Lors du Rendez-Vous
du Savoir, le 5 octobre 2011, Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal,
disait ceci : « Les cerveaux [des étudiants] doivent correspondre aux besoins
des entreprises ». (Le Devoir, 2011) Devant ce constat, il faut se
questionner : l’éducation est-elle réellement une marchandise ? Comment
et pourquoi cette marche en avant vers une vision entrepreneuriale de
l’éducation supérieure semble-t-elle inéluctable ? Pour répondre à ces questions, revoyons brièvement
un des concepts de base qui entoure l’éducation supérieure : l’assurance
qualité.
Le mouvement entrepreneurial, ou encore, pour reprendre
les mots de Solé, cette logique « d’entreprisation du monde » (Solé, 2008 :
50), appliquée à l’éducation a favorisé de nombreux changements, notamment
durant les années 90 en ce qui a trait au concept de « qualité ».
Sous l’appellation principale « d’assurance qualité », celui-ci est devenu
central au sein des institutions universitaires, principal outil par lequel les
universités pouvaient désormais se distinguer sur le marché national et mondial
de l'éducation. Après tout, un enseignement de qualité reconnu aux yeux des
autres et de la recherche de niveau international sont ce que désirent tous les
étudiants universitaires ainsi que leur directeur, comme monsieur Breton
pourrait en témoigner. Cependant, pourquoi faudrait-il s’en méfier ? Dans
quelle mesure est-ce que le processus d’assurance qualité modifie notre
perception de l’éducation ?
Emmanuel Triby, dans L’éducation
: bien public et/ou marchandise, nous explique que la notion d’assurance
qualité dans le domaine de l’éducation présuppose une standardisation de
celle-ci. En effet, afin de pouvoir assurer la qualité du savoir produit ou de
la certification qui en résulte, un « ensemble de procédure et de contrôles »
(Triby, 2005, p.19) doivent être respectés afin de mettre tout le monde sur le
même standard. Une fois le tout standardisé, « l’évaluation »,
précurseur de la qualité, fut introduite afin de donner une « valeur » à
l’activité produite en éducation.
Dans ces conditions, l'assurance de la qualité, un peu
comme « une main invisible », modifie et contrôle les pratiques, les
priorités et les performances des institutions éducatives d’une part, mais
aussi et plus particulièrement celles des étudiants universitaires d’autre
part, créant éventuellement de nouvelles identités sociales, aspirations
professionnelles et institutionnelles. Lorsque l’assurance qualité est liée aux
récompenses individuelles et institutionnelles, en plus d’être liée aux
systèmes de réputation de ces universités, de nouveaux régimes de pouvoir sont
mobilisés. Dès lors, c’est dans cette perspective et notamment à travers ce
processus « d’entreprisation » que nous pouvons concevoir l’éducation
supérieure comme étant un bien propice à la marchandisation.
Aujourd’hui, mes expériences
personnelles m’incitent à percevoir un déséquilibre, ainsi qu’un certain
favoritisme, dans le financement des différents domaines académiques, en plus
d’une dévalorisation de certaines sciences sociales, telle que la sociologie.
Les coupures dans le milieu universitaire se sont fait fortement ressentir
depuis les dernières années. D’ailleurs, en 2014 étaient annoncées des coupures
budgétaires massives dans les Universités québécoises, entre autres à
l’Université de Montréal, où il était annoncé dans un article que « La Faculté des arts et des
sciences de l'UdeM s'est ainsi donné pour objectif d'abolir 50 charges de cours
à l'hiver, par exemple, en regroupant des classes et en réduisant le choix des
plages horaires » (Radio-Canada, 2014). Ces coupures ont ainsi eu un
impact direct sur la qualité des cursus, puisque les choix de cours offerts se
sont vu être restreints ou carrément supprimés. Ces coupures ont-elles été
appliquées à ces cours parce qu’ils ne sont pas assez rentables ? C’est à
discuter. L’objectif principal des sciences sociales est de créer un savoir
nous permettant de comprendre la réalité dans laquelle nous somme, non pas d’aboutir
à l’invention d’une babiole qu’on peut ensuite vendre sur le marché.
En somme, étant
donné que l’éducation – notre éducation – est sous l’emprise de gestionnaires s’appuyant
fortement sur le modèle de l’entreprise, il m’apparaît nécessaire d’adopter une
position critique face à son évolution depuis les dernières années et de tenter
de comprendre les discours idéologiques à la base des actions gouvernementales
entreprises et ayant pour but d’adapter l’Université au discours économique et
entrepreneurial.
Par Pierre-Luc S. D.
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Bibliographie
Le Devoir, « La
réplique › développement universitaire - À propos des cerveaux et des
entreprises », Le Devoir, publié le
17 novembre 2011, page consultée le 2 mai 2017, En ligne : http://www.ledevoir.com/societe/education/336258/la-replique-developpement-universitaire-a-propos-des-cerveaux-et-des-entreprises
Radio-Canada. « Les compressions
budgétaires se font sentir dans les universités », Radio-cananda.ca, publié le 7 octobre 2014, page consultée le 2 mai
2017, En ligne : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/688139/compressions-universites-charges-cours-couillard-austerite
Solé, Andreù. « L’entreprisation du monde », dans Repenser l’entreprise, 2008, Le cherche
midi, page 27 à 54.
Triby, Emmanuel. Dans Berger, Guy. L’éducation : Bien Public et/ou Marchandise, l’Harmattan, Paris, 2005, 171p.
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