Depuis l'élection de Justin Trudeau en 2015, l'enjeu de la marijuana
fait la une de plusieurs journaux, puisque le parti Libéral du Canada a mis
dans son programme électoral la légalisation, réglementation et restriction de
l'accès à la marijuana. Ainsi, cela nous pousse à débattre sur l'enjeu.
Certains partisans pour la légalisation rationalisent leur argument, en
optant pour l'argument que la marijuana sera un avantage pour l'économie.
Notamment, le vice-président de l’Institut économique de Montréal, Jasmin
Guénette qui a publié un article sur Huffington Post. (Guénette, J. 2015) Il y
a un problème avec cela, car l'enjeu de la légalisation et de la mise en marché
ne sont pas la même chose. Justifier la légalisation en donnant comme argument
un argument économique c'est de passer à côté de l’enjeu, car la préoccupation
est morale et non économique. Les lois sont établies à partir de ce qui est
bien et mal, autrement dit de la moralité et non de la rentabilité.
Dans le cas de ce débat, nous pouvons constater qu’il y a rationalisation
de la sphère de la législation. Pour Max Weber, ce qui caractérisait la société
moderne de son temps, c’était le processus de rationalisation. Plus
précisément, la survalorisation de l’activité sociale rationnelle en finalité. Selon
Weber, quelqu’un qui : « agit de façon rationnelle en finalité est celui
qui oriente son activité d’après les fins, moyens et conséquences subsidiaires
et qui confronte en même temps rationnellement les moyens et la fin, la fin et
les conséquences subsidiaires et enfin les diverses fin possibles entre elles. »
(Weber, p.23) Autrement dit, accorder une raison d’être à tout. La rationalité
n’était pas ce qui distinguait précisément la société moderne de la société
traditionnelle, ce qui distinguait la société moderne c’était l’utilisation
« technique du savoir scientifique. » C’est exactement ce que l’on
peut constater dans l’enjeu de la légalisation de la marijuana.
De plus, la légalisation de la marijuana laisse sous-entendre que le
gouvernement veut permettre l’appropriation de cette plante. Il n'est pas
encore déterminé qui pourra se l'approprier, autrement dit on ne sait pas qui
détiendra le droit de vente. Bref, la légalisation de la marijuana c’est aussi
un débat sur l'appropriation d'une ressource naturelle pour en faire de
l'argent.
Il est notamment intéressant de réfléchir à ce que Proudhon disait. L’appropriation
était pour lui l’ajout légale à la possession. Il disait que la propriété
est : le droit d’abuser et d’user, le droit autocratique de l’homme sur
quelque chose. Tandis que la possession ce sont des : biens d’usage et
produits de son propre travail; transmissibles et échangeables, sans droit
d’aubaine. Pour lui, l’appropriation n’était pas légitime, car ce n’est pas un
droit naturel; rien ne justifie l’appropriation, pas même la prescription, pas
même le consentement universel, pas même l’occupation et ni même le travail. L’appropriation
est pour lui, symbole de domination.
La légalisation implique l’appropriation, tandis que la
décriminalisation ne l’implique pas; elle permet tout simplement le droit de
possession. Dans cette direction, nous pourrions nous demander si la
légalisation est-elle vraiment une bonne chose? Pourquoi ne pas avoir considéré
la décriminalisation? Selon moi, c'est parce que la légalisation est beaucoup
plus avantageuse pour le gouvernement.
Jessica White
Références
Proudhon, Pierre-Joseph. Qu’est-ce
que la propriété? Premier mémoire, Classique des sciences sociales, 1840
Weber, Max. Déterminant de l’activité
sociale, Économie et Société, Paris, Plon, 1971, pp.22-23
.
Jasmin Guénette - vice-président
de l’Institut économique de Montréal, Il
n’y a « pot problème » avec la légalisation de la marijuana.
Huffington Post. 2015 sur http://quebec.huffingtonpost.ca/jasmin-guenette/il-ny-a-pot-probleme-avec-la-legalisation-de-la-marijuana_b_8743200.html
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