Il est rendu commun et généralement peu contesté de
devoir renoncer à certains acquis sociaux. Jeudi, à l’émission “La joute” diffusée
sur la chaine LCN, on pouvait entendre le chroniqueur Luc Lavoie qualifier de
discours passéiste le discours de conservation des acquis dans le domaine de la
construction au Québec.
Le regroupement des syndicats de la construction est
présentement en processus de négociation de convention collective. On en sait
peu quant au déroulement des négociations, mais on sait que les travailleurs
tentent en autre de négocier un salaire un peu plus grand que l’indice des à la
consommation.
Ils contestent aussi une des demandes venant de leurs
employeurs qui veulent faire travailler leurs employés à temps simple le
samedi, si une journée de travail a été manquée durant la semaine en raison
d’intempéries. On conteste cette demande sur les bases de la conciliation
travail/famille.
À en lire certains commentaires sur les réseaux
sociaux, beaucoup semblent partager l’opinion de Luc Lavoie comme quoi dans la
conjoncture actuelle, il faut piler sur ses acquis pour conserver l’emploi. On
y lit aussi qu’à trop accorder des acquis sociaux, le marché du Québec ne sera
plus compétitif. On accuse aussi les travailleurs de la construction de se
plaindre le ventre plein, car ils ont déjà de bonnes conditions de travail par
rapport à d’autres emplois.
La polarisation par rapport à ce conflit reflète
plusieurs aspects de la société dans laquelle nous vivons. Nous vivons certes
dans un monde en transformation. Un monde dans lequel beaucoup d’entreprises et
de travail sont délocalisés dans les pays du Sud. Un monde bouleversé par les
changements technologiques, mais surtout un monde dans lequel la solidarité
sociale est très peu présente. Le travail est très segmenté, de plus en plus
précaire. En même temps, une bonne partie de la population a atteint un niveau
de vie confortable. Il apparait difficile dans ces conditions d’être solidaire
avec d’autres qui ont déjà certains acquis. Beaucoup semblent confondre leur
situation avec celle de ceux qui ont vraiment une liberté financière, de ceux
qui doivent faire croître leur entreprise à tout prix, de ceux qui veulent les
faire travailler plus et les payer moins, de ceux qui veulent les faire
travailler les samedis.
Il apparaît important de rappeler que ces acquis
sociaux se sont fait grâce à des luttes, mais aussi parce que certains
propriétaires d’entreprises avaient avantage à donner des acquis sociaux.
L’image de la carotte qui pendant au bout du nez du lapin pour le forcer
à avancer représente bien ce qu’Henry Ford avait en tête lorsqu’il a réalisé
que de donner de bonnes conditions à ses employés allait les rendre plus
productifs. C’est entre autres lui qui a introduit la semaine de travail de 5
jours. Semblerait-il qu’il avait compris que de donner 2 jours de congé par
semaine ses employés leur permettait de consommer le fruit de leur travail,
dans d’autres entreprises dans lequel Ford avait des parts. Ce bref aparté
historique rappelle que les conditions de travail sont le fruit d’une
construction sociale. Les fins de semaine existent parce qu’elles ont été
inventées.
Les entrepreneurs patrons diront que c’est pour
s’adapter à la réalité du marché et pour être plus flexible avec leurs clients
qu’il faut travailler les samedis. Mais n’oublions pas que cette demande
s’inscrit dans des rapports sociaux inégaux qui datent!
N’importe qui parle des idées de Karl Marx sur la
place publique perd souvent de la crédibilité aujourd’hui. Certaines de ses
idées restent toutefois pertinentes dans l’analyse de ce conflit. Dans le
Manifeste du Parti communiste, Il avance que les institutions et les idées
dominantes d’une société sont toujours conformes aux intérêts de la classe qui
domine.
C’est aujourd’hui que nous saurons si le gouvernement
Couillard déposera une loi spéciale afin de mettre un terme à la grève. Sous
prétexte que la grève coûte des millions de dollars par jour au Québécois, on
menace de forcer les travailleurs à retourner au travail. L’institution de
Étatique prend place dans le débat entre les travailleurs et les entreprises,
tranchant en faveur des entreprises et du capital. Si ce n’est pas pour plaire
aux entrepreneurs qu’on menace d’instaurer une loi spéciale...

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