samedi 20 mai 2017

La légalisation de la marijuana

Depuis l'élection de Justin Trudeau en 2015, l'enjeu de la marijuana fait la une de plusieurs journaux, puisque le parti Libéral du Canada a mis dans son programme électoral la légalisation, réglementation et restriction de l'accès à la marijuana. Ainsi, cela nous pousse à débattre sur l'enjeu.

Certains partisans pour la légalisation rationalisent leur argument, en optant pour l'argument que la marijuana sera un avantage pour l'économie. Notamment, le vice-président de l’Institut économique de Montréal, Jasmin Guénette qui a publié un article sur Huffington Post. (Guénette, J. 2015) Il y a un problème avec cela, car l'enjeu de la légalisation et de la mise en marché ne sont pas la même chose. Justifier la légalisation en donnant comme argument un argument économique c'est de passer à côté de l’enjeu, car la préoccupation est morale et non économique. Les lois sont établies à partir de ce qui est bien et mal, autrement dit de la moralité et non  de la rentabilité.

Dans le cas de ce débat, nous pouvons constater qu’il y a rationalisation de la sphère de la législation. Pour Max Weber, ce qui caractérisait la société moderne de son temps, c’était le processus de rationalisation. Plus précisément, la survalorisation de l’activité sociale rationnelle en finalité. Selon Weber, quelqu’un qui : « agit de façon rationnelle en finalité est celui qui oriente son activité d’après les fins, moyens et conséquences subsidiaires et qui confronte en même temps rationnellement les moyens et la fin, la fin et les conséquences subsidiaires et enfin les diverses fin possibles entre elles. » (Weber, p.23) Autrement dit, accorder une raison d’être à tout. La rationalité n’était pas ce qui distinguait précisément la société moderne de la société traditionnelle, ce qui distinguait la société moderne c’était l’utilisation « technique du savoir scientifique. » C’est exactement ce que l’on peut constater dans l’enjeu de la légalisation de la marijuana.

De plus, la légalisation de la marijuana laisse sous-entendre que le gouvernement veut permettre l’appropriation de cette plante. Il n'est pas encore déterminé qui pourra se l'approprier, autrement dit on ne sait pas qui détiendra le droit de vente. Bref, la légalisation de la marijuana c’est aussi un débat sur l'appropriation d'une ressource naturelle pour en faire de l'argent. 

Il est notamment intéressant de réfléchir à ce que Proudhon disait. L’appropriation était pour lui l’ajout légale à la possession. Il disait que la propriété est : le droit d’abuser et d’user, le droit autocratique de l’homme sur quelque chose. Tandis que la possession ce sont des : biens d’usage et produits de son propre travail; transmissibles et échangeables, sans droit d’aubaine. Pour lui, l’appropriation n’était pas légitime, car ce n’est pas un droit naturel; rien ne justifie l’appropriation, pas même la prescription, pas même le consentement universel, pas même l’occupation et ni même le travail. L’appropriation est pour lui, symbole de domination.

La légalisation implique l’appropriation, tandis que la décriminalisation ne l’implique pas; elle permet tout simplement le droit de possession. Dans cette direction, nous pourrions nous demander si la légalisation est-elle vraiment une bonne chose? Pourquoi ne pas avoir considéré la décriminalisation? Selon moi, c'est parce que la légalisation est beaucoup plus avantageuse pour le gouvernement.


Jessica White


Références

Proudhon, Pierre-Joseph. Qu’est-ce que la propriété? Premier mémoire, Classique des sciences sociales, 1840

Weber, Max. Déterminant de l’activité sociale, Économie et Société, Paris, Plon, 1971, pp.22-23
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Jasmin Guénette - vice-président de l’Institut économique de Montréal, Il n’y a « pot problème » avec la légalisation de la marijuana. Huffington Post. 2015 sur http://quebec.huffingtonpost.ca/jasmin-guenette/il-ny-a-pot-probleme-avec-la-legalisation-de-la-marijuana_b_8743200.html

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