dimanche 28 mai 2017

Netflix and chill; Une innovation qui dérange?


Schumpeter serait d’accord pour dire que Netflix est une voie vers le progrès, un pas vers l’innovation. Pourtant, le projet suscite de nombreuses questions et plus spécialement dans la dernière semaine alors que deux de ses films (Okja (Bong Joon-ho) et The Meyerowitz Stories (Noah Baumbach)) sont en nomination au Festival de Cannes. Certains membres du jury, dont le président Pedro Almodóvar mentionne que pour pouvoir se mériter la palme d’or, il faut avoir passé au grand écran : « Cela ne signifie toutefois pas que je ne demeure pas ouvert aux nouvelles technologies et opportunités, mais [aussi longtemps] que je serai vivant, je me battrai pour la capacité d'émerveillement que procure le grand écran. » Ouvert mais à quel prix ?

La plate-forme qui est strictement numérique, n’est point soumise aux réglementations des pays quant à la production et à la distribution. Elle ne paye donc aucune taxe ni impôt. Cela entraîne également une perte de profit pour les producteurs. De plus, certains acteurs commencent à signer d’importants contrats avec Netflix, comme Adam Sandler dans Waterboy. Un projet qui ne cesse d’acquérir du pouvoir.

La raison de cette controverse est-elle économique? Ou est-ce plutôt d’ordre conservatrice face au changement ? La plate-forme devrait-elle avoir droit aux mérites d’une Palme d’or ? Ces questions se posent.

Si l’on prend l’exemple aux États-Unis, afin qu’un film soit admissible aux Oscars, celui-ci doit avoir été présenté en salle de cinéma pour un minimum d’une semaine. Il s’agit ici du fait d’être strictement numérique qui dérange aussi les cinéastes. L’innovation dérange. Mais est-ce raisonnable comme demande dans un monde où la technologie évolue et où la population répond de façon plus que favorable à cette consommation ?

Reed Hastings et Ted Sarandos, dirigeants de Netflix seraient qualifiés d’entrepreneurs schumpeteriens sans équivoque. En effet, ils ont créé une nouvelle façon de consommer la fiction. Une initiative qui demande moins de déplacement de la part des consommateurs, une initiative qui répond grandement à la société du plus vite possible. Mais aussi une liberté et une responsabilité à écouter la série sélectionnée au moment qu’il le souhaite et le nombre d’épisode désiré. Rien de banal dans une société comme la nôtre. On compte d’ailleurs 100 000 000 abonnés dans le monde, dont 865 000 au Québec. Cette nouvelle possibilité de consommation est sans aucun doute un succès ! Ces deux entrepreneurs ont mis sur pieds un projet innovateur qui a comme quête rationnelle le profit. La destruction créatrice s’impose alors selon Schumpeter pour favoriser l’innovation, certaines activités existantes disparaissent pour lui faire place. L’économiste serait d’avis de laisser les productions de Netflix au Festival. Il s’agirait d’un désir de conquête de favoriser l’arrivée de cette nouvelle innovation. Cette nouveauté suscite cependant de nombreuses questions et force le domaine du cinéma à se repositionner face aux nouvelles possibilités technologiques.

Marie-Laurence Génier


Références
Marc-André Lussier, Production de films: la bombe Netflix. La presse sur

La controverse de Netflix s'invite à l'ouverture du Festival de Cannes. Radio-Canada sur http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1034295/la-controverse-de-netflix-sinvite-a-louverture-du-festival-de-cannes publié le 17 mai 2017.

Cours Sociologie des orgasinations (Sol-2403-E17), par Yanick Noiseux, séance 7.


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