantage à des personnes ayant des besoins particuliers) ainsi que des
habitations à loyer modique et, surtout, elle s’oppose aux PSL.
Qu’aurait
pensé Pierre-Joseph Proudhon de ce débat?
Le fondateur de l’anarchisme était très critique à l’égard de la
communauté qui
« (…) est oppression et servitude (…) Elle est essentiellement contraire
au libre exercice de nos facultés (…) en comprimant la spontanéité de l’esprit
et du cœur, le libre arbitre dans l’action et dans la pensée; (…) en
récompensant par une égalité de bien-être le travail et la paresse, le talent
et la bêtise, le vice même et la vertu. » (Proudhon 1840 : 30)
La
coopérative de logements présente, en effet, des caractéristiques de la communauté
proudhonienne. Si la participation à la gestion collective est un critère
d’admission pour les membres résident-es, dans les faits, cette condition
imposée à tous est respectée seulement par une partie des membres, créant ainsi
une inégalité de travail « contraire au libre exercice des facultés »
(1840 :30) que Proudhon n’aurait
apprécié.
Des
revendications du mouvement communautaire, Proudhon serait davantage découragé du
fait qu’elles ne remettent aucunement en cause la propriété privée. Si certain-es résident-es des logements
sociaux ont droit à des subventions au loyer, illes ne deviennent jamais
propriétaires de leur logement. L’atteinte de l’égalité, concept cher à Proudhon,
n’est donc pas possible puisqu’une partie de la population demeure locataire,
tandis que l’autre propriétaire. Autant dire qu’une partie de la population
s’approprie de la richesse de l’autre. Si nous suivons la pensée proudhonienne,
oserions-nous affirmer que ces organismes sont en contradiction avec leur
mission de justice sociale, car elles ne s’attaquent pas au principe de
propriété privée, qui exclut l’égalité?
Finalement,
Pierre-Joseph Proudhon aurait certainement été inspiré par le campement du
logement du FRAPRU du mois de mai. En
effet, à la propriété, il opposait l’occupation, principe selon lequel la part
légitime de chacun varierait en fonction du nombre d’occupations et de biens
disponibles. (Proudhon 1840 : 11) En
somme, à l’ère de l’austérité et des coupures au programme Accès logis qui
finance la construction et la rénovation de logements sociaux, plus de
personnes auront de difficultés à se loger dignement. Notre auteur aurait sans doute souhaité que
le mouvement communautaire embrasse avec force le concept d’occupation, seul à
même, d’après lui, d’offrir « (…) un asile ouvert aux absents, aux
orphelins, à tous ceux qui ne peuvent connaître ou défendre leurs droits. »
(Proudhon 1840 : 20)
Par Susana Ponte
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