lundi 29 mai 2017

Culture à vendre ou culture de vente?


«La culture est déjà au cœur de l'identité, de l'animation et de l'histoire de Montréal. Elle est un moteur essentiel de son développement, de son dynamisme économique et de sa prospérité future», affirme Yves Lalumière, président-directeur général de Tourisme Montréal dans un article de TVA Nouvelles. Donc, peut-on financer la culture et gagner de l'argent ? Oui, la culture a un prix, mais elle rapporte aussi, et pas qu'un peu. En effet, Montréal accueille pas moins de 2,3 millions de touristes culturels chaque année qui y dépensent 1,1 milliard $ et ce phénomène n’est pas exclusif de Montréal, il est mondial. À l'heure actuelle, le patrimoine archéologique est traversé par divers procédés qui l’ont progressivement transformé en une ressource administrable consistant à analyser les nouvelles utilisations et significations qu’ils obtiennent en termes de rentabilité et de marketing. Ce phénomène est dû à l'accélération du processus connu par le tourisme et la marchandisation. La complexité qui définit nos sociétés est le résultat des processus mondiaux qui se déroulent dans le monde entier s'exprimant par divers phénomènes socioculturels, économiques et géopolitiques menant à sa dissection à travers l’analyse de ces processus qui affectent sa structure et son fonctionnement, notamment par la relation société-culture-consommation du capital.
Aujourd'hui, ce qui est consommé en abondance est la fiction, les jeux, la musique et les voyages qui sont connexes au tourisme. Cette prépondérance des distractions a conduit à parler d'un « nouveau capitalisme », qui ne se concentre pas sur la production matérielle, mais sur le divertissement et les biens culturels, comme explique Smith «L’homme désire sans fin», alors il faut produire de nouvelles formes de biens et de services. La civilisation de l'objet a été remplacée par une économie d'expérience, d’amusement, de divertissement, de jeu, de tourisme et de distractions, qui a eu lieu principalement dans les pays européens.
Mettre en évidence le rôle du tourisme dans ce contexte suit la logique du capital mondial. Le tourisme est une activité en constante expansion qui transforme et redéfinit les territoires et ses espaces (locaux, paysages, ressources naturelles, biens culturels, activités productives, etc.) à des fins de marché. Sans aucun doute, cette logique est ce qui a conduit à voir le tourisme comme une ressource potentielle à gérer en termes économiques et commerciaux, car dans la gestion de ce patrimoine, le rôle du gouvernement (responsable de le sauvegarder, le préserver et le diffuser à des fins éducatives et comme référence pour l'identité nationale) a été réduit, ce qui conduit à l'intervention de capitaux privés. Cela a influencé le renforcement des relations entre l'économie et la culture et donc le patrimoine culturel qui est passé d’une référence d'identité à un facteur de valeur. Donc, tout un système d’entreprisation se met en œuvre et A. Solé serait d’accord avec moi, car comme il disait que « l’entreprise exerce une emprise grandissante sur nos vies; elle produit toujours plus de biens et de services et elle est un modèle pour toutes les organisations». Cependant, le tourisme, les industries culturelles et la marchandisation sont souvent considérés comme un ennemi dans le processus des changements en cours. Ces faits contribuent à réfléchir sur ce que l'on entend par patrimoine et identité nationale, générant ainsi un mouvement de reconceptualisation.
En ce moment, l'une des raisons pour lesquelles le patrimoine culturel peut être à risque de modifier leur contenu symbolique réside principalement dans sa dévaluation progressive de l'expression d'une culture. Ainsi, au-delà de sa signification symbolique, sa capacité intrinsèque à refléter une culture particulière qui a acquis une valeur ajoutée, la rentabilité économique. Cela est propice à la promotion de nouvelles interventions à ce sujet, à la fois pour l’administration publique et les entreprises privées qui promeuvent un discours de récupération et de revitalisation des éléments culturels dans certaines zones et sa réutilisation comme de nouveaux espaces de récréation et oisiveté pour une demande chaque fois plus grande et spécialisée de l’activité touristique.
La prévalence du modèle économique actuel a entraîné une modification de la façon de conceptualiser le patrimoine et ses utilisations, puisqu’ils sont considérés comme une marchandise de plus soumis aux lois du marché et à la libre entreprise. En effet, le marché intègre les critères de performance, de consommation et de prestige, élargissant ainsi la notion du patrimoine culturel et en le transformant en une production culturelle, mais aussi parce qu'ils font partie d'un processus social qui conduit à donner une évaluation positive avec l’ intérêt de l'utiliser ou le savoir, en le tournant de cette façon en attraction touristique et en patrimoine-produit. Ce dernier est le résultat d'une évaluation sélective et d’une conception changeante qui contribuent à la création des nouvelles définitions sur sa signification essentielle pour la nation et de son peuple, et la valeur qui lui est attachée.
Les sociétés d'accueil ne sont pas des systèmes fermés ou des entités passives. Elles participent également à la construction du sens pour se réinventer en tant que société. Aussi, elles sont utilisées à des fins commerciales dans le domaine du tourisme, elles mettent leur ethnicité en termes de marque de l'entreprise. Ainsi, à travers les biens culturels, qui ont subi au préalable un processus de patrimonialisation et maintenant sont traversés par ces processus de touristification et marchandisation, ces sociétés comme l’explique Schumpeter «exécutent de nouvelles combinassions». Dans ce cas, elles innovent principalement des spectacles avec des rituels simulés et des festivités avec un contenu thématique. La construction de cet imaginaire touristique les place comme référence et la vente de l'artisanat et des produits avec des images qui font allusion à ces produits comme  souvenirs.
Ensuite, constatant que la culture se transforme en un instrument de marketing touristique et qu’on la visualise comme un divertissement, les politiques culturelles encouragent la création de festivals, la promotion de biens culturels au sein des grands spectacles massifs ou des festivals majeurs comme partie de l'offre à consommer. C’est-à-dire qu’on donne de la valeur. La mettre en valeur consiste à accorder une valorisation symbolique à certains éléments culturels qui acquièrent alors une valeur économique et de marchandise en fonction de la demande du marché touristique.
Finalement, cela nous amène à considérer que les sites archéologiques ne sont pas seulement un moyen de transmission pour l'enseignement de l'histoire d'un pays ou d'un territoire, mais aussi des ressources qui renforcent l’activité touristique dans le pays, qui a été concaténé avec le développement progressif du capitalisme. L’État et les administrations ont une nouvelle façon d’apprécier les sites archéologiques existants sur le territoire, en particulier ceux qui détiennent la catégorie du Patrimoine culturel de l’Humanité. En conclusion, l'impact du tourisme est compris comme un processus qui transforme une propriété historique, culturelle ou naturelle en un produit de valeur sur le marché. L'acquisition de certaines caractéristiques permet sa commercialisation, ce qui entretient des liens étroits avec la marchandisation de la culture. Mais, notre passé n’est-il qu’une marchandise ?

Par Maria Zapién

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Bibliographie
Proudhon, Pierre-Joseph, (1840). Qu’est-ce que la propriété ? Premier mémoire, Classique des sciences sociales, extraits choisis.
Schumpeter, Joseph, A. « Le phénomène fondamental de l’évolution économique », Théorie de l’évolution économique, Recherches sur le profit, le crédit, l’intérêt et le cycle de la conjoncture, paragraphe III, 1911, pp. 74-92. (extraits choisis)
Schumpeter, Joseph, A. « Le processus de destruction créatrice » et « Les murs s’effritent », Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942, pp. 91-96 et 143-154. (extraits choisis)

Solé, Andreù. « L’entreprisation du monde », dans Repenser l’entreprise, 2008, Le cherche midi, page 27 à 54.

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