Il
suffit de faire quelques pas dans un supermarché ou dans n’importe quel magasin
à grande surface pour découvrir une multitude de produits dérivés, de Star Wars
à la Patte Patrouille, c’est une vraie mine d’or pour les compagnies. Autres les
grands blockbusters de nos temps modernes, la chose semble s’être immiscée dans
la sphère de la santé, désormais on vend l’espoir et le sentiment d’implication - du crayon Bic aux articles ménagers et culinaires. Vous ne portez pourtant pas
vos lunettes à verres roses, ce sont bien des produits qui arborent la couleur
du cancer du sein. C’est cette lunette quelque peu désillusionnée que Léa Pool souhaite
déloger de la caméra dans le documentaire L’industrie du ruban rose.
Sous
le regard d’Andreu Solé, il serait juste de dire que les sphères de la vie sont
elles-mêmes à la merci de l’entreprisation du monde vécu. L’entreprise comme
force organisatrice de notre monde (Sole, 2008 : 44) Selon l’auteur, cette
force organisatrice se manifeste de plusieurs façons et c’est justement quelques-unes
de ces manifestations que nous relèverons du phénomène du ruban rose.
Premièrement, l’entreprise prend en charge de plus en plus les relations
humaines, les organisations publiques se privatisent. Ce qui avait démarré
comme un simple symbole de prévention fini dans les mains creuses des
compagnies. En effet, la première chose soulevée dans l’article de François
Lévesque et qui saute rapidement aux yeux, c’est la propriété du symbole. Un
premier ruban confectionné par Charlotte Haley avait vu le jour en 1992 (Lévesque, 2012) en
guise de symbole à la sensibilisation de cette maladie. Du jour au lendemain,
le ruban qui adoptait des couleurs rose-orangé se voit transformer en réel
symbole de profitabilité par Estée Lauder.
De ce
fait, le modèle de l’entreprise s’y fond : méthodes, pratiques et
techniques sont adoptés par tous (Sole, 2008 : 50) C’est une vraie course au
marketing. Comment mettre le rose de l’avant ? La condition de milliers de
femmes atteintes du cancer sont confrontés à mille et un évènements qui se
disent vouloir en trouver le remède. C’est d’ailleurs ce que Barbara Ehrenreich
partage dans son populaire article Welcome to Cancerland :
[...] breast cancer has been able to count on Revlon, Avon, Ford, Tiffany, Pier 1, Estée Lauder, Ralph Lauren, Lee Jeans, Saks Fifth Avenue, JC Penney, Boston Market, Wilson athletic gear—and I apologize to those I’ve omitted […] If you can’t run, bike, or climb a mountain for the cure—all of which endeavors are routine beneficiaries of corporate sponsorship—you can always purchase one of the many products with a breast-cancer theme. (Ehrenreich)
Plus loin,
l’auteure mentionne que le marketing a fait du cancer du sein quelque chose de beau et de
fort. Toutefois, elle désire le plus possible s’éloigner de cette pensée. Les
produits roses refoulent dans les allées, on en fait un symbole qui fait
vendre. Les partys, les couvertures de magazine, c’est sexy, c’est beau – il
faut le célébrer. C’est à cœur ouvert que les femmes atteintes du cancer de
stade avancé partagent que le tout est ridicule et bien loin de refléter leur
réalité. La vie est toute sauf rose, aussi bien le dire, le cancer est un calvère.
Besoin
d’empathie et de compassion, c’est ce qui probablement en tant qu’humain nous
fait réfléchir entre le crayon noir et le crayon rose. C’est d’aller cibler
quelque chose de tout à fait humain et d’en faire une marchandise, il ne suffit que d'attiser nos émotions. Autrement
dit, notre mode de vie est fabriqué par l’entreprise, elle conduit la moindre
de nos actions. Effectivement, il faut noter qu'une contradiction majeure est celle où les
compagnies ciblées pour amasser des fonds sont à la fois des compagnies qui
mettent sur le marché des produits pouvant être nocifs et jouer un rôle
important dans le développement d’un cancer. Une théorie de la conspiration ?
Peut-être, peut-être pas. L’entreprise nous construit pour mieux nous
déconstruire. Nous devenons clients de notre propre santé.
Sur une note tout aussi inquiétante, les recherchistes du documentaire sont incapables de mettre le
doigt sur l’emplacement de tous les fonds, les profits réalisés nous font demander
s’ils servent réellement à la recherche et à la prévention du cancer du sein ou bien ne font qu'élargir les poches des compagnies impliquées.
Je
vous invite donc fortement à écouter le documentaire L’industrie du ruban rose pour voir l’envers de la médaille et de partager vos réactions.
Marilou Migneault
_________________________________________________________________________________
Bibliographie
Ehrenreich, Barbara. «Welcome to Cancerland», Pink Ribbon Blues. En ligne
au : < http://pinkribbonblues.org/wp-content/uploads/2010/08/Ehrenreich-2001-WelcomeToCancerland-Harpers.pdf>,
consulté le 25 mai 2017.
Lévesque, François. «Point chaud - Léa Pool entre «mystères et mensonges»,
Le Devoir, 2012. En ligne au : <http://www.ledevoir.com/culture/cinema/340363/point-chaud-lea-pool-entre-mysteres-et-mensonges>
, consulté le 25 mai 2017.
Solé, Andreu. « L’entreprisation du monde », dans Repenser l’entreprise (sous la direction de Jacques Chaize et Félix Torres, 2008, Le cherche midi, pp. 25-54.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire