« Quartier libre »[1]
transporte ses lecteurs sur le terrain, au cœur des projets de recherche menés
par des étudiants dans son numéro du 8 mars 2017. Un doctorant en science
politique se trouve en Bolivie afin d’observer les mobilisations individuelles
et collective dans l’ambivalence du marché de la production de la feuille de
coca. Le doctorant en science politique en cotutelle à l’UdeM et à l’Université
de Lille2, en France, Romain Busnel, étudie la politisation des activités
économiques licites et illicites à travers le cas de la feuille de coca. Plus
spécifiquement, il s’intéresse aux formes de mobilisation sociale dans les
régions de la Convention et de la vallée des fleuves Apurimac et Ene (la VRAE)
au Pérou, et dans la région de Chapare en Bolivie. Selon lui « Je cherche
à accorder la parole aux acteurs autour de la feuille de la coca, explique-t-il.
Actuellement, de la façon dont les politiques sont décidées à l’international,
c’est quelque chose qui n’est pas du tout valorisé ». Le travail de Romain
Busnel nous situe sur la question de propriété, du sens du travail. Pour
Tocqueville, la classe industrielle est plus fragile :
la concurrence peut la mettre à mal. Or la marche de la société tend à faire
augmenter cette classe d’ouvriers travaillant pour le bien-être des autres. Se
produit alors une juxtaposition de l’aisance avec l’indigence. La production de
la coca même si c’est pour une consommation domestique selon certaines
cultures, elle est source de devises. «
L’homme naît avec des besoins et il se fait des besoins » dit Tocqueville, par
exemple l’usage du tabac, et de bien d’autres objets. L’homme civilisé a plus
de besoins que l’homme sauvage, donc l’homme civilisé a une vie davantage
exposée que l’homme sauvage. La société a donc le souci de soulager les misères
qu’elle voit en son sein. En 1841, dans La Démocratie en Amérique,
Tocqueville analyse ce principe démocratique qui s’affirme par l’égalisation
des conditions contre la hiérarchie des classes et l’autorité des traditions.
Car les sociétés aristocratiques sont des sociétés fortement hiérarchisées,
elles sont donc fondées sur des liens de dépendance et d’obéissance. C’est la
relation de maître à serviteur qui prédomine.
Dans cette égalité des conditions, qui définit selon
Tocqueville la démocratie, il y a toujours des riches et des pauvres mais le
riche peut devenir pauvre et le pauvre devenir riche. Il n’y a plus de classes
sociales rigides, les hommes se ressemblent de plus en plus et deviennent de
plus en plus indépendants les uns des autres. Tocqueville (1840) « Quand
les richesses sont fixées héréditairement dans les mêmes familles ; on voit
un grand nombre d’hommes qui jouissent du bien-être matériel, sans ressentir le
goût exclusif du bien -être ». Cet article pose aussi un problème d’ordre
sociologique qu’il faut aborder avec lucidité en faisant fi de nos prénotions.
Selon Romain Busnel « La culture de la coca est ancrée socialement et
contrôlée par différents acteurs sociaux, ils peuvent être des syndicats, des
associations de producteurs, des coopératives ou des groupes d’autodéfenses,
qui sont tous plus ou moins liés à la feuille de coca ». Cela nous amène à
savoir voulons-nous un Etat fort ? comme le dirait Emma Goldman (1940). La réponse est NON parce que tout progrès a été essentiellement marqué par
l’extension des libertés de l’individu au dépens de l’autorité extérieure.
C’est toujours l’individu qui accomplit le miracle, généralement en dépit des
interdictions, des persécutions et de l’intervention de l’autorité, tant
humaine que divine. La production de la coca devient donc une question éthique et
économique. Autre
culture emblématique du pays, la coca connaît aujourd’hui un destin opposé et
place la Bolivie dans une pénible contradiction.
D’un côté, sa consommation est une tradition
millénaire sur l’altiplano, où la petite feuille verte est sacrée et depuis
toujours appréciée pour ses vertus (la coca permet une meilleure résistance à
l’effort, et atténue la sensation de faim, elle est recommandée pour lutter
contre les effets de l’altitude. Infusée ou mâchée, la feuille n’est pas
hallucinogène, ses effets sont ceux d’un simple excitant, comparables à ceux du
café).[2]
La culture de la coca reste donc autorisée,
principalement dans la région des Yungas (vallées semi tropicales à quelques
heures de La Paz), et la Bolivie est aujourd’hui l’un des rares pays où l’on
peut s’en procurer librement (un marché et un musée lui sont même consacrés à
La Paz). Cette production est néanmoins soumise à des quotas correspondant à la
consommation traditionnelle, et on ne s’étonnera pas de se faire offrir un maté
(infusion) de coca en arrivant à La Paz, ou de croiser sur l’altiplano des
paysans, des chauffeurs ou des mineurs, une boule de feuilles coincée sous la
joue. D’un autre côté, la question de sa culture en vue de la production de
cocaïne. A partir des années 70/80 et de l’explosion de la demande de drogue en
Amérique du nord et en Europe, la région du Chapare (située entre Cochabamba et
Santa Cruz) est devenue l’un des plus gros centres de production de coca et de
ses dérivés en Amérique du sud.
Cela a eu pour effet de mettre le pays dans la
ligne de mire de la DEA (Drug Enforcement Administration), l’organe officiel à
la double mission : faire la chasse aux narco-traficants, et superviser
l’éradication des plants de coca en Amérique du sud, en collaboration avec les
autorités locales. Il fallut aux forces anti drogue d’énorme moyens, une
détermination totale et une présence énergique doublée parfois du recours à la
brutalité (plusieurs massacres eurent lieu dans la région dans les années 80),
pour contraindre les cocaleros (agriculteurs produisant la fameuse feuille) à
abandonner la majeure partie des plantations du Chapare au profit de cultures
de substitution.
Officiellement s’entend... La question de la
coca/cocaïne symbolise la difficulté de la Bolivie à composer à la fois avec
ses héritages et avec les perversions d’un monde moderne dont elle se sent
méprisée. Comme l’indiquent nombre d’observateurs, elle ne pourra sans doute
être réglée tant que seuls seront diabolisés les cultivateurs. Comme
conséquence à long terme de la consommation de la coca, la
« descente » provoque une dépression si grave que les cocaïnomanes
sont prêts à faire n’importe quoi, y compris tuer, pour se procurer leur dose.
S’ils ne l’obtiennent pas, la dépression risque de devenir si intense qu’elle
peut les conduire au suicide. La production de la coca ne doit -elle pas tenir
compte des déterminants de l’activité sociale comme le préconise Weber ? (1971)[3]
Daniel
Trah Dibi étudiant en DESS , Administration Sociale à
l’UdeM.
Référence
bibliographique
Golman,Emma ( 1840)., l’individu, la société et l’Etat, Chicago : Free society Forum
Tocqueville, Alexis., (1840) de la démocratie en Amérique II ; les classiques des sciences
sociales
Weber, Max,( 1971), «
déterminants de l’activité sociale », économie et société, Paris, Plon
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