Quand on parle d’entreprise-monde,
on n’imagine
pas à quel
point cette organisation est centrale dans notre vie quotidienne. Ce qui m’intéresse
est le fait que cette centralité n’est
pas encore arrivée à son
sommet, mais au contraire, elle s’enracine
de plus en plus d’une manière
vertigineuse dans la vie quotidienne des individus. Par contre, on peut voir
une nouvelle tendance qui se met en place en modifiant la structure économique
et le jeu du marché profondément.
On parle ici de l’économie collaborative.
En effet, l’économie
collaborative ou « sharing economy » c’est
le fait d’échanger des services via internet, en
forme de troc, parfois gratuitement ou contre un paiement pour ‘arrondir
les revenus’ de ceux qui offrent le service. C’est
une nouvelle vision de la consommation où l’individu
n’est
plus intéressé à la
possession, mais plutôt à l’utilité,
à la
satisfaction d’un besoin immédiat.
Ainsi, l’individu isolé,
fruit du capitalisme et de la démocratie
(selon Tocqueville), se voit élargissant
ses réseaux
pour avoir accès au service dont il en a besoin, et
remplaçant
l’idée
de propriété par
l’utilité.
Ainsi donc, on voit qu’il
y a une certaine dissociation entre l’individu
et la propriété qui
s’introduit
dans la société par
le biais de la consommation collaborative :
« La
consommation collaborative permet à la
population de réaliser l’énorme
bénéfice
d’accéder à des
produits et services au-delà de
la propriété ».
En effet, Pierre-Joseph Proudhon avance dans sa conception de propriété moderne
cette dislocation entre l’individu
et ce qu’il possède,
ce qui pour être mis en lien avec cette nouvelle économie
collaborative. C’est dans cette séparation
que l’individu
permet une invasion totale de l’idéologie
d’entreprise
dans sa vie privée et quotidienne. Le fait d’acheter
pour être
propriétaire
n’est
plus nécessaire
ni si attirant, les individus ont maintenant le choix de louer ou emprunter à court
terme ce dont ils ont besoin, par exemple le service car2go
ou le covoiturage. De même, il peut aussi offrir lui-même
des services, tels que le couchsurfing, petsitting, ou même
s’offrir
comme guide touristique, de restaurants, bref une quantité innombrable
de services est possible et offert de nos jours.
D’autre
part, cette tendance favorise un élargissement
des réseaux
sociaux des individus au moment où elle
s’insère
dans la vie des individus puisqu’elle
existe par le biais des relations interpersonnelles. Ces relations sont basées
sur la confiance, un trait très
important qui est mis en avant par les sites internet en permettant aux
utilisateurs de faire des ‘reviews’ qui
hiérarchisent
la qualité du service et le niveau de confiance
qu’on
peut avoir sur la personne qui offre le service ou qui le requiert. Ce type de
relations économiques C2C
réduisent
donc l’individualisme
si redouté par Alexis de Tocqueville.
Effectivement, l’individu centré sur
lui-même
et ses proches, soucieux avant tout de son bien-être
matériel,
perpétuellement
insatisfait de son sort présenté par
Tocqueville comme le résultat de l’industrialisation
ne peut pas s’appliquer complètement
aux individus participants à cette
nouvelle économie collective. On se demande donc
si en globalisant cette nouvelle façon
de mener les rapports économiques pourraient réduire
cette caractéristique présente
de nos jours dans les sociétés
développées
et ainsi favoriser un certain retour à une
société plus
du type collectiviste où priment les liens sociaux et la
confiance sur l’économie et la productivité.
Par Maria Rubio
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