Dernièrement, je suis tombé sur un article du Journal La Presse parlant de la venue à Montréal
de l’homme d’affaire américain Jack Welch. Le texte, intitulé Jack Welch : les lois du marché
d’abord, brossait un portrait éloquent de cet ancien PDG de General
Electric, reconnu par plusieurs comme étant le plus grand manager du siècle
dernier, notamment par la revue Fortune.
Dans le préambule du texte, on rapportait les paroles de ce modèle de gestion
qui ont de quoi laisser perplexe. Pour le légendaire Jack Welch, « le
capitalisme est trop encadré, et une nouvelle vague de déréglementation
s’impose ».[1] Si
l’ancien champion de GE reconnait ici qu’il y un problème actuellement avec le
capitalisme, sa solution semble problématique : poussons le concept encore
plus loin. Ce que j’entends ici c’est : « Nous avons perdu le
contrôle de la voiture, accélérons pour franchir la ligne d’arrivée avant de
frapper un mur ».
Ce n’est visiblement pas ce que d’autre entendrons : Welch est venu
à Montréal pour prononcer une allocution devant la Chambre de commerce du
Montréal métropolitain et il y a fort à parier que ceux qui ont assisté à la
conférence s’y sont rendu pour entendre une référence, un mentor leur parler de
l’avenir. On peut aussi parier que le Messie n’a pas prêché dans le
désert : les intéressés étant très probablement gagnés d’avance.
Le reste de l’article décrit encore plus précisément la philosophie
d’affaire de Welch, qui rejoint souvent, à l’opposée, la matière qui a été vue en classe. Par
exemple, il avance que l’avenir de l’industrie américaine doit miser sur
l’innovation pour garantir son avenir. Sa vision de l’innovateur, par contre,
n’est sûrement pas celle de Schumpeter : Welch se fait un point d’honneur
de rappeler que durant son passage comme PDG de GE, la valeur de la compagnie a
augmentée de 4000%. À l’instar de Wal-Mart et des plusieurs autres entreprises
américaines, il prétend aussi que la mobilisation des employés est nécessaire
pour que celles-ci assurent leur pérennité. Pour Jack Welch, le rêve américain
est « palpitant ».[2]
Parmi les autres faits d’armes de celui qui est surnommé « Neutron
Jack », il y a la mise au chômage de 100,000 employés dès ses trois
premières années en poste.[3]
S’il dit qu’il n’y a pas eu d’autres licenciement durant tout le reste de sa
carrière, une brève recherche sur internet montre que Welch a instauré une
politique obligeant chaque chef de département à se départir du 10% de son
personnel le moins performant.[4]
On ne parle pas ici d’une procédure ponctuelle, mais bien d’une directive
permanente, devant être répétée annuellement. L’origine de son surnom est
éloquente : à l’image d’une bombe à neutron, Welch sait comment de
débarrasser des gens en préservant les structures.[5]
Welch défend son bilan à la tête de la General Electric en parlant des
performances de la compagnie sous sa gouverne. À son arrivée, le chiffre
d’affaire de GE était de 26 milliards de dollars US annuellement avec 440,000
employés. À son départ, 20 ans plus tard ces chiffres étaient passés de 130
milliards annuellement avec 320,000 employés.
Des chiffres éloquents, il n’y a pas à dire. Pas étonnant que les tenants
du système économique actuel voient en lui un gourou, un modèle à suivre.
Lui-même se perçoit un peu ainsi : en 2009, il a fondé le Jack Welch
Management Institute avec l’Université Chancellor. Au grand dam d’un certain
Proudhon, Welch veut maintenant enseigner le management aux générations
suivantes. Probablement très rentable, l’institut a été racheté en 2011 par
l’Université Strayer.[6]
Et c’est ici que je crois que l’histoire de Jack Welch devient réellement
terrifiante : non seulement on le glorifie dans sa manière de gérer une
corporation, mais on en fait un modèle. L’institut qu’il a fondé produira à la
chaine de nouveaux Jack Welch. Qui iront diriger d’autres corporations selon
ses méthodes. Sous son égide, 120,000 personnes ont perdu leurs emplois pour
qu’une seule personne morale engrange des centaines de milliards de dollars
supplémentaires. Qu’est qui se produira quand 5, 10, 15, 1000 Jack Welch
prendront les rênes de 5, 10, 15, 1000 corporations? N’est-ce pas concrètement
la marque de la nature autodestructrice de capitalisme?
Par Jocelyn Trottier
[1]
LAROQUE, Sylvain (2015, 26 mai). Jack Welch : les lois du marché d’abord,
in La Presse.ca, http://affaires.lapresse.ca/economie/services-financiers/201505/25/01-4872503-jack-welch-les-lois-du-marche-dabord.php
[2]
Ibid.
[3]
Ibid.
[4] Jack Welch. (2015, juin 3). Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Page consultée le juin 17 2015 à 19:35, à partir de http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Jack_Welch&oldid=115661179.
[5] Jack Welch. (2015, juin 3). Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Page consultée le 17 juin à 19:35, 2015 à partir de http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Jack_Welch&oldid=115661179.
[6] Jack Welch.
(2015, 25 mai). Wikipedia, The Free Encyclopedia. Page consultée le 17
juin 2015 à 19:57 2015, à partir de https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Jack_Welch&oldid=663902392
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