lundi 29 mai 2017

Construire ses conditions

Il est rendu commun et généralement peu contesté de devoir renoncer à certains acquis sociaux. Jeudi, à l’émission “La joute” diffusée sur la chaine LCN, on pouvait entendre le chroniqueur Luc Lavoie qualifier de discours passéiste le discours de conservation des acquis dans le domaine de la construction au Québec.

Le regroupement des syndicats de la construction est présentement en processus de négociation de convention collective. On en sait peu quant au déroulement des négociations, mais on sait que les travailleurs tentent en autre de négocier un salaire un peu plus grand que l’indice des à la consommation.

Ils contestent aussi une des demandes venant de leurs employeurs qui veulent faire travailler leurs employés à temps simple le samedi, si une journée de travail a été manquée durant la semaine en raison d’intempéries. On conteste cette demande sur les bases de la conciliation travail/famille.

À en lire certains commentaires sur les réseaux sociaux, beaucoup semblent partager l’opinion de Luc Lavoie comme quoi dans la conjoncture actuelle, il faut piler sur ses acquis pour conserver l’emploi. On y lit aussi qu’à trop accorder des acquis sociaux, le marché du Québec ne sera plus compétitif. On accuse aussi les travailleurs de la construction de se plaindre le ventre plein, car ils ont déjà de bonnes conditions de travail par rapport à d’autres emplois.

La polarisation par rapport à ce conflit reflète plusieurs aspects de la société dans laquelle nous vivons. Nous vivons certes dans un monde en transformation. Un monde dans lequel beaucoup d’entreprises et de travail sont délocalisés dans les pays du Sud. Un monde bouleversé par les changements technologiques, mais surtout un monde dans lequel la solidarité sociale est très peu présente. Le travail est très segmenté, de plus en plus précaire. En même temps, une bonne partie de la population a atteint un niveau de vie confortable. Il apparait difficile dans ces conditions d’être solidaire avec d’autres qui ont déjà certains acquis. Beaucoup semblent confondre leur situation avec celle de ceux qui ont vraiment une liberté financière, de ceux qui doivent faire croître leur entreprise à tout prix, de ceux qui veulent les faire travailler plus et les payer moins, de ceux qui veulent les faire travailler les samedis.

Il apparaît important de rappeler que ces acquis sociaux se sont fait grâce à des luttes, mais aussi parce que certains propriétaires d’entreprises avaient avantage à donner des acquis sociaux.  L’image de la carotte qui pendant au bout du nez du lapin pour le forcer à avancer représente bien ce qu’Henry Ford avait en tête lorsqu’il a réalisé que de donner de bonnes conditions à ses employés allait les rendre plus productifs. C’est entre autres lui qui a introduit la semaine de travail de 5 jours. Semblerait-il qu’il avait compris que de donner 2 jours de congé par semaine ses employés leur permettait de consommer le fruit de leur travail, dans d’autres entreprises dans lequel Ford avait des parts. Ce bref aparté historique rappelle que les conditions de travail sont le fruit d’une construction sociale. Les fins de semaine existent parce qu’elles ont été inventées.
  
Les entrepreneurs patrons diront que c’est pour s’adapter à la réalité du marché et pour être plus flexible avec leurs clients qu’il faut travailler les samedis. Mais n’oublions pas que cette demande s’inscrit dans des rapports sociaux inégaux qui datent!

N’importe qui parle des idées de Karl Marx sur la place publique perd souvent de la crédibilité aujourd’hui. Certaines de ses idées restent toutefois pertinentes dans l’analyse de ce conflit. Dans le Manifeste du Parti communiste, Il avance que les institutions et les idées dominantes d’une société sont toujours conformes aux intérêts de la classe qui domine.

C’est aujourd’hui que nous saurons si le gouvernement Couillard déposera une loi spéciale afin de mettre un terme à la grève. Sous prétexte que la grève coûte des millions de dollars par jour au Québécois, on menace de forcer les travailleurs à retourner au travail. L’institution de Étatique prend place dans le débat entre les travailleurs et les entreprises, tranchant en faveur des entreprises et du capital. Si ce n’est pas pour plaire aux entrepreneurs qu’on menace d’instaurer une loi spéciale...




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