À la conquête des besoins
Qu'en
est-il aujourd'hui de la fameuse croyance partagée par divers économistes
classiques selon laquelle les humains sont caractérisés par des besoins illimités
et que les ressources pour les satisfaire sont, quant à elles, limitées? À en
croire l'article de Denis Arcand dans La
Presse (http://auto.lapresse.ca/technologies/201505/01/01-4866167-100-plus-despace-pour-les-jambes-du-1.php),
il semblerait que certaines entreprises continuent à croire qu'effectivement
l'humain a continuellement de nouveaux besoins qui nécessitent d'être comblés par l'innovation entrepreneuriale.
« Une recherche ethnographique pour établir
les besoins non exprimés et non satisfaits des gens »
Cette affirmation de la part
du constructeur automobile Volvo nous informe beaucoup sur l’état de la
question précédemment posée. Bien que l’auteur de l’article y aille d’un ton
humoristique en présentant le nouveau modèle de voiture de la compagnie, son
article recèle tout de même une problématique qui touche l’ensemble des sociétés
de consommation.
Le fait que la compagnie doive
rechercher par une étude scientifique « les besoins non exprimés et non
satisfaits » montre la limite de l’affirmation d’économie classique selon
laquelle les besoins humains seraient illimités et inscrite dans la « nature
humaine ». Dans ses travaux anthropologiques sur des peuples que l’Occident
qualifie de primitif, Marshall Sahlins affirme que les besoins s’inscrivent
dans un contexte culturel et que, par conséquent, si l’humain occidental marqué
par la consommation exprime des « besoins illimités », ce ne serait
pas dû à une prédisposition naturel, mais bien à une particularité culturelle.
Cela dit, une entreprise comme
le constructeur automobile Volvo appartient également à une culture quelconque.
La croyance selon laquelle les besoins humains sont illimités appartient à la
même culture que ce constructeur automobile. Ce dernier n’aurait pu sortir son
dernier modèle automobile (ou même simplement pas existé) sans la conviction
que les besoins humains sont illimités. Par preuve, s’il s’avère nécessaire qu’une
étude scientifique soit menée dans le but de découvrir des besoins « non
exprimés », cela pourrait plutôt signifier que le besoin n’était pas
présent à la base et que la compagnie a créé ce besoin.
Quel effet aurait le retrait
de la croyance des besoins illimités dans les sociétés de consommation? Comment
les entreprises s’adapteraient-elles à une population qui déciderait désormais
que leurs besoins sont limités? Il ne fait aucun doute qu’un tel changement
dans l’idéologie aurait des répercussions et dans l’économie du monde et dans l’économie
psychique des gens (pour emprunter le terme à Norbert Élias). Un tel changement
est-il possible?
Du moins, l’on sait que l’inverse
se peut. Tous les efforts et les sommes considérables déployés dans le secteur
de la publicité afin de convaincre de la nécessité d’un besoin chez la population
occidentale existe depuis longtemps, et il est désormais possible de l’observer
également chez des populations, qui étaient jusqu’à peu dans l’histoire, à l’abri
de l’entreprise. On dirait une répétition du missionnariat où les publicistes
sont chargés d’amener la bonne nouvelle au reste du monde…
Que doit-on retenir de tout
cela et de l’article du nouveau modèle automobile de Volvo? Simplement que nous
sommes davantage dans une culture nous dictant que nous possédons des besoins
illimités et que cette caractéristique ne fait pas partie intégrante de soi.
Dans ce sens, j’encourage tous et chacun d’user de son esprit critique lorsqu’il
est question d’un nouvel achat en ce qui concerne son qualificatif de besoin
réel ou plutôt de produit de consommation (ou de besoin créé).
Maxime Flibotte
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