Schumpeter serait d’accord pour dire que Netflix est une voie vers le
progrès, un pas vers l’innovation. Pourtant, le projet suscite de nombreuses
questions et plus spécialement dans la dernière semaine alors que deux de ses
films (Okja (Bong Joon-ho) et The Meyerowitz Stories (Noah
Baumbach)) sont en nomination au Festival de Cannes. Certains membres du jury,
dont le président Pedro Almodóvar mentionne que pour pouvoir se mériter la
palme d’or, il faut avoir passé au grand écran : « Cela ne signifie
toutefois pas que je ne demeure pas ouvert aux nouvelles technologies et
opportunités, mais [aussi longtemps] que je serai vivant, je me battrai pour la
capacité d'émerveillement que procure le grand écran. » Ouvert mais à quel
prix ?
La plate-forme qui est strictement numérique, n’est point soumise aux
réglementations des pays quant à la production et à la distribution. Elle ne
paye donc aucune taxe ni impôt. Cela entraîne également une perte de profit
pour les producteurs. De plus, certains acteurs commencent à signer
d’importants contrats avec Netflix, comme Adam Sandler dans Waterboy. Un projet qui ne cesse
d’acquérir du pouvoir.
La raison de cette controverse est-elle économique? Ou est-ce plutôt
d’ordre conservatrice face au changement ? La plate-forme devrait-elle
avoir droit aux mérites d’une Palme d’or ? Ces questions se posent.
Si l’on prend l’exemple aux États-Unis, afin qu’un film soit admissible aux
Oscars, celui-ci doit avoir été présenté en salle de cinéma pour un minimum
d’une semaine. Il s’agit ici du fait d’être strictement numérique qui dérange
aussi les cinéastes. L’innovation dérange. Mais est-ce raisonnable comme
demande dans un monde où la technologie évolue et où la population répond de
façon plus que favorable à cette consommation ?
Reed Hastings et Ted Sarandos, dirigeants de Netflix seraient qualifiés
d’entrepreneurs schumpeteriens sans équivoque. En effet, ils ont créé une
nouvelle façon de consommer la fiction. Une initiative qui demande moins de
déplacement de la part des consommateurs, une initiative qui répond grandement
à la société du plus vite possible.
Mais aussi une liberté et une responsabilité à écouter la série sélectionnée au
moment qu’il le souhaite et le nombre d’épisode désiré. Rien de banal dans une
société comme la nôtre. On compte d’ailleurs 100 000 000 abonnés dans le monde,
dont 865 000 au Québec. Cette nouvelle possibilité de consommation est sans
aucun doute un succès ! Ces deux entrepreneurs ont mis sur pieds un projet
innovateur qui a comme quête rationnelle le profit. La destruction créatrice
s’impose alors selon Schumpeter pour favoriser l’innovation, certaines
activités existantes disparaissent pour lui faire place. L’économiste serait
d’avis de laisser les productions de Netflix au Festival. Il s’agirait d’un
désir de conquête de favoriser l’arrivée de cette nouvelle innovation. Cette
nouveauté suscite cependant de nombreuses questions et force le domaine du
cinéma à se repositionner face aux nouvelles possibilités technologiques.
Marie-Laurence Génier
Références
Marc-André
Lussier, Production de films: la bombe Netflix. La presse sur
http://www.lapresse.ca/cinema/festivals-de-cinema/festival-de-cannes/201705/19/01-5099625-production-de-films-la-bombe-netflix.php publié le 20 mai 2017.
La controverse de Netflix s'invite à l'ouverture du Festival
de Cannes. Radio-Canada sur http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1034295/la-controverse-de-netflix-sinvite-a-louverture-du-festival-de-cannes publié le 17 mai 2017.
Cours Sociologie des orgasinations (Sol-2403-E17), par Yanick Noiseux,
séance 7.
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